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Le SCRS et les secrets des «Royals» saoudiens

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane
Photo d'archives, AFP Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane

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Un tribunal américain a émis une assignation à comparaître au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane (MBS). Un ancien responsable des services secrets saoudiens, Saad al-Jabri, réfugié à Toronto, affirme que le prince veut le faire assassiner.

MBS a déjà envoyé des tueurs au Canada en 2018 pour l’éliminer peu de temps après le meurtre du chroniqueur dissident saoudien Jamal Khashoggi. Saad al-Jabri était proche du prince Ben Nayef qui a été évincé du pouvoir en 2017 et emprisonné à la suite du «coup d’État» de MBS.

Al-Jabri est au courant d’informations délicates sur les intrigues politiques secrètes de ben Salmane au sein de la Cour royale, de ses transactions commerciales corrompues et d’autres secrets royaux. Voici ce qu’il affirme dans sa poursuite contre ben Salmane déposée devant le tribunal de district de Washington: «Peu d'endroits contiennent des informations plus délicates, humiliantes et accablantes sur l'accusé ben Salmane que l'esprit et la mémoire du Dr Saad — à l'exception peut-être des enregistrements réalisés par le Dr Saad en prévision de son assassinat.»

Pour obliger al-Jabri à revenir au pays, ben Salmane a fait séquestrer, dans un endroit inconnu, deux de ses enfants, Omar, 22 ans, et Sarah, 20 ans, «disparus» à la mi-mars 2020.

En octobre 2018, moins de deux semaines après l'assassinat du chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi à Istanbul, une équipe de tueurs saoudiens est venue à Toronto pour le supprimer. Les assassins ont tenté d'entrer au Canada clandestinement, voyageant avec des visas touristiques. Ils ont attiré les soupçons des douaniers de l’aéroport de Toronto parce qu’ils transportaient deux sacs d'outils médico-légaux. Pas exactement l’attirail de touristes normaux. 

Le groupe comprenait deux spécialistes de nettoyage de scènes de crime — membres du même service que le médecin légiste qui a démembré le corps de Khashoggi avec une scie à os. L’Agence des services frontaliers du Canada leur a refusé l’entrée, sauf un, qui avait un passeport diplomatique saoudien.

Ce n’était pas la première fois que les tueurs du prince héritier d’Arabie saoudite venaient au Canada. En mai 2018, ils avaient tenté d’attirer le dissident Omar Abdulaziz à l’ambassade d’Arabie saoudite à Ottawa. Le Sherbrookois était en contact étroit avec Khashoggi. Un logiciel espion installé sur le téléphone d’Omar Abdulaziz avait permis aux agents saoudiens d’espionner leurs conversations. Ils avaient fait de même pour le téléphone de Saad al-Jabri et avaient pu ainsi déterminer sa location.

Actuellement, Saad al-Jabri vit sous la protection constante de la GRC. Un service secret ami (CIA via SCRS?) l’a averti que ben Salmane a confié à de proches collaborateurs dans une réunion en mai 2020 qu'il avait obtenu une fatwa des autorités religieuses islamiques approuvant son assassinat. Cette fois, le plan est d'infiltrer des tueurs à travers la frontière américaine «par voie terrestre».

Ottawa avait provoqué la colère du prince en 2018 lorsque notre ministre des Affaires mondiales, Chrystia Freeland, a envoyé un tweet «exigeant» la libération de militantes féministes saoudiennes emprisonnées. L’Arabie saoudite avait alors déclaré l’ambassadeur du Canada à Riyad persona non grata et rappelé le sien d’Ottawa.

À ne pas douter, le SCRS a dû soumettre Saad al-Jabri à un «débriefing» détaillé, en échange il lui permet de se réfugier au Canada et assure sa protection. Ottawa connaît donc maintenant les secrets des «Royals» saoudiens. Est-ce la raison pour laquelle MBS, après sa colère initiale, est devenu par la suite silencieux au sujet du Canada? Craint-il les secrets que possède Trudeau? Mais c’est un jeu qui peut se jouer à deux. MBS va-t-il chercher des secrets sur la famille Trudeau?

J’ai déjà consacré un blogue aux secrets du prince héritier d’Arabie saoudite et de son entourage.