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Washington en froid avec l’Allemagne, Pompeo se tourne vers l’Est

Mike Pompeo
Photo d'archives, AFP Mike Pompeo

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Au moment où Donald Trump, en froid avec l’Allemagne, veut fortement y réduire la présence militaire américaine, le chef de la diplomatie, Mike Pompeo, se rend sous les ciels plus cléments de l’Europe centrale et de l'Europe de l’Est.

Le secrétaire d’État américain entame mardi une tournée de cinq jours en Europe qui s’achèvera en Pologne, un allié proche du président américain qui est très désireux d’accueillir certaines des troupes qui doivent quitter l’Allemagne d’Angela Merkel, avec qui le courant ne passe pas.

La tournée le conduira également en République tchèque, en Slovénie et en Autriche, où il doit notamment encourager les alliés des États-Unis à s’éloigner du géant chinois des télécoms Huawei, leader mondial de la 5G.

En Slovénie, où il sera le premier chef de la diplomatie américaine à s'y être rendu depuis 2001, M. Pompeo doit d’ailleurs signer un accord sur la 5G, ont fait savoir des responsables du département d’État, sans plus de détail sur ses modalités.

Le voyage de M. Pompeo est organisé quelques semaines après l’annonce du retrait de quelque 12 000 soldats américains d’Allemagne, dont 6400 seront rapatriés aux États-Unis et 5600 autres repositionnés dans d’autres pays de l’OTAN, y compris la Belgique et l’Italie.

M. Trump a des relations exécrables avec la chancelière allemande Angela Merkel, laquelle a décliné son invitation à un sommet du G7 à Washington en pleine pandémie de COVID-19. Le président américain accuse Berlin de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses de l’OTAN et de profiter financièrement de la présence militaire américaine.

«Ce qui est intéressant dans cette tournée, ce sont les endroits où [M. Pompeo] ne va pas», note Ian Lesser, le vice-président du centre de réflexion transatlantique German Marshall Fund. «Si le secrétaire d’État voulait discuter des questions au cœur des relations transatlantiques en ce moment, il ferait étape à Bruxelles, Paris et Berlin.»

Pour M. Lesser, cette tournée est plutôt destinée à l’opinion publique américaine, à moins de trois mois du scrutin présidentiel du 3 novembre.

Il est peu probable que les électeurs américains s’intéressent au repositionnement de forces américaines hors d’Allemagne, mais «ce qui a un impact politique, c’est la réception réservée à un haut responsable américain en Europe», ajoute-t-il.

La tournée en Europe de l’Est de M. Pompeo est «un voyage peu risqué aux yeux de l’administration», conclut M. Lesser. «Ils veulent donner une impression de succès diplomatique.»

«Un de nos plus proches alliés»

M. Pompeo s’est rendu le mois dernier au Royaume-Uni et au Danemark, et il a aussi effectué l’an dernier une visite en Pologne, où le président Andrzej Duda, un conservateur populiste, vient d’être réélu, après une campagne très polarisante au cours de laquelle il a notamment été reçu à la Maison-Blanche par Donald Trump.

Le Pentagone a annoncé début août que les États-Unis allaient déployer par rotations 1000 soldats supplémentaires en Pologne, grâce à un accord conclu avec Varsovie sur leur statut dans le pays. 

«Je pense qu’on peut dire que la Pologne est l’un de nos plus proches alliés», a indiqué à la presse Phil Reeker, le responsable de l’Europe au département d’État. La Pologne est l’un des rares alliés de l’OTAN à remplir son objectif de 2% du PIB consacré à la Défense, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne, a-t-il souligné.

Selon M. Reeker, M. Pompeo a aussi l’intention de soulever la question de la dépendance énergétique de l’Europe envers la Russie.

Le chef de la diplomatie américaine a ouvert la voie le mois dernier à des sanctions plus dures pour empêcher la mise en service du projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

La Pologne s’oppose au projet, craignant qu’il ne renforce l’influence de la Russie sur l’Europe, mais plusieurs sociétés européennes cofinancent le projet, notamment une société autrichienne.

La tournée de M. Pompeo sera lourde de symboles historiques. En République tchèque, il doit notamment se rendre à Pilsen pour commémorer la libération de la Bohême occidentale en 1945 par les troupes du général américain George Patton.

Il y a une rencontre qui pourrait être tendue au menu du chef de la diplomatie américaine: celle avec le président tchèque Milos Zeman, un homme connu pour ses opinions pro-Russes et pro-Chinois.

M. Pompeo aura «un court entretien» avec M. Zeman, a indiqué M. Reeker.