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Logement souillé et détruit: un cauchemar pour des propriétaires de Beauport

Un couple d’aînés a eu toute une surprise après l’expulsion d’un locataire

Maison souillée Beauport
Un couple de pro
Photo Arnaud Koenig-Soutière Marcel Lachance se désole à la vue d’une chambre qui servait à héberger les chiens du locataire, pointant en direction d’un matelas gorgé d’urine.

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Un couple de septuagénaires de Beauport, qui a dû lutter pour faire expulser un mauvais payeur, a eu la surprise de retrouver la maison qu’il louait complètement souillée et détruite.

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Rien ne laissait croire à Marcel Lachance, 73 ans, et sa femme Louise, 72 ans, qu’ils vivraient éventuellement un cauchemar après avoir loué leur maison de la rue Choisy.

Le locataire est arrivé dans le logement au début du mois de mai, profitant alors d’un mois de loyer gratuit. Lorsqu’est arrivé le mois de juin, les excuses ont commencé à affluer pour justifier le retard de paiement. Puis juillet est passé, avant qu’août fasse de même. Après trois mois de loyers impayés, l’expulsion a finalement eu lieu lundi soir sous l’égide d’un huissier.

Marcel et Louise Lachance n’étaient pas préparés pour constater la scène de désolation à la reprise des lieux qu’ils louent depuis 2006.

Une flaque de produits visqueux et collants jonche le milieu de la cuisine, attirant de nombreuses mouches dans la résidence de la rue Choisy, à Beauport.
Photo Arnaud Koenig-Soutière
Une flaque de produits visqueux et collants jonche le milieu de la cuisine, attirant de nombreuses mouches dans la résidence de la rue Choisy, à Beauport.

Pratiquement tous les murs étaient défoncés. Des mouches bourdonnaient dans chaque pièce, fruit d’une odeur nauséabonde d’urine de chiens. Le liquide était en quantité telle que les moulures au sous-sol ont ondulé sous l’effet de l’humidité, en plus d’être recouvertes de champignons. La porte-moustiquaire était déchiquetée, le panneau électrique est arraché, certains des électroménagers qui étaient fournis avec le logement étaient bossés. La liste s’allonge encore et encore.

« C’est la pire histoire qui m’est arrivée de toute ma vie », lance, dépité, Marcel Lachance, qui a possédé plus de 50 immeubles locatifs dans les dernières décennies.

Le proprio s’explique mal comment celui-ci a pu démolir la céramique dans l’entrée du logis. Une masse en bois reposait tout près.
Photo Arnaud Koenig-Soutière
Le proprio s’explique mal comment celui-ci a pu démolir la céramique dans l’entrée du logis. Une masse en bois reposait tout près.

Comble du malheur, au moment de la présence du Journal, mardi soir, une famille de Saint-Flavien s’était déplacée jusqu’à la résidence de la rue Choisy pour venir y chercher le frigo du locataire. Or, celui-ci, expulsé la veille, leur avait demandé un acompte de 200 $ et leur avait envoyé des photos où l’électroménager était intact. En réalité, il était dans un état lamentable, la devanture bossée et deux poignées arrachées.

Fausse libération

Le couple espérait pourtant que l’éviction de ces locataires indésirables soit la fin de leur calvaire. Si obtenir le paiement du loyer était une mission impossible, les circonstances pour tenter de toucher leur dû empiraient le portrait.

« Je braillais, je n’étais plus capable, raconte Louise Lachance. Il m’appelait “la petite vieille”. Il me disait “hey, la petite vieille, crisse ton camp chez vous !” »

Marcel Lachance a même pensé y laisser sa peau. Luttant contre un cancer, cet épisode cauchemardesque l’a affecté aussi bien mentalement que physiquement.

« Quand j’ai vu [l’état de la maison], je pensais vraiment, vraiment en mourir. Mon cœur, ça n’avait aucun bon sens. J’ai mal partout. Je n’avais pas besoin de ça », confie-t-il.

Le dossier est maintenant entre les mains de l’assureur du couple, qui a envoyé un évaluateur mercredi pour estimer les dommages. 

D’ici à ce qu’il voie la fin de l’histoire, l’homme de 73 ans espère que sa mésaventure servira de rappel aux propriétaires immobiliers : « Allez voir où vos futurs locataires habitent et parlez à leur propriétaire », recommande-t-il. On ne peut plus croire personne. Vous voyez, ceux qui sont venus chercher le frigidaire ! » 

« La pointe de l’iceberg »  

L’histoire d’horreur vécue par le couple de septuagénaires de Beauport n’est que « la pointe de l’iceberg » des problèmes que les locataires délinquants font vivre aux propriétaires à travers la province, estime la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). 

Loyers impayés, bris multiples et insalubrité : si chaque situation est singulière, ce trio d’éléments constitue le problème type en matière de délinquance locative.

« Il y a toujours eu [des situations comme celle-ci] et il en aura toujours ; c’est régulier. Et c’est seulement la pointe de l’iceberg, parce que les propriétaires veulent souvent éviter les représailles et passer rapidement à autre chose », observe Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la CORPIQ.

« On pense qu’il y en a beaucoup plus que ce qui est rapporté dans les médias, enchaîne-t-il. Il faut être courageux pour qu’ils en parlent publiquement. »

10 jours

M. Brouillette, qui porte la voix des locateurs, souligne que la Régie du logement doit entendre dans un délai maximal de 10 jours les dossiers où il est question d’une « situation de détérioration du logement ».

« C’est une bonne chose, mais c’est de limiter les pertes. Pour empêcher que ces choses se produisent, on ne veut pas juste récupérer ce qui peut être récupéré. C’est de dissuader le locataire d’adopter un tel comportement », juge-t-il.

« Sans dépôt de garantie, le propriétaire est très vulnérable. Si le locataire a 1000 $ à récupérer, il va faire plus attention », propose le représentant de la CORPIQ.

Enquêtes

Au-delà de leur mésaventure frustrante, le récit de Marcel et Louise Lachance est un rappel de plus pour les locateurs de multiplier les vérifications avant de consentir à faire signer un bail à un locataire, croit Hans Brouillette. « De grâce, faites des enquêtes approfondies avant de confier les clés de votre propriété à quelqu’un », implore-t-il.

Il regrette par ailleurs que les propriétaires soient « très mal protégés » en cas de conflit avec les occupants de leurs logements, d’où l’importance d’une enquête préventive.

« La loi et les tribunaux, c’est du droit. La justice, ça se trouve dans la réparation qui est impossible à obtenir. [...] La loi et les tribunaux sont là pour rendre une décision favorable ou non. Mais justice n’est jamais rendue parce qu’il n’y a pas de réparation du préjudice », déplore Hans Brouillette.