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Pandémie: les jeunes ont-ils raison de s’inquiéter pour le déficit budgétaire?

Pandémie: les jeunes ont-ils raison de s’inquiéter pour le déficit budgétaire?
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Les investissements massifs du gouvernement fédéral depuis le début de la pandémie ont fait sourciller plusieurs millénariaux, qui craignent de devoir assumer le fardeau du déficit budgétaire s’élevant à quelque 343 milliards $. Mais est-ce que les jeunes devront réellement acquitter la facture salée de cette pandémie dans les années futures?

«Ils n’ont pas totalement raison de s’inquiéter pour le moment, en tout cas pas à 100%», indique Luc Godbout, titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke. 

Certes, les 343 milliards $ cumulés en déficit depuis le début de la crise de la COVID-19 ont de quoi en estomaquer plusieurs. «Un déficit de cette ampleur, on n’avait pas vu ça, en proportion de l’économie, depuis la Deuxième Guerre mondiale», soutient M. Godbout.

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Un geste ponctuel

Toutefois, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et les programmes de subvention salariale instaurés par Ottawa au cours des derniers mois représentent le plus gros morceau de la dette causée par la pandémie. Et cette aide est ponctuelle dans le temps, ce qui signifie que «le déficit devrait se ratatiner un peu par lui-même», assure le professeur. 

Pas de remboursement

«La dette, dans le fond, on ne la rembourse pratiquement jamais», estime aussi M. Godbout. Avant la COVID, on avait à peu près 750 milliards en déficit, on peut dire sans trop se tromper qu’il y avait encore les chemins de fer pour unir le Canada jusqu’à la Colombie-Britannique là-dedans, et encore la dette de la Première Guerre mondiale.»

Le Canada n’aurait remboursé que 10% de sa dette depuis le début de son histoire. Bref, le remboursement de celle-ci ne devrait pas être la principale inquiétude des générations futures. 

Attention aux taux d’intérêt

L’enjeu économique qu’il faudra surveiller concerne davantage les hausses potentielles des taux d’intérêt, souligne le fiscaliste. Les contribuables pourraient avoir à payer plus d’intérêts, créant également une pression sur le gouvernement fédéral afin qu’il trouve des solutions pour payer ces augmentations d’intérêts sur la dette.

Le développement social en jeu?

Et parmi les solutions pour retrouver son équilibre budgétaire, le gouvernement pourrait choisir de diminuer significativement la croissance de ses dépenses, notamment en matière de services publics. «Ce n’est pas tant une préoccupation pour les jeunes, plus qu’une préoccupation pour tous ceux qui attendent des services publics du gouvernement fédéral, y compris les aînés», précise Luc Godbout. 

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Unsplash - Leon Seibert

Une hausse des impôts

Augmenter les impôts des contribuables serait une autre option pour rééquilibrer les finances du gouvernement fédéral. «Ça aurait un effet sur l’ensemble de la population, mais pas que sur les jeunes», convient le professeur.

Plusieurs espèrent parallèlement qu’une hausse d’impôts soit aussi menée sur les géants du web (GAFAM). Luc Godbout est plutôt optimiste et croit que cela pourrait faire partie d’un bouquet de possibilités de mesures pour équilibrer l’économie. «Le contexte est favorable à ce que les pays analysent cette voie-là. Tous les pays vont se retrouver avec d’importants déficits et les travaux de l’OCDE convergent pour qu’il y ait des actions concernées», dit-il. 

Bref, peu importe notre génération, il y a de quoi se soucier des finances et de la façon dont le gouvernement choisira de répartir ses mesures afin de retrouver l’équilibre. Hausse des impôts, diminution des dépenses, acceptation de la dette telle qu’elle l’est: différents scénarios sont étudiés, mais il faudra attendre plus tard cet automne pour mieux cerner les scénarios envisagés par la nouvelle ministre des Finances, Chrystia Freeland. 

La ministre des Finances, Chrystia Freeland.
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La ministre des Finances, Chrystia Freeland.

La dette du Québec se compare-t-elle à celle du Canada?  

À cette question, M. Godbout juge que les déficits se comparent très difficilement à l’heure actuelle, entre autres parce que le gouvernement provincial a eu moins d’initiatives à mettre de l’avant pour soutenir le revenu des particuliers. «Tout ce qui relève du chômage et du soutien lorsque des gens sont sur le chômage, ça relève du fédéral.»

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard.
Photo Simon Clark
Le ministre québécois des Finances, Eric Girard.

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, élabore présentement un plan de retour à l’équilibre budgétaire qui devrait être présenté à l’automne. Malgré les dépenses inhérentes liées à la crise, le ministre a d’ailleurs avancé que Québec pourrait revenir à l’équilibre budgétaire sans hausser les impôts et les taxes, chose qui risque d’être plus difficile sur le plan fédéral.

«Il n’y a rien qui a été encore annoncé à cet effet-là. A priori ça semble un peu difficile parce que le gouvernement fédéral, contrairement au Québec, était déjà en déficit avant que la crise arrive.»

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