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Une enquête, ça presse!

Le nouveau PDG de la CDPQ , Charles Émond (à gauche) a étroitement collaboré aux négos pour l’achat des dernières parts du Cirque du Soleil encore détenues par Guy Laliberté. Le Journal a estimé cette transaction à 100 millions de dollars.
Photos d’archives, Ben Pelosse et Capture d’écran, TVA Nouvelles Le nouveau PDG de la CDPQ , Charles Émond (à gauche) a étroitement collaboré aux négos pour l’achat des dernières parts du Cirque du Soleil encore détenues par Guy Laliberté. Le Journal a estimé cette transaction à 100 millions de dollars.

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Le nouveau PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Charles Émond, vient de radier les 228 millions $ que la Caisse avait investis jusqu’à présent dans le Cirque du Soleil.

Est-ce par manque de jugement, par aveuglement volontaire, par imprudence financière, par mauvaise connaissance du dossier... que Charles Émond a décidé en février dernier de racheter à gros prix les 10 % des actions que Guy Laliberté détenait dans le Cirque du Soleil, et ce, juste avant l’annulation de tous les spectacles du Cirque et de sa restructuration financière ?

Compte tenu de cette énorme radiation d’actifs de 228 millions $, j’invite le premier ministre François Legault à déclencher une enquête en vue de faire la lumière sur les circonstances nébuleuses qui entourent la récente transaction d’achat des 10 % d’actions du fondateur du Cirque du Soleil. 

La responsabilité du PM

Pourquoi j’adresse ma demande à François Legault ? Parce que c’est lui qui a promu Charles Émond à la tête de la Caisse. Même si la Caisse est techniquement sous la responsabilité du ministre des Finances, je crois qu’il revient au premier ministre d’ordonner une vérification en règle de la transaction d’achat du bloc d’actions de Guy Laliberté sous Charles Émond. J’insiste : une vérification indépendante, laquelle pourrait être effectuée par l’équipe de la Vérificatrice générale, Guylaine Leclerc.

Dès que la Caisse a annoncé cette transaction d’achat, le 17 février dernier, il y a eu de la suspicion dans l’air. Nombre d’observateurs se demandaient à juste raison pourquoi la Caisse avait décidé de racheter les parts de Guy Laliberté à un moment si inopportun.

Il faut savoir que la pandémie de COVID-19 gagnait du terrain depuis décembre et entraînait déjà des annulations de spectacles, notamment en Chine, le premier pays touché. 

En février dernier, d’où venait l’urgence pour la Caisse de mettre le grappin sur les 10 % d’actions que détenait encore Guy Laliberté alors qu’il était écrit dans le ciel que la situation financière du Cirque du Soleil ne pouvait que se détériorer ? 

Rien à cirer des doutes

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que la Caisse n’en avait rien à foutre de ce genre de préoccupation lorsqu’elle a publié le 17 février son communiqué sur l’acquisition de la participation de Guy Laliberté, laquelle portait à 20 % la participation de la Caisse dans le Cirque.

Charles Émond se contentait plutôt d’affirmer : « Nous sommes heureux de renforcer notre présence dans l’actionnariat du Cirque du Soleil, une marque emblématique du divertissement reconnue à travers le monde. La Caisse entend continuer d’appuyer le Cirque dans ses projets de développement qui font rayonner la créativité et l’expertise des Québécois, et ce, depuis plusieurs décennies. »

Alors que Laliberté se disait « heureux de céder ma participation dans le Cirque, que j’ai fondé il y a 35 ans, à des intérêts québécois », Daniel Lamarre, le président et chef de la direction du Cirque, affirmait que « La transaction annoncée aujourd’hui est une excellente nouvelle puisqu’elle permet de maintenir un actionnariat québécois important. »

Juste à temps pour Laliberté 

Tout un timing pour Guy Laliberté qui réussit à empocher un immense magot d’argent avant la déconfiture du Cirque. Peu de temps après l’annonce de ladite transaction, le Cirque allait annuler tous ses spectacles à travers le monde, le forçant à se restructurer en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

Qui plus est, les trois actionnaires du Cirque, à savoir le fonds américain TPG, le fonds chinois Fosun et la Caisse se sont fait sortir du Cirque, leur proposition financière ayant été surpassée par le groupe Catalyst et ses partenaires, lesquels sont les détenteurs de l’immense dette de 1,2 milliard $ US du Cirque du Soleil.

Pourquoi l’enquête doit-elle viser au premier chef le PDG Charles Émond ?

Parce que c’est lui qui est responsable du dossier du Cirque du Soleil depuis son arrivée à la Caisse en février 2019 : il occupait le poste de premier vice-président Québec et Planification stratégique globale de la Caisse.

À ce titre, il lui revenait de suivre financièrement le dossier du Cirque du Soleil.

10 questions auxquelles la Caisse de dépôt et placement doit répondre au plus vite   

  1. Le 23 janvier 2020, le Cirque du Soleil annonçait l’annulation des représentations du Cirque du Soleil Un monde fantastique, à Hangzhou en Chine, en raison de l’épidémie de coronavirus. Pourquoi la Caisse de dépôt ne jugeait-elle pas cette annulation suffisamment importante pour remettre en question sa transaction d’achat de la participation de 10 % de Guy Laliberté dans le Cirque ?  
  2. Quelle est la répartition des investissements de 170 millions de dollars canadiens (228 millions $ canadiens) que la Caisse a radiés, y compris les dates et les montants précis ?  
  3. Qui, au sein de la Caisse, a pris la décision finale d’acheter les parts restantes de Guy Laliberté ? Est-ce un comité d’investissement ? Si oui, qui en faisait partie ?  
  4. Sur quels critères financiers la Caisse de dépôt et placement du Québec a-t-elle jugé opportun de payer le gros prix pour les 10 % d’actions de Guy Laliberté ?  
  5. 5Le Cirque du Soleil étant surendetté de 1,2 milliard de dollars américains (1,6 milliard de dollars canadiens), la transaction d’achat de la participation de Laliberté ne représentait-elle pas un risque élevé ?  
  6. Est-ce que la Caisse de dépôt connaissait la situation critique des finances du Cirque du Soleil ?  
  7. Le gouvernement Legault a-t-il été consulté sur l’achat des parts de Laliberté ? Ou a-t-il été mis au courant avant l’annonce de la transaction ? Si oui, qui au sein du gouvernement caquiste était informé ?  
  8. À qui (à quel nom) exactement la Caisse a versé l’argent de la transaction d’achat des actions de Laliberté ? Est-ce à sa société « Groupe du Soleil inc. » des îles Caïmans ? Et où l’argent a-t-il été versé ?  
  9. Quel est le montant exact qui a été versé à Guy Laliberté pour ses 10 % de parts du Cirque du Soleil ?  
  10. Est-ce que la Caisse de dépôt et placement du Québec a effectué cette transaction d’achat par l’entremise de l’une de ses filiales enregistrées dans les paradis fiscaux ?