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Une question de confiance... et de résultats

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Malgré la popularité persistante de la CAQ, le premier ministre, François Legault, n’est pas sans savoir que la confiance des Québécois sort néanmoins fragilisée de l’échec cinglant de la gestion de la première vague de COVID-19.

L’échec, c’est un Québec devenu rapidement l’épicentre canadien du virus. C’est près de 6000 femmes et hommes d’ici qui en sont décédés, dont 89 % vivaient en CHSLD ou résidences privées pour aînés. L’ardoise est souillée de leur sang.

D’où le dévoilement hier d’un plan d’action en vue d’une deuxième vague. Présenté par le trio de la Santé – les ministres Christian Dubé, Marguerite Blais et Lionel Carmant –, son objectif premier est de rassurer la population pour la suite des choses.

On y répète en effet plusieurs fois que le gouvernement a appris ses « leçons » de la première vague. Commandé par M. Legault, le plan se détaille sur près de 100 pages, dont la moitié trace un bilan étonnamment sans complaisance de la première vague.

On y décortique les principaux dysfonctionnements du réseau de santé. Lesquels, face à la COVID-19, ont éclaté au grand jour.

Au grand jour

Sans le dire, les « neuf axes » d’intervention du plan misent aussi sur le plus long terme. Sur le fond, il s’agit d’une restructuration annoncée de notre réseau de santé détraqué par les « réformes » Barrette et vingt ans de compressions assassines.

Un exemple parmi d’autres : grâce à la formation expresse de 8000 préposés aux bénéficiaires, la mobilité du personnel entre établissements serait enfin interdite d’ici le 30 septembre.

Cette même mobilité qui, de manière pourtant prévisible, a fait des employés des vecteurs involontaires de contagion auprès de résidents très fragiles.

À travers ce plan se dessine donc l’intention du premier ministre de tenter d’imprimer peu à peu un « virage » plus humaniste et efficient à la gigantesque machine folle du ministère de la Santé.

D’où la nomination, en juin, de Christian Dubé, ministre réputé plus interventionniste. L’arrivée de l’influente sous-ministre Dominique Savoie, étant de la même eau.

Dans la vraie vie

D’où aussi, entre autres, du côté de la ministre Marguerite Blais, l’accélération de la préparation de nouveaux « milieux de vie » à échelle humaine pour les personnes en perte d’autonomie, tous âges confondus. Idem chez le ministre Carmant aux Services sociaux.

L’intention est indéniable, c’est sûr. Le plan va même jusqu’à vouloir rendre plus « imputable » la gouvernance ultra-centralisée des CIUSSS. On demande à voir.

Le diable, comme on le sait, se cache toujours dans les détails. Le succès ou non de ce virage se mesurera sur le temps à son « opérationnalisation » sur le terrain, dans la vraie vie du vrai monde.

Rien ni personne ne peut ramener les morts fauchés par la COVID-19 pour cause d’impréparation crasse du réseau.

Mais si et seulement si ce gouvernement venait un jour à redonner aux Québécois un système de santé et de services sociaux humanisé, y compris pour les plus fragiles, cette crise, aussi horrible fut-elle dans sa première vague, nous aurait tout au moins servi à redécouvrir l’essentiel.