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Un rare camp de vacances ouvert prend ça au sérieux

L’organisme accueille des personnes autistes de tous les âges pour offrir un répit aux parents épuisés

camp Emergo
Photo Chantal Poirier Viviane Perrino, connue sous le nom d’Alaska au camp Répit Emergo, nettoie une balançoire.

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Près de trois fois moins de campeurs et deux fois plus de moniteurs pour un séjour écourté. Voilà des mesures qui ont dû être mises en place pour ouvrir, cet été, l’un des seuls camps de vacances du Québec accueillant des personnes autistes.

À première vue, le camp de vacances Répit Emergo à Otterburn Park, sur la Rive-Sud de Montréal, n’a pas changé. 

À l’arrivée du Journal la semaine dernière, des moniteurs entonnaient les traditionnels cris de ralliement. Certains jouaient au basketball dans le gymnase, d’autres bravaient l’eau froide de la piscine malgré la pluie.

Mais après quelques minutes, les changements apparaissent. Tous les moniteurs portent un masque et des lunettes. Et certains d’entre eux patrouillent dans les balançoires, les vélos et autres jeux, armés de désinfectant.

Ce n’est que la pointe de l’iceberg des mesures mises en place dans ce camp pour personnes atteintes d’un trouble du spectre de l’autisme, qui vise à offrir du répit aux parents.

Les campeurs accueillis ont de 4 à 50 ans.

La monitrice Zeineb Zaryouch, alias Capucine, accompagne une campeuse pour une balade à vélo.
Photo Chantal Poirier
La monitrice Zeineb Zaryouch, alias Capucine, accompagne une campeuse pour une balade à vélo.

Un par chambre

Ne logeant désormais qu’un seul campeur par chambre, trois fois moins de personnes pouvaient être accueillies. Plutôt qu’un séjour de 10 jours, cet été, les participants sont présents pour cinq jours.

Alors qu’avant, le ratio était d’environ deux moniteurs par campeur, il est maintenant au moins de trois, avec quelqu’un dédié à la désinfection. 

Les moniteurs ne rentrent pas à la maison. Ils passeront deux mois complets sur le terrain d’Otterburn Park, près de Mont-Saint-Hilaire, pour réduire les risques de contagion.

« Ce qu’on a mis dans la balance, c’est un parent totalement épuisé versus un risque minime d’attraper la COVID-19. Puis, on s’est dit qu’il fallait aller de l’avant », explique Andrée Robert, trésorière de l’organisme et elle-même maman d’un enfant autiste.

En mai, le gouvernement Legault avait annoncé la fermeture de tous les camps de vacances pour l’été. La seule exception était pour ceux spécialisés offrant des services à une clientèle vulnérable, comme Répit Emergo.

Le moniteur Nelson Coto-Mendoza, Neptune pour les campeurs, joue au basketball avec l’un d’eux dans le gymnase.
Photo Chantal Poirier
Le moniteur Nelson Coto-Mendoza, Neptune pour les campeurs, joue au basketball avec l’un d’eux dans le gymnase.

Aucun cas

Malgré ce feu vert, les responsables ont bien pensé fermer pour l’été devant les risques du coronavirus.

« Imaginez une personne autiste qui doit être hospitalisée pour la COVID-19 et que ses parents aient plus ou moins le droit d’aller le visiter à l’hôpital. On ne veut pas vivre ça et c’était notre crainte », souffle Mme Robert. 

Même si elle reconnaît que le risque zéro n’existe pas, elle estime que tout est mis œuvre pour éviter ce scénario catastrophe. Ça semble fonctionner, puisqu’après plus d’un mois, le camp n’a aucun cas, dit Mme Robert, en tendant la main pour toucher une table en bois.

Elle estime que les parents avaient besoin d’une pause. L’organisme avait cessé tous ses services de répit les week-ends pendant le printemps. Les enfants autistes n’avaient plus d’écoles ou d’activités, fait-elle valoir, ajoutant qu’ils avaient eux aussi besoin de bouger.

« Pas grand-chose existe » pour guider les camps face à l’inconnu de la COVID-19, sur les mesures à mettre en place, explique le directeur adjoint du camp, Éric Andrade.

Une monitrice qui a dû penser à tout   

« Penser chaque seconde de chaque jour. » C’est dans ces mots que la chargée des mesures sanitaires et de santé, Viviane Perrino, décrit son travail cet été chez Répit Emergo.

La monitrice de 19 ans vit son troisième été au camp de vacances pour personnes autistes, mais celui-ci n’a rien de comparable aux précédents. 

Visant des études en médecine, elle a sauté sur l’occasion de préparer l’endroit pour les campeurs afin de les protéger de la COVID-19.

Avant l’ouverture, elle a lu les mesures imposées aux garderies et camps de jour pour s’inspirer. Elle a visualisé toutes les activités chez Répit Emergo pour les adapter, et deux médecins ont révisé son travail, assure-t-elle.

Par exemple, certains campeurs sont incapables de prendre leur douche seuls. Mais la proximité d’un moniteur dans cette situation augmentait les risques, sans compter que les masques et les jaquettes de protection des hôpitaux ne sont pas imperméables.

Poncho dans la douche

Viviane Perrino, dont le nom de camp est Alaska, a ingénieusement opté pour la visière et le poncho de plastique pour les moniteurs dans la douche.

Une monitrice revêt l’équipement de protection, soit une visière et un poncho, pour aider un jeune autiste à se laver.
Photo courtoisie
Une monitrice revêt l’équipement de protection, soit une visière et un poncho, pour aider un jeune autiste à se laver.

La grande armoire où s’entassait tout le matériel de bricolage devenait aussi un risque de transmission. Elle a donc assemblé des boîtes individuelles de crayons, papiers et autres. 

Elle en a fait 20, soit le double du nombre de campeurs lors des séjours de cinq jours. Ainsi, 10 boîtes peuvent être en quarantaine pendant que les autres sont utilisées.

Des activités, comme celles en cuisine, ont dû être écartées. Pas de plateaux de biscuits ou de salades de fruits comme par le passé. Les campeurs font leur propre gâteau dans une tasse, cet été.

8000 $ pour se protéger

Mme Perrino a commandé pour environ 8000 $ de matériel de protection et de désinfectant et elle s’assure que tout reste disponible et facilement accessible.

Elle craignait aussi que les campeurs soient anxieux ou en crise face aux moniteurs masqués, aux visières ou aux ponchos, mais tout se passe bien jusqu’à présent, se réjouit la monitrice.

Les employés y résident durant deux mois  

Noah Arevian, alias Nala, profite d’un moment avec un campeur.
Photo Chantal Poirier
Noah Arevian, alias Nala, profite d’un moment avec un campeur.

« C’est comme un camp de vacances [pour nous aussi] », lance le moniteur Noah Arevian, âgé de 21 ans et travaillant pour un quatrième été chez Répit Emergo. 

La trentaine de moniteurs passent deux mois complets sur le site pour éviter de contracter la COVID-19 entre les séjours.

Il y avait beaucoup d’appelés et peu d’élus cet été au camp de vacances, précise le directeur adjoint, Éric Andrade, malgré de plus gros ratios avec les campeurs.

Les moniteurs reçoivent six jours de formation. 

« La plupart n’ont aucune idée dans quoi ils s’embarquent, beaucoup de stéréotypes s’effondrent », poursuit M. Andrade.

C’est justement pour découvrir l’autisme et apprivoiser ce trouble que Zeineb Zaryouch a postulé cet été. Elle espère étudier en psychoéducation à automne.

Noah Arevian revient quant à lui chaque été pour les liens qui se tissent entre les campeurs et les moniteurs. Et cet été est particulièrement spécial. 

« Il y a plus d’espace pour chacun », remarque-t-il, ajoutant voir moins de conflit et de crises des campeurs autistes, avec le nombre réduit de campeurs.

Une agréable pause qui permet une visite au Ikea pour un couple  

Pour Johanne Houde et son mari, les cinq jours que leur fils a passés au camp de vacances Répit Emergo leur ont permis de faire leurs premières activités en couple depuis des mois. 

Aussi banal que d’aller au Ikea, par exemple.

« Faire la queue à l’extérieur avec un masque pendant une heure », c’est impossible avec leur fils autiste de 21 ans, précise Mme Houde. 

Son mari et elle devaient toujours faire des courses en solo pour que l’autre parent reste à la maison avec Alexis.

« En vieillissant, le réseau familial se raréfie et des ressources comme Émergo sont d’autant plus importantes », fait valoir la femme de 59 ans, qui n’a plus le même soutien autour d’elle que lorsqu’Alexis était plus jeune.

Son fils est une responsabilité 24 heures sur 24 et, même s’il n’a pas de problèmes de comportements violents, les derniers mois ont été épuisants. 

« Des gens ont eu la vie plus difficile que nous », dit-elle, pensant à des parents moins chanceux.

Les quelques nuits de sommeil ininterrompu permises par son séjour au camp ont été une bénédiction. 

« C’est une liberté qui nous est accordée [...] et pendant qu’il est là [au camp de vacances], on n’a aucune inquiétude », souffle Johanne Houde. 

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.