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Pot-pourri dominical

Pot-pourri dominical
Photo d'archives, AFP

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«Les dimanches sont mortels», avait écrit Francine D’Amour dans un premier roman remarqué. Et à La Havane, en pleine pandémie, avec une soudaine recrudescence des cas confirmés de COVID-19 et un retour obligatoire à la quarantaine «tout-le-monde-reste-chez-soi», c’est un peu la même chose. C’est mort.

Ce dimanche du mois d’août, seul dans mon appartement, au troisième étage, en plein ciel bleu des Caraïbes, avec le ventilateur à la vitesse maximale pour chasser un tant soit peu la chaleur accablante, j’ai le vague à l’âme. Hier, mon ex, qui est à Montréal avec nos deux enfants, m’a envoyé quelques photos de ma fille, Maya, 10 ans. Voilà maintenant cinq mois complets que je suis séparé de mes enfants. Sur une des photos, ma fille est assise à ma table de travail, devant mon ordinateur. Malgré la chaleur, elle s’est enroulé mon gros foulard jaune moutarde autour du cou. «Parce que ça sent l’odeur de papa», a-t-elle dit à sa mère. Sur l’autre photo, elle dort dans son lit avec mon foulard comme doudou. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un torrent de larmes. Je suis très soupe au lait, comme mon grand-père maternel, moitié Sioux moitié Blanc.

Je me suis mis à chercher dans mon ordinateur portable quelques chansons qui auraient pu me consoler ou me rappeler un doux souvenir. Je suis tombé sur la chanson Mistral gagnant, écrite par Renaud et merveilleusement interprétée par Cœur de pirate. Nouveau torrent de larmes. Cette chanson était le succès de l’été où j’avais emmené ma petite famille visiter le pays de mes ancêtres et on l’entendait à tout bout de champ à la radio. Ma fille avait fini par apprendre les paroles par cœur et la chantait, en se trompant parfois: «Te parler du bon temps qui est mort ou qui reviendra/En serrant dans ma main tes petits doigts...»

Puis, un peu plus loin, je me suis arrêté sur une chanson de Céline Dion, Parler à mon père, écrite par Patrick Hampartzoumian et Jacques Joseph Veneruso. Je n’avais jamais écouté les paroles de cette chanson, qui sont d’une qualité exceptionnelle: «Je voudrais oublier le temps/Pour un soupir, pour un instant [...] Je voudrais retrouver mes traces/Où est ma vie, où est ma place [...] Je voudrais décrocher la lune/Je voudrais même sauver la Terre/Mais avant tout/Je voudrais parler à mon père...» 

Comme j’aurais aimé pouvoir adresser de telles paroles à mon père et éprouver de tels sentiments envers lui. Malheureusement, il en fut autrement. J’ai eu un père raciste et antisémite que j’ai commencé à détester profondément vers l’âge de 15 ans. Je l’ai sans doute admiré étant plus jeune, mais, arrivé à un âge de raison, j’ai découvert la haine dans ses idées, ses paroles, ses écrits. Pour cela, j’ai toujours été jaloux de mes amis qui, eux, entretenaient de belles relations avec leur père.

Puis le clou de l’après-midi dominical, ce fut la chanson de Vincent Vallières, On va s’aimer encore. «Au travers des bons coups/Au travers des déboires/À la vie, à la mort/On va s’aimer encore.» La coupe de la nostalgie était pleine. Qu’est-ce que j’aurais donné pour me retrouver 10 ou 15 ans en arrière!

Vivement lundi! Et avec un masque sanitaire, por favor.