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100 000$ de concombres abandonnés aux champs

Un producteur de Lanaudière manque de travailleurs pour la récolte

Michel Ricard
Photo Chantal Poirier L’agriculteur Michel Ricard abandonne pour 100 000 $ de concombres dans son champ de Saint-Alexis, dans Lanaudière.

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Un agriculteur de Lanaudière s’est résigné à laisser pourrir pour 100 000 $ de concombres dans ses champs, faute de travailleurs pour les récolter.

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« C’est sûr, ça va faire mal [...], mais c’est la décision qui s’impose », souffle le producteur agricole Michel Ricard, de Saint-Alexis, qui s’estime au pied du mur. 

Il calcule n’avoir récolté que 10 % des quelque 600 000 livres de concombres qu’il planifiait sortir de ses champs. 

M. Ricard espère que l’entreprise familiale pourra survivre à cette récolte abandonnée à contrecœur, grâce aux autres activités de sa ferme et avec des programmes d’aide. 

« C’est un gros point d’interrogation », renchérit sa fille, Sarah Ricard. 

Pas de Guatémaltèques

Les Produits Ricard n’ont reçu aucun travailleur étranger du Mexique ou du Guatemala cet été. Une situation qui n’est pas unique à cette entreprise, selon le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, qui estime à 2000 ouvriers le manque à combler cet été.

M. Ricard assume une partie de la faute. Il a utilisé une nouvelle carte de crédit pour faire venir des travailleurs étrangers. Mais comme le montant versé au gouvernement du Québec dépassait la limite permise de la carte, la transaction a été gelée, dit-il. 

Toutefois, il estime que les lenteurs administratives causées par le télétravail des fonctionnaires durant la pandémie ont retardé d’au moins trois semaines le moment où l’erreur a été vue et corrigée.

En comptant les deux semaines de quarantaine, les ouvriers temporaires seraient arrivés trop tard pour la récolte.

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« Fastidieux »

L’agriculteur déplore qu’il soit de plus en plus « fastidieux » de faire venir ces employés étrangers, alors qu’ils sont devenus « la réalité d’aujourd’hui [dans les champs] ». Sans eux, il n’y aura plus de légumes locaux, croit-il.

Désespéré, M. Ricard a fait appel à une agence de placement de Montréal pour des travailleurs. Mais ces derniers n’avaient aucune expérience et n’étaient jamais les mêmes d’une journée à l’autre.

« Je perdais de l’argent tous les jours », dit-il, après l’avoir essayé une semaine.

Sarah Ricard, qui supervise le travail aux champs, souligne que 15 employés étrangers peuvent remplir 13 boîtes de concombres par jour. Les 22 salariés de Montréal ont peiné à en remplir six quotidiennement.

Peu de travailleurs d’ici

Quant à la main-d’œuvre locale, « il n’y en a pas », assure M. Ricard.

Sa fille a même publié un appel à l’aide sur Facebook voyant que la récolte allait dépérir. Malgré des centaines de partages de sa publication, elle n’a reçu qu’une poignée de réponses pour des jeunes de 12 ans ou des personnes qui voulaient le faire au noir, ce qu’elle refuse.

Pour l’instant, tous leurs espoirs pour les Produits Ricard sont fondés sur la transformation des concombres en cornichons, à partir des récoltes d’autres fermes. Ils s’estiment chanceux de compter sur une vingtaine d’adolescents pour le triage.

« Mais aller récolter, ça serait différent », lance Michel Ricard.