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La Caisse a payé 75 millions $ US pour les actions de Guy Laliberté

Le grand patron Charles Émond défend la logique de cet investissement raté

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La Caisse de dépôt et placement du Québec a payé 75 millions $ US (100 M$ CAN) au milliardaire Guy Laliberté pour lui acheter ses dernières actions du Cirque du Soleil quelques semaines à peine avant la pandémie.

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Le grand patron de la Caisse, Charles Émond, a pour la première fois lundi révélé le prix payé par l’institution pour le dernier intérêt de 10 % de Guy Laliberté dans le Cirque.

Guy Laliberté
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin
Guy Laliberté

Au moment de la transaction survenue le 14 février, le Cirque avait déjà été contraint d’annuler des représentations en Chine en raison du coronavirus.

Malgré tout, en commission parlementaire à l’Assemblée nationale, lundi, Charles Émond a tenté de justifier cet investissement, dont la valeur est aujourd’hui à zéro.

Selon le grand patron du bas de laine des Québécois, il était impossible de prédire en février que la pandémie se répandrait partout dans le monde et amènerait le Cirque à annuler tous ses spectacles. Le Cirque s’est placé à l’abri de ses créanciers en juin, croulant sous une dette de plus de 1,5 milliard $.

« Aucun fait ne validait [en février] la possibilité d’une pandémie », a-t-il soutenu.  

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Selon Charles Émond, le processus ayant mené au rachat des actions de Guy Laliberté a été fait de manière rigoureuse à la Caisse. « Il n’y a pas de décisions cachées qui se prennent», a-t-il assuré.

« On ne se réjouit pas de ça », a-t-il tout de même commenté à propos de cet investissement. En incluant les autres intérêts de la Caisse dans le Cirque, c’est pas moins de 228 millions $ qui ont dû être radiés par l’institution.

Pas de crise

Charles Émond a nié que le Cirque connaissait des difficultés financières avant la pandémie. Il a tout de même dit que la Caisse était déjà préoccupée par la tendance à la hausse de la dette du Cirque.

Selon des états financiers rendus publics par le contrôleur du Cirque Ernst & Young, le Cirque a perdu en 2018 et 2019 respectivement 71 millions $ US (96,4 millions $) et 80 millions $ US (108,6 millions $). La firme Moody’s avait déjà publié en 2019 des rapports critiquant l’endettement élevé de l’entreprise.

« Le Cirque n’était pas en crise financière. Il n’y avait aucun enjeu avec aucune banque », a assuré Charles Émond. Selon une source proche des créanciers, le Cirque avait commencé à retarder des paiements dès août 2019.

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Fleurons flétris

Le député solidaire de Rosemont Vincent Marissal a parlé de deux fleurons québécois flétris (la Caisse et le Cirque) en raison de cette transaction. Il a suggéré que la Caisse de dépôt avait perdu dans la « partie de poker » engagée avec Guy Laliberté. 

Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a dit de son côté que cet investissement de la Caisse n’était pas un bon investissement. 

Pourquoi la Caisse a-t-elle doublé sa mise en février ?  

Photo Simon Clark

Le PDG de la Caisse Charles Émond a répondu à plusieurs questions de députés et de journalistes lundi pour expliquer pourquoi son institution avait acheté les dernières parts de Guy Laliberté juste avant l’effondrement du Cirque. 

Pourquoi avoir fait doubler la part de la Caisse dans l’actionnariat du Cirque en février 2020 ?

« Le premier objectif était d’améliorer pour nos déposants le rendement insuffisant à nos yeux, mais positif, du premier 10 % déjà détenu dans le Cirque depuis cinq ans. Comment on aurait fait ça ? En recentrant la stratégie du Cirque vers son cœur de métier et en s’assurant également que son bilan soit bien géré. [...] Il valait mieux selon nous avoir 20 % avec des droits que 10 % et être en arrière sur le banc du passager, sans pouvoir avoir l’influence requise. »

Quelle valeur la Caisse accordait-elle au Cirque du Soleil en février 2020 ?

« Sensiblement la même qu’en 2015, oui [NDLR: le Cirque a été vendu 1,5 G$ en 2015]. Quand on regarde les transactions qui se font dans le monde, à ce moment-là, en février 2020, ça a été acheté à une valeur beaucoup moindre pour des transactions similaires. [...] Par rapport aux projections qui nous avaient été données, on avait réduit de façon significative ces projections pour se donner une marge de manœuvre importante et arriver à une valeur beaucoup moindre qu’on nous demandait. »

Pourquoi Guy Laliberté a-t-il vendu juste avant la pandémie ? A-t-il encaissé son argent dans un paradis fiscal ?

« Ce n’est pas à moi de spéculer pourquoi il voulait vendre. [...] La Caisse détenait son intérêt dans le Cirque au Québec. [...] Ce n’est pas moi qui fais les impôts de Guy Laliberté ». [NDLR: l’entreprise de Guy Laliberté qui a vendu les actions est enregistrée aux îles Caïmans, mais domiciliée au Québec.]