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Un cirque bien ordinaire

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J’ai quelque chose à vous dire... mais je vais vous le murmurer à l’oreille parce que ce n’est pas très bien vu de dire « ces choses-là ».

Je n’ai pas beaucoup aimé Mon cirque à moi, le film de Miryam Bouchard qui vient de prendre l’affiche.

Oh, j’ai trouvé Patrick Huard bien bon en papa clown. Mais le pauvre n’a pas de bonnes répliques à se mettre sous la dent. J’ai trouvé ce film mièvre, le scénario prévisible, le contenu cliché et convenu.

Mais chut, ne le dites à personne. Au Québec, on n’égratigne pas une œuvre « de chez nous ».

Le milieu est trop petit, trop incestueux.

ON NOUS PREND POUR DES CLOWNS

Je ne sais pas si c’est parce que le cinéma québécois en arrache, ou parce que l’on sort de confinement et qu’on a besoin d’une œuvre réconfortante, pétrie de bons sentiments, mais j’ai trouvé la critique québécoise très gentille avec ce film. 

Je ne peux pas m’empêcher de penser que le même film, s’il avait été réalisé en France ou aux États-Unis, se serait fait varloper par les critiques. Au lieu de le trouver charmant, craquant et sympathique, nos critiques l’auraient trouvé gnangnan, convenu et prévisible.

Je vous donne quelques exemples. Ce film raconte l’histoire d’une jeune fille dont le papa est clown (l’excellent Patrick Huard) qui se tanne de la vie de bohème, de tournée, de saltimbanque et ne rêve que de stabilité, de conventions.

Son père est athée ? Elle fréquente l’église. Son père est anti-école ? Elle veut s’inscrire dans un collège privé très prout-prout. Son père fait des sandwichs bizarres ? Elle veut des sandwichs ordinaires.

Eh la la, peut-on utiliser un crayon plus gras pour souligner l’opposition père-fille ? Pour illustrer à quel point l’école publique qu’elle fréquente est pourrie, on a droit à une suite de scènes où le plafond de la salle de classe coule.

Et on nous rappelle une demi-douzaine de fois qu’au public, il n’y a pas de cours d’échecs, alors qu’au privé... il y a un beau club d’échecs !

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Bonjour la subtilité. 

On dirait un conte pour tous... mais pas dans les meilleurs.

Pourquoi mes collègues n’ont pas souligné à quel point ce film sur un papa non conventionnel est lui-même très conventionnel ? Dans la Belle Province, on n’aime pas la confrontation. Il ne faut surtout pas faire de la pépeine à nos amis du bottin de l’UDA.

C’EST JUSTE DE LA CRITIQUE

Jean-Michel Dufaux, nouveau chroniqueur à mon émission à QUB radio, me racontait lundi tout le ressac qu’il avait vécu en 2013 quand il avait osé égratigner Gregory Charles à l’émission C’est juste de la TV. Gros malaise.

Le segment avait même été retiré du site de l’émission. Est-on à ce point allergique aux critiques ?

Quand j’avais fait une critique très négative du film La Bolduc de François Bouvier, un site de potins avait titré : Sophie Durocher sème la colère en s’attaquant à une chose très importante pour Debbie Lynch-White.

Comme si j’avais écrasé son chat avec mon tracteur ! 

Je m’attends à ce que demain, sur les sites à potins, on lise : « Une vilaine chroniqueuse s’en prend violemment à un pauvre clown sans défense ».