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Les fraudes à la PCU sont une «bombe à retardement»

De mauvaises surprises pour les contribuables

Après avoir été la cible d’une fraude à la Prestation canadienne d’urgence, Catherine Gauthier, une infirmière de Québec, a dû se débattre avec l’Agence du revenu du Canada pour obtenir une rectification de son dossier.
Photo Jean-François Desgagnés Après avoir été la cible d’une fraude à la Prestation canadienne d’urgence, Catherine Gauthier, une infirmière de Québec, a dû se débattre avec l’Agence du revenu du Canada pour obtenir une rectification de son dossier.

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Les fraudes à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) risquent de hanter longtemps les personnes qui en ont été la cible.

De nombreux Canadiens, impliqués dans des fraudes à leur insu, pourraient s’en rendre compte seulement au début de l’année prochaine, au moment de l’émission des feuillets de revenus – donc des formulaires T4 – par le gouvernement fédéral.

C’est ce qu’estime un expert en matière de sécurité informatique ainsi que l’opposition bloquiste à Ottawa.

« C’est une bombe à retardement », affirme Paul Laurier, président de la firme de sécurité Vigiteck.

« Quand les gens vont recevoir les T4 en février, ils vont pleurer », ajoute l’ancien enquêteur de la Sûreté du Québec.

Pour effectuer leurs méfaits, les fraudeurs ont piraté des dossiers personnels sur internet de l’Agence du revenu du Canada grâce à des vols d’identité, selon les témoignages rapportés dans les derniers mois. Au Québec, les récents vols d’identité massifs, comme chez Desjardins, profitent à ces fraudeurs. 

  • ÉCOUTEZ l'entrevue du journaliste Jules Richer, à QUB radio :

Gains alléchants

Une fois dans les dossiers, ceux-ci réclament la PCU et font transférer les montants dans des comptes bancaires qu’ils créent sous de fausses identités.

Les gains sont alléchants, puisqu’ils peuvent obtenir jusqu’à 12 000 $ en PCU, la somme maximale du programme.

Rappelons que la gestion du programme a été placée sous la responsabilité de l’Agence du revenu.

Il faut noter aussi que les paiements de PCU sont imposables. Cela veut dire qu’ils seront considérés comme des revenus pour l’année 2020 et entraîneront l’émission de feuillets T4, donc susceptibles de ponction d’impôt.

Comme le souligne la députée bloquiste Louise Chabot, porte-parole sur les questions d’emploi, le système de dossiers à l’Agence du revenu est déficient en matière de sécurité.

« Il n’y a aucune alerte, aucune sécurité, si les données sont changées dans [certains] dossiers », a-t-elle affirmé en entrevue.

En d’autres termes, bon nombre de personnes dont les comptes de l’Agence du revenu ont été utilisés à leur insu pour effectuer des fraudes à la PCU pourraient s’en rendre compte seulement en 2021.

Mme Chabot estime que l’Agence du revenu doit améliorer ses mécanismes de sécurité le plus rapidement possible.

Niveau indéterminé

L’ampleur des fraudes à la PCU est inconnue, puisque le gouvernement fédéral refuse de fournir des chiffres à ce sujet.

Le programme a distribué, jusqu’ici, 64,3 milliards $ à 8,5 millions de Canadiens.

Il prendra fin en septembre et sera intégré à l’assurance-emploi.  

« C’est comme la maison qui rend fou »  

Traiter avec l’Agence du revenu du Canada lorsque son dossier internet a été piraté pour effectuer des demandes de PCU est « tout un aria », selon les termes de Catherine Gauthier, une infirmière de Québec, qui a accepté de livrer son témoignage au Bureau d’enquête.

Pour rectifier son dossier, elle a dû multiplier les appels avec des fonctionnaires pas toujours collaboratifs, passer des heures d’attente au téléphone en raison des lignes surchargées et perdre même une demi-journée de travail.

Les démarches se sont étalées sur deux semaines. « C’est comme la maison qui rend fou », décrit-elle. Elle a dû aussi contacter la banque où l’argent avait été transféré frauduleusement.

Innocence

Les malfaiteurs ont pénétré dans son dossier de l’ARC au cours du mois de juin et s’en sont servis pour transférer 6000 $ en prestations de PCU dans un compte bancaire externe. Heureusement, Mme Gauthier s’en est rendu compte rapidement.

Elle se désole d’avoir eu à consacrer autant de temps à ces démarches, alors que la victime, après tout, c’est elle. « La preuve est inversée », dit-elle.

La personne victime d’une fraude semble avoir, selon elle, le fardeau de démontrer la véracité de ce qui lui est arrivé. 

Se protéger des fraudes   

  • Créer un dossier sur le site de l’Agence du revenu du Canada (ARC).  
  • Consulter régulièrement son dossier internet personnel de l’ARC, où les versements de PCU apparaissent.     
  •  Les personnes peu à l’aise avec internet peuvent contacter l’ARC par téléphone, au 1 800 959-7383.     
  • Tous les Québécois devraient effectuer ces vérifications, car personne n’est à l’abri des fraudes.