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La construction de nouvelles maisons menacée par la pandémie

Elle a tellement fait croître la demande qu’on pourrait manquer de bois d’œuvre

Olivier Bayard, président de Construction Bayard
Photo Francis Halin Olivier Bayard, président de Construction Bayard, à Saint-Mathieu-de-Beloeil, a peur du jour où il n’aura plus de bois pour bâtir.

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Des entrepreneurs en construction craignent de manquer de bois de charpente pour bâtir leurs maisons, alors que d’autres se mettent à le réserver près d’un an d’avance pour éviter le pire.

« On se demande si on devrait faire des réserves de bois. Ça m’inquiète fortement. Si on n’a plus de 2 par 6 ni de 2 par 4, dans deux mois, il se passe quoi ? On ne peut plus faire de maisons », confie Olivier Bayard, président de Construction Bayard de Saint-Mathieu-de-Beloeil, en Montérégie. 

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de François Bernier, Vice-Président principal affaires publiques de l’APCHQ, avec Mario Dumont à QUB radio:

À Drummondville, Sébastien Maillette, directeur des Habitations Jutras, constate aussi que l’approvisionnement en bois de charpente est sur toutes les lèvres en ce moment.

« Un entrepreneur m’a dit en blague qu’il est prêt à acheter une terre à bois pour ne pas en manquer. On n’a jamais vu ça. On va bientôt devoir réserver nos charpentes de toits un an à l’avance », a mentionné l’homme d’affaires.

Au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), on reconnaît que le marché surchauffe avec l’explosion des travaux de rénovation et du rattrapage causé par l’arrêt des chantiers durant la pandémie.

« Cela dit, un an pour la charpente, ça m’apparaît exagéré, lance son PDG Jean-François Samray. On souhaite que nos maisons puissent continuer d’être faites avec du bois d’ici, même si ces prix-là pourraient attirer d’autres joueurs américains ou européens sur le marché », a-t-il analysé.  

Hausses de prix

Ces derniers jours, les entrepreneurs en construction croulent sous les listes de prix des détaillants, observe Olivier Bayard, qui dit en recevoir aux trois jours, alors qu’en temps normal il en reçoit au mois. « Ça fait peur », dit-il.

Depuis février, le 2 par 6 utilisé pour la charpente des murs extérieurs des maisons est passé de 5,13 $ le morceau à 9,90 $, ce qui lui donne de sérieux maux de tête. 

« J’ai des projets de déjà signés. J’explique ça comment à mon client que le prix du bois a presque doublé ? » se demande-t-il en débarquant de son camion au BMR de Saint-Basile-le-Grand. 

Au RONA de Boucherville, Jocelyn Vaskelis, propriétaire de Rénovations JRV, dit assister à de drôles de scènes. « Quand le bois arrive, le jour même, il n’y en a plus. Tout le monde se garroche. Je n’ai jamais vu ça en 20 ans », dit-il.

« Je ne suis pas dans un état de panique puisque les autres matériaux n’ont pas augmenté. Les cloisons du sous-sol pourraient par exemple être faites en métal plutôt qu’en bois », estime de son côté le directeur du service technique de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), Marco Lasalle.

Selon lui, il y a bel et bien pénurie de bois traité, mais il reste toujours du bois de charpente québécois. 

« Les moulins ont arrêté durant deux mois en raison de la COVID-19, mais on est encore capables d’en produire », conclut-il.

Blitz d’embauche chez Résolu  

L’explosion de la demande de bois sourit au plus gros producteur québécois, qui recrute en quatrième vitesse des dizaines de travailleurs à même leur téléphone pour faire tourner ses machines.

« On vient de lancer un blitz d’embauche ces derniers jours. On invite les candidats à postuler par téléphone », a indiqué Louis Bouchard, porte-parole de Produits Forestiers Résolu, qui a une quinzaine de scieries et d’usines ici.

Opérateurs, mécaniciens, superviseurs en entretien... l’entreprise cherche une vingtaine de travailleurs dans ses scieries de Girardville, Saint-Thomas, La Doré, Normandin, Mistassini et Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, et plus de 25 en Abitibi, à Senneterre et à Maniwaki.

« Embauche téléphonique »

Sur les réseaux sociaux, Produits Forestiers Résolu multiplie ses publications pour trouver de nouveaux travailleurs pour répondre d’urgence à l’appétit des entrepreneurs en construction.

« Embauche téléphonique » en grosses lettres pour des postes de journaliers de production et de mécaniciens, peut-on lire. On met de l’avant ses salaires compétitifs, ses bonis de production et ses assurances retraite et collective.

À l’usine de Senneterre, en Abitibi, Produits Forestiers Résolu vient de lancer un projet pilote pour recruter des candidats, qui ont leur 3e secondaire, en leur permettant de travailler, tout en allant chercher leur diplôme d’études professionnelles (DEP).

« On parle de postes d’opérateur de machinerie à plus de 24 $ l’heure plus les avantages sociaux », a souligné son directeur principal, affaires publiques et relations gouvernementales – Canada, Louis Bouchard.

Mardi, le producteur québécois a expliqué l’explosion des prix du bois par une forte demande pour le bois d’œuvre avec les mises en chantier ici et chez nos voisins du Sud, et d’un regain dans la rénovation résidentielle.