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Enragé: une histoire de violence

Enragé: une histoire de violence
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Quelque part, la nuit. Sous une pluie torrentielle, un homme (Russell Crowe) est dans sa voiture, devant une résidence. Il grogne, renifle, respire. Comme un animal. Il sort du véhicule avec une hache, enfonce la porte, tue les résidents. Et repart, les yeux injectés de sang.

Lendemain matin. Le soleil. Les joggeurs, les bruits des émissions de radio du matin, le trafic. Les nouvelles. Une journée normale. Les extraits changent. Les présentateurs parlent de violence. Des images de doigts d’honneur. D’automobilistes en colère. Road rage. Des accidents provoqués. Une société malade. Une épidémie de sauvagerie. La musique monte, anxiogène.

Une journée normale. Rachel (Caren Pistorius) s’est levée en retard, réveillée par son ex. C’est le temps d’aller au travail. De déposer son fils Kyle (Gabriel Bateman) à l’école. De lui faire réciter ses leçons dans la voiture. Le trafic bloque l’autoroute. Un appel de son ex. Le stress. Le retard. La mise à pied, faite au téléphone. Elle prend un raccourci.

La journée est normale. Sauf pour l’homme dans sa voiture. Le feu passe au vert. Elle le klaxonne sans qu’il bouge. Elle le coupe rapidement, avec un grand geste du bras. Au feu suivant, il est près d’elle. Lui fait signe de baisser sa vitre. Lui parle. Lui donne une leçon de politesse. Elle argumente. Il s’excuse et lui demande la réciproque. Ce qu’elle refuse. Il la menace, lui promet le pire.

En moins d’une demi-heure, le scénariste Carl Ellsworth a fixé la ligne directrice d'Enragé. Avec un sens des plans de caméra claustrophobes (l’habitacle de la voiture de la femme), le réalisateur Derrick Borte joue rapidement avec les nerfs des cinéphiles. La tension monte efficacement, tant en raison de la différence de physique et d’attitude entre l’homme et la femme, que de la musique composée par David Buckley. Au cours des 93 minutes que dure le film, le spectateur se retrouve brutalement propulsé dans un monde à la fois d’une familiarité inquiétante et d’une singularité angoissante.

En jouant sur le contraste entre l’homme et la femme, la bête et la belle, la brute et la délicate, l’agresseur et la victime, ce long-métrage rappelle que nous sommes tous à un incident banal de basculer dans l’absurde, dans la violence et la folie.

On attendait cet Enragé, première sortie d’importance depuis le confinement. Réussi malgré bon nombre d’aberrations narratives et un gore parfois risible, il arrive à point nommé, parce qu’il nous force à nous questionner sur les recoins les plus sombres de nous-mêmes, comme pour nous aider à exorciser ce que nous avons vécu au cours des derniers mois.

Note: 3 sur 5