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Rien n’y comprendre

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«Ce qui est arrivé est inacceptable et inconfortable», voici les mots de l’instigatrice d’une pétition condamnant une professeure de l’Université de Concordia pour avoir textuellement cité le livre Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières.

C’est la deuxième fois que le livre de Vallières amène récriminations et reproches dans le monde anglo-saxon. 

Non pas pour sa teneur souverainiste, comme on pourrait le croire, mais en raison de son titre.

L’autre fois, c’était il y a quelques semaines, lorsque Wendy Mesley, animatrice vedette à CBC, a perdu son emploi en raison de l’utilisation du même mot controversé, dans un contexte similaire. 

Dérives

Les exemples de Concordia et de CBC sont intéressants, car ils incarnent les dérives absurdes d’une certaine culture «woke», très en vogue dans le reste du Canada et certains milieux hyper progressistes à l’ouest de la rue Saint-Laurent. 

Une culture qui, derrière ses nobles intentions, fait davantage reculer les causes qu’elle prétend défendre. 

Notons d’abord que l’œuvre de Vallières n’est pas une saloperie raciste ni un livre dont le racisme serait en trame de fond.

Rien dans le livre de Vallières ne nous ferait véritablement grincer des dents aujourd’hui. Ce n’est pas coulant de préjugés raciaux auxquelles on prononcerait des «ouf!» en le lisant avec nos yeux de 2020...

Et même l’homme qui a écrit le livre n’entre pas dans la catégorie des personnages qui sont devenus controversés au fil du temps. 

C’est plutôt l’inverse. Sur bien des questions qui nous obsèdent aujourd’hui, Vallières défendait des positions à l’avant-garde, notamment sur les droits des femmes, des autochtones et des minorités sexuelles. 

Un intellectuel d’avant son temps, pourrions-nous dire! 

Et pourtant, sans qu’on comprenne trop pourquoi, ces étudiants font entrer l’auteur et le livre dans le débat du révisionnisme historique. Il faudrait maintenant l’éviter.

Ces militants, perpétuellement en recherche de matière à s’insurger, sont en fait incapables de voir les évènements en dehors de l’époque et des contextes. 

Bref de faire preuve de ce qu’on appelle du gros bon sens historique...

Histoire

Ce qui saute également aux yeux avec ses pétitionnaires, c’est une méconnaissance profonde de l’ouvrage et de la réalité québécoise. 

Bref rappel historique: Vallières écrit le livre Nègres blancs d’Amérique dans une prison new-yorkaise, après avoir été arrêté devant le siège social de l’ONU. Il voulait faire connaître au reste du globe le désir de souveraineté des Québécois.

Ce qu'il revendiquait avec l'expression «Nègres blancs», c’était que les Québécois ne soient plus un peuple de fin de peloton, comme l’étaient les communautés noires aux États-Unis. 

Une comparaison qui ne ferait plus de sens aujourd’hui, mais qui permettait à l’époque de créer des solidarités entre les luttes. 

Une solidarité que plusieurs groupes des droits civiques américains reconnaissaient, notamment par les liens qui existaient entre le FLQ et les Black Panthers.

Il y avait une sorte d’intersectionnalité des combats, terme que ces étudiants devraient comprendre...

Puis, au Québec, avec les années, le livre est devenu le symbole d’un peuple en réveil après une inertie centenaire. Un genre d’acte fondateur de la prise en main de la collectivité québécoise.

Nuisible

Et plus largement, lorsque ces militants s’indignent devant ce type d’ineptie, ils ratent complètement la cible. 

Parce que le racisme, le véritable, celui qui nuit à la possibilité d’avancement des communautés racisées au Québec, ne se trouve pas dans le fait de nommer ou pas un livre.

Il se trouve plutôt dans le fait de ne pas être rappelé en entrevue en raison d’un nom comme Mamadou ou Ahmed, de ne pas avoir le même accès au logement, d’être injustement profilé par la police, dans le racisme quotidien vécu.

Bref, dans tout le racisme qui empêche l’épanouissement et l’égalité des chances des individus.

Sans parler du fait que ce genre de luttes absurdes et stériles donnent de l’eau au moulin aux discours désirant enlever toute légitimité aux combats pour lutter contre le racisme.

Au lieu de rejeter le livre de Vallières, ces pétitionnaires devraient, en fait, l’étudier.

Peut-être qu’ils comprendraient un peu mieux la société dans laquelle ils ont fait le choix d’étudier...