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Il crée une fausse adolescente décédée

Il voulait, semble-t-il, dénoncer les fake news de plus en plus nombreuses à circuler sur internet

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Ahuri devant l’ampleur qu’a prise sa fausse nouvelle sur internet en quelques jours à peine, un jeune homme de 20 ans a décidé d’avouer son manège, en espérant encourager les gens à être plus critiques sur les réseaux sociaux.

Grâce à une application, le jeune homme a pu générer la photo qui figurait sur la fausse nécrologie d’Ariane David ainsi que sur le faux profil (ci-bas) de son supposé père, Charles 
David.
Photo tirée de Facebook
Grâce à une application, le jeune homme a pu générer la photo qui figurait sur la fausse nécrologie d’Ariane David ainsi que sur le faux profil (ci-bas) de son supposé père, Charles David.

Mercredi dernier, plus de 3000 personnes ont partagé la publication d’un faux compte sous le nom de Charles David, qui soutenait que sa fille de 15 ans était décédée d’une infection urinaire, n’ayant pas reçu les soins adéquats des médecins qui l’auraient plutôt diagnostiquée COVID-19.

Or, l’histoire a été montée de toutes pièces pour décrédibiliser les complotistes qui partagent sans vérifier les sources, a admis le jeune homme derrière la mascarade. Interrogé par Le Journal, ce dernier a demandé à ce qu’on taise son identité par crainte de représailles.

Photo tirée de Facebook

« Dans ma publication, je me contredisais volontairement, et c’était facile de faire une recherche pour voir qu’il n’y avait aucune preuve de l’existence de ces personnes-là », relate-t-il.

En moins d’une semaine, le faux profil avait déjà acquis plus de 450 amis Facebook, en interagissant sur des groupes antimasques et anti-COVID, précise-t-il.

Quant à sa photo, elle a été générée par une application qui utilise l’intelligence artificielle pour créer des visages.

Pour rendre le personnage plus crédible avant la publication-choc, il lui a aussi créé un réseau familial, qui partageait des nouvelles d’Ariane David, la fausse jeune fille décédée. Tous ces comptes ont depuis été fermés par Facebook.

Pas la meilleure approche

« Ce n’est pas la meilleure façon de le faire, concède-t-il, mais j’espère que les gens, au bout du compte, vont être plus critiques [...] Ceux qui ont le plus partagé au début, c’était les gens dans les groupes [radicaux], puisque pour eux, ça faisait de la matière pour appuyer leurs propos. »

L’idée de créer une fausse information à des fins pédagogiques peut fonctionner, mais seulement dans un cadre bien contrôlé comme une salle de classe, estime Alexandre Coutant, chercheur au Laboratoire sur la communication et le numérique. « Sur internet, une fois qu’on a balancé l’information, elle peut partir n’importe où », explique-t-il.

Dès le primaire

Selon le professeur de l’UQAM, il faudrait instaurer des formations dès le primaire pour aider à aiguiser son sens critique et être en mesure de se faire sa propre idée à partir de l’information reçue.

« On a raison de ne pas faire confiance par défaut [...] Un esprit critique bien formé doute jusqu’à ce qu’il ait suffisamment de preuves pour pouvoir faire confiance », dit-il.

S’il est vrai qu’il y a eu une intensification de la production de fausses nouvelles depuis le début de la pandémie, ça ne veut pas dire qu’elles sont toutes crues, tempère l’expert, estimant qu’au moins la moitié des commentaires sur la publication la remettait en question. 

Pratiquez votre sens critique

  • Regardez l’hyperlien d’où provient l’information pour voir s’il s’agit d’un site fiable.
  • Faites vos propres recherches pour tenter de confirmer l’information ailleurs. Les informations fiables sont souvent relayées par d’autres plateformes ou médias.
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