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Quand le capitalisme se dissout dans le communisme

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Quel est le principe essentiel du capitalisme ?

C’est la compétition : chacun a le droit de s’essayer, et le « marché », c’est-à-dire vous et moi, décide qui gagne et qui perd.

Le « marché » tranche aussi sur le prix : si c’est populaire, le prix monte, si c’est impopulaire, il baisse.

C’est assez

Mais qu’est-ce qui arrive quand une entreprise capitaliste devient tellement grosse qu’il n’y a plus de concurrence ?

Qu’est-ce qui arrive quand elle se retrouve en position de tuer dans l’œuf n’importe quel nouveau joueur qui voudrait s’essayer ?

Est-on encore dans le capitalisme ?

Pour le dire autrement, trop de succès capitaliste aboutit à un monopole de type socialo-communiste : vous êtes privé de choix.

C’est pourquoi, dans beaucoup de pays capitalistes, l’État est parfois intervenu, justement au nom de la concurrence, pour démanteler des compagnies devenues trop grosses.

Juste aux États-Unis, la liste de compagnies démembrées par le gouvernement fédéral est spectaculaire : Standard Oil (devenue Chevron et ExxonMobil), American Tobacco, AT&T, DuPont de Nemours, Northern Securities, Bell Telephone, etc.

Quand les premiers démantèlements d’entreprises imposés par Washington sont survenus, au tournant du 20e siècle, c’étaient les géants du pétrole, de l’acier, des chemins de fer et des banques qui faisaient la pluie et le beau temps.

On les a démantelés en votant des lois qui, pour simplifier, rendaient illégaux les monopoles, la collusion pour fixer les prix, et les fusions d’entreprises quand elles visaient à tuer la concurrence. Qui sont leurs équivalents aujourd’hui­­­ ? 

Évidemment, Google, Apple, Facebook et Amazon, qui règnent sur les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, la publicité en ligne et le commerce électronique.

Zuckerberg, Bezos et cie sont aussi dominants, prédateurs et sans pitié que l’étaient à leur époque Rockefeller­­­, Carnegie, etc.

Ils rient des amendes qu’on leur impose.

Pour commenter cette chronique, vous devez forcément passer par Facebook, qui achète Instagram et Whats­App pour s’assurer que vous n’irez pas ailleurs, qui saigne les médias traditionnels en drainant la publicité sans produire une once de contenu informatif, et dont on a vu quel respect il a pour votre vie privée, qu’il vend à d’autres.

Et on pourrait parler longtemps de l’App Store d’Apple.

Et de Google, dont le moteur de recherche contrôle 90 % du marché.

Et de l’impact dévastateur d’Amazon sur tout le commerce de détail, en ligne ou pas.

Vous m’objecterez peut-être : et les quasi-monopoles d’État, eux ?

C’est un autre débat : historiquement, on les a justifiés au nom du droit des défavorisés d’avoir accès, eux aussi, à un service essentiel, comme l’école, l’hôpital ou l’électri­cité. Pour l’efficacité, ça se discute.

Agir

C’est seulement si on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez qu’on peut s’en foutre.

Quand un joueur domine tout, que va-t-il arriver aux prix qu’il vous facture si vous ne pouvez aller ailleurs ?

Les législateurs américains, les seuls qui auraient le pouvoir d’agir pour vrai, en ont jusque-là des promesses brisées et de l’hypocrisie des GAFA, et sont tentés d’agir.

Il serait temps.