/news/currentevents
Navigation

Immolée par son ex-mari il y a un an, elle s’accroche à sa deuxième vie

La jeune femme de 28 ans a survécu après avoir été brûlée par son ex-conjoint il y a un an

Coup d'oeil sur cet article

Presque un an jour pour jour après avoir frôlé la mort dans les rues du quartier Saint-Sauveur, une femme de 28 ans qui avait été immolée par le feu par son ex-mari s’accroche à ce qu’elle considère comme «une deuxième vie» pour traverser sa difficile période de convalescence.

C’est le 9 août 2019 que la vie de la jeune femme a pris un virage dramatique. Elle se trouvait à son domicile de la rue Arago, dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, quand son ex-mari l’aurait lâchement aspergée d’essence avant de la mettre en flammes, le tout sous les yeux de ses deux enfants alors âgés de 4 et 6 ans.

Un peu plus d’un an après avoir été brûlée au 2<sup>e</sup> et au 3<sup>e</sup> degré sur 20 % de son corps, celle qui a survécu à l’attaque de son ex-conjoint en porte encore les marques.
Photo Annie T. Roussel
Un peu plus d’un an après avoir été brûlée au 2e et au 3e degré sur 20 % de son corps, celle qui a survécu à l’attaque de son ex-conjoint en porte encore les marques.

Le résultat de l’horrifiante attaque a passé bien près d’être funeste. Brûlée au deuxième et au troisième degré sur 20 % de son corps, la jeune femme reposait dans un état critique dans les heures suivantes. Elle est restée plongée dans un coma artificiel pendant trois semaines pour lui éviter la souffrance causée par ses blessures. 

«Pourquoi?»

Un an plus tard, la convalescence est encore en cours. Confrontée chaque jour à ses blessures, il lui est toujours difficile de faire face à sa nouvelle apparence. La résidente de Québec de 28 ans a accepté de rencontrer Le Journal à condition de taire son identité.

«Je n’ai pas accepté ma nouvelle peau, mon nouveau moi. La manière que je bouge ma tête, comment je bouge ma main, mes bras. Ça n’a pas été facile du tout», confie-t-elle courageusement.

«Je regardais tout le temps mes anciennes photos. C’était toujours la même question: pourquoi?», raconte-t-elle.

Frej Haj Massaoud (<i>en médaillon</i>) aurait aspergé d’essence son ex-conjointe et aurait mis le feu. Les policiers étaient rapidement intervenus sur la rue Arago, dans le quartier Saint-Sauveur, pour secourir la victime.
Photo d'Archives, Agence QMI et courtoisie
Frej Haj Massaoud (en médaillon) aurait aspergé d’essence son ex-conjointe et aurait mis le feu. Les policiers étaient rapidement intervenus sur la rue Arago, dans le quartier Saint-Sauveur, pour secourir la victime.

On lui disait qu’après un an, elle allait «ravoir [sa] vie d’avant». Elle n’en croyait initialement pas un mot. «J’étais à l’hôpital, allongée pendant deux mois sur mon dos en étant incapable de bouger sans avoir mal», ressasse-t-elle.

Des professionnels de la santé «trop gentils, trop aimables» dont elle va «toujours se rappeler» ont contribué à la remettre sur pieds, finalement, en quelques mois. «Il fallait que je fasse ça pour mes enfants», dit-elle aujourd’hui.

Renaissance

La mère de famille a recommencé tout à neuf pour marquer une rupture avec cette journée traumatisante. Nouvel appartement, nouveau quartier. «Une deuxième vie», lance-t-elle sans équivoque. «Je suis née à nouveau le 9 août 2019», image-t-elle. 

«C’est une nouvelle vie. Je devais vraiment la recommencer de zéro, que je m’accepte. Ça n’a pas été facile, m’accepter comme je suis, ça m’a pris beaucoup de temps», avoue-t-elle.

Elle poursuit maintenant sa convalescence à la maison en compagnie de son père, qui a finalement pu la rejoindre à partir de la Tunisie après de longues démarches. «Pour l’instant, je m’occupe de mes enfants chez moi. Je suis rendue autonome. Je m’habitue à faire des choses toute seule», explique-t-elle.

«Ne laissez pas la violence continuer. Si ça commence, ça va continuer pour la vie. Il faut la stopper dès la première fois. Il faut se protéger, parce qu’on ne sait jamais», lance-t-elle comme message à celles qui se reconnaîtraient dans son histoire.

L’ex-mari, Frej Haj Messaoud, est accusé de tentative de meurtre et de voies de fait causant des lésions. Il doit revenir devant un juge le 15 septembre prochain pour la forme dans la cadre de l’enquête préliminaire. Il reste détenu jusqu’à son procès. Il risque l’emprisonnement à vie. 

Elle refuse de se laisser abattre      

«Au début, ça a été difficile, mais je me suis dit “non, il ne faut pas que je laisse tomber”. J’ai deux enfants et j’ai une vie à vivre.» 

«Je ne pensais pas que j’allais avoir tout ce soutien-là de la communauté arabe et québécoise. Je l’ai vraiment apprécié. Je ne le croyais pas.»