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Désespoir dans un camp pour migrants au Panama

Désespoir dans un camp pour migrants au Panama
AFP

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Le désespoir est palpable à la Penita, le principal camp du Panama où s’entassent 1500 migrants bloqués par l’épidémie de COVID-19 au beau milieu de leur périple vers le Mexique et les États-Unis.

Ils sont originaires de Haïti, de Cuba, mais aussi du Bangladesh, du Népal, d’Inde ou encore du Congo et du Cameroun. 

Des restes de tentes incendiées témoignent de l’émeute dont le camp a été récemment le théâtre, dans ce village de 200 habitants d’une zone indigène de la jungle du Darién, près de la frontière avec la Colombie.

Désespoir dans un camp pour migrants au Panama
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La situation reste tendue après la manifestation des migrants qui réclament de pouvoir poursuivre leur route en dépit de la fermeture des frontières en Amérique centrale pour cause de crise sanitaire.

«Ça va très mal»

«Pour nous, ici, ça va très mal. Nous sommes ici sans rien faire depuis sept mois. Je ne veux pas vivre au Panama. Je veux aller au Costa Rica et continuer ma route vers le Mexique», clame Eveline Louima, une migrante haïtienne.

Des enfants — dont des bébés —, des femmes enceintes, sont nombreux dans le camp. Les plus chanceux ont trouvé place sous des tentes surpeuplées. Les autres doivent dormir dehors, sous des averses diluviennes et dans l’humidité de la saison des pluies tropicales.

Désespoir dans un camp pour migrants au Panama
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Les migrants font la cuisine et se lavent en plein air. Presque aucun n’utilise de masques en dépit de la pandémie et de la surpopulation du camp.

«Ce n’est pas un endroit pour des êtres humains», se lamente Thomas Saint Louis, un Haïtien, qui montre les fourrés qui servent de toilettes. «Ce sont de mauvaises conditions de vie, venez voir, aidez-nous», supplie-t-il aux journalistes de l’AFP.

«Nous dormons par terre depuis près de cinq mois, exposés à la pluie, au soleil et à la chaleur. Nous avons une petite fille âgée de 1 mois et demi, et elle n’a rien», se désole Paul, un Camerounais.

Population excédée

«La situation est un peu tendue», reconnaît le directeur du Service national des frontières, Oriel Ortega.

Le 1er août, un groupe de migrants a incendié des tentes de l’UNICEF, de la Croix-Rouge et du ministère panaméen de la Santé, où était stocké du matériel sanitaire et d’aide humanitaire, dénonce-t-il.

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Sept voitures ont été aussi incendiées, ajoute-t-il, en précisant que 12 migrants haïtiens ont été arrêtés.

Les troubles ont excédé la population locale: «Il faut nous aider. Ou [les autorités] les font partir, ou nous les ferons partir nous-mêmes. Nous n’en pouvons plus», avertit Yasmin Valencia, une habitante de la Penita.

«Nous ne pouvons pas sortir pour travailler, nous ne pouvons pas bien dormir: nous sommes aux aguets dès qu’il y a même une petite pierre qui tombe sur notre toit», s’indigne un autre villageois, Cristino Olea.

Frontière fermée

L’année dernière, ce sont environ 24 000 migrants qui ont affronté les dangers de la jungle du Darien, selon les statistiques officielles.

Depuis le début de l’année, ils ont été plus de 4000 à emprunter cette voie périlleuse et 2500 d’entre eux se sont retrouvés bloqués. Les quatre camps aménagés par le gouvernement du Panama ont été vite submergés.  

Avant la pandémie, une centaine de migrants pouvaient passer chaque jour du Panama au Costa Rica, mais la frontière est désormais fermée.

«Les migrants, voyant qu’ils ne peuvent pas poursuivre leur route, sont en proie à la peur, au désespoir et à l’angoisse», explique Me Daniel Charles, l’avocat qui défend les Haïtiens arrêtés lors des troubles.

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Pour mater les fauteurs de trouble, le gouvernement panaméen a annoncé qu’il expulsera vers leurs pays d’origine les migrants violents. «Environ 280 personnes» vont ainsi être expulsées, avertit la directrice du Service national des migrations, Samira Gozaine.

«Nous comprenons la situation de ces migrants [...]; cependant, nous ne pouvons pas permettre ces actes hostiles», martèle le ministre panaméen de l’Intérieur, Juan Pino.

«La situation est un peu compliquée» à cause de la fermeture des frontières, mais «nous travaillons comme médiateurs entre les deux parties pour éviter la violence», explique Maribel Pena, défenseure du peuple pour le Darien. 

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