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Frais de garde le midi: les écoles pourront encore gonfler leurs tarifs

Le plafonnement des frais de surveillance des élèves du primaire est reporté

Jean-Étienne Poirier, père de trois enfants, avait sonné l’alarme devant l’ampleur des frais de garde exigés par la direction de l’école de son fils, alors âgé de 9 ans, pour que l’enfant y mange son propre lunch, le midi.
Photo Annie T. Roussel Jean-Étienne Poirier, père de trois enfants, avait sonné l’alarme devant l’ampleur des frais de garde exigés par la direction de l’école de son fils, alors âgé de 9 ans, pour que l’enfant y mange son propre lunch, le midi.

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Les écoles pourront encore cette année gonfler à leur guise les frais de surveillance des élèves le midi. Débordé par la pandémie, le gouvernement reporte à l’an prochain l’encadrement du tarif de garde pour les enfants du primaire qui dînent à l’école.

D’un établissement à l’autre, la facture passe pratiquement du simple au double.

Il y a un an, un père de famille de Stoneham-et-Tewkesbury avait tiré la sonnette d’alarme et dénoncé la note de 1440 $ que lui avait fait parvenir l’école pour que son fils, alors âgé de 9 ans, mange son propre lunch durant la pause du midi.

Alors que le tarif imposé par certaines écoles de sa région était de 4,50 $ par jour, Jean-Étienne Poirier devait, lui, allonger 8 $ quotidiennement pour que son enfant dîne à l’école du Harfang-des-Neiges. Les frustrations du père de famille avaient finalement fait bouger la direction de l’établissement, qui avait révisé à 6,95 $ le coût de son service de garde sporadique du midi.

Échéancier repoussé

Un écart de prix qui avait surpris Jean-François Roberge. Le ministre de l’Éducation avait promis plus d’équité et de contrôle pour les frais de surveillance des enfants le midi.

Un projet de règlement a même été publié en avril pour les plafonner à 4,25 $ par jour à la grandeur du Québec. Mais l’épidémie et son impact sur le réseau de l’éducation repoussent l’échéancier du gouvernement Legault.

«En raison de la crise de la COVID-19, les énergies du ministère ont été redéployées vers le maintien d’une offre de services éducatifs de qualité au printemps, puis sur la planification de la présente année scolaire. Cela a eu pour effet de ralentir le processus réglementaire», a précisé le porte-parole du ministre Francis Bouchard.

L’entrée en vigueur de ces nouvelles dispositions est donc envisagée seulement pour l’année scolaire 2021-2022. 

Conseil d’établissement

Responsable du service des communications de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, Sylvie Jacques explique que c’est le conseil d’établissement de chaque école qui détermine les frais chargés aux parents.

Il n’a pas été possible vendredi de savoir si l’école Harfang-des-Neiges de Stoneham imposera le même tarif pour la prochaine rentrée scolaire aux élèves qui ne bénéficient du service de garde que le midi, qu’on surnomme plus communément les « dîneurs ». 

«Je ne peux vous confirmer à ce moment-ci si c’est reconduit de la même façon, s’il y a des changements qui sont apportés», a soutenu Mme Jacques. 

Cette dernière devait d’abord s’assurer que les tarifs de garde pour la fréquentation sporadique ont déjà été communiqués aux parents de cet établissement de la banlieue de Québec. 

«Il y a des gens qui n’ont pas les moyens»    

Le gouvernement devrait encadrer dès maintenant les tarifs du service de garde pour les enfants qui dînent à l’école, estime le père de famille Jean-Étienne Poirier.

Celui qui se décrit lui-même comme un «lanceur d’alerte» avait forcé l’école Harfang-des-Neiges de Stoneham à revoir l’ampleur des frais de surveillance du midi l’an dernier.

Le ministre Jean-François Roberge avait promis d’agir. Mais en raison de la COVID-19, le ministère de l’Éducation a reporté à l’an prochain son projet de les plafonner à 4,25 $ par jour. 

«[L’échéancier] ne devrait pas être repoussé, il faudrait tout faire pour que ce soit mis en place, car il y a des gens qui n’ont pas les moyens», lance le père de trois enfants, en entrevue avec notre Bureau parlementaire. 

S’il salue l’intention du gouvernement, M. Poirier soutient que certaines écoles offrent un environnement sécuritaire pour faire dîner les enfants à aussi peu qu’un dollar par jour, et que le transport du midi est généralement offert à plus ou moins 200 $ pour l’année. «Pour ma part, je demande que le service de garde du midi soit au même prix que l’autobus», insiste-t-il. 

Équité demandée

La facture envoyée aux parents pour ce service varie énormément d’un établissement à l’autre. «C’est la même province, on ne traverse pas de frontière, il faudrait qu’il y ait de l’équité!», renchérit M. Poirier.

Ce dossier lui tient à cœur, même s’il n’aura pas personnellement à payer ces frais cette année. Puisqu’il travaille de la maison, il a décidé de retirer ses deux plus jeunes du système public d’éducation.

L’an dernier, il s’est battu puisqu’il trouvait inacceptable de payer 1440 $ pour que son fils mange son propre lunch le midi à l’école. «Le montant était devenu farfelu. Quelqu’un qui avait trois enfants qui mangeaient le midi à l’école, c’était rendu 480 $ par mois pour que les enfants mangent leur propre lunch, c’est de l’indécence.»

Pas gratuite, l’école publique

Mais ce qui dérange profondément Jean-Étienne Poirier, c’est l’usage que font les écoles et les commissions scolaires de cet argent. 

Il croit que dans bien des cas, la surfacturation du service de garde sert à payer bien d’autres choses, et les administrateurs doivent rendre des comptes. 

Selon lui, on est bien loin de l’école publique gratuite. «L’école, on la paye déjà avec nos taxes, on la repaye une deuxième fois avec le service de garde», dit-il. 

M. Poirier ajoute que cette situation met en lumière le sous-financement de l’école au Québec, qui a «connu des coupes sauvages au fil des ans». 

«Voilà le problème dont il faut maintenant discuter, et cesser de prendre en otage les parents utilisateurs du service de garde du midi, service qui a échappé jusqu’ici à tout contrôle administratif et qui était géré de manière très “créative” par certaines commissions scolaires, comme celle des Premières-Seigneuries.»