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Canaliser la violence de jeunes contrevenants grâce à la peinture

Ils ont réalisé une murale symbolisant leur évolution en détention

murale contrevenants
Photo courtoisie La murale réalisée par cinq jeunes contrevenants et leurs éducateurs du centre jeunesse Cité-des-Prairies est composée d’arbres qui représentent leur évolution.

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Des adolescents d’un centre jeunesse montréalais ont troqué leurs poings pour un pinceau en réalisant une murale symbolisant le cheminement qu’ils ont fait pour mieux gérer leur colère.

« Les adolescents qui sont ici en garde fermée, ce n’est pas parce qu’ils ont volé une barre de chocolat dans un dépanneur, illustre l’éducateur Michel Brière. Mais en s’investissant dans ce projet, ils ont réalisé que le temps passe vite lorsqu’on fait quelque chose de positif et constructif. »

Le Centre pour les jeunes en difficulté d’adaptation de la Cité-des-Prairies, situé à Montréal, est l’endroit qui accueille les mineurs ayant commis les crimes les plus graves.

Il reçoit aussi les cas les plus difficiles référés par la DPJ. C’est le « bout de la ligne » et l’endroit le plus sécurisé au Québec pour les jeunes contrevenants.

L’artiste principal derrière l’œuvre, qu’on ne peut identifier.
Photo Antoine Lacroix
L’artiste principal derrière l’œuvre, qu’on ne peut identifier.

Ceux qui y séjournent ont accès au programme ART, qui est l’acronyme de l’expression anglaise « Agression Replacement Training », qu’on peut traduire par « Formation pour remplacer l’agressivité ».

D’une durée de deux mois et demi, avec trois activités par semaine, les jeunes se font notamment enseigner des techniques pour contrôler leurs émotions et gérer des conflits.

Une autre murale qui a été réalisée durant la pandémie par le jeune artiste.
Photo Antoine Lacroix
Une autre murale qui a été réalisée durant la pandémie par le jeune artiste.

Avec la COVID-19 et l’isolement qui rendaient le temps très long en centre jeunesse, cinq adolescents et leurs éducateurs ont entrepris de peindre un mur du bâtiment en utilisant les apprentissages acquis durant le programme ART.

Dix semaines d’évolution

« Comme ça dure dix semaines, on a fait dix arbres qui évoluent chaque fois, un peu comme nous. On ne change pas du jour au lendemain, c’est une évolution », explique un participant, qu’on ne peut identifier en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Au-dessus des arbres, les jeunes ont aussi écrit des mots allant du plus négatif au plus positif, pour symboliser le cheminement réalisé grâce à la formation.

« Je n’avais jamais fait d’art de ma vie et je n’aurais pas pensé aimer ça, mais je me suis développé un grand intérêt. Ça a été vraiment bien de pouvoir s’appliquer dans quelque chose », témoigne un autre jeune.

« Avant j’étais très violent, je pétais des coches. Je ne pensais pas que j’allais y arriver, mais j’ai appris à réguler ça », souligne un troisième adolescent incarcéré.

Source de fierté

Les membres du groupe ont maintenant hâte de pouvoir appliquer ce qu’ils ont appris grâce au programme à l’extérieur des murs de la Cité-des-Prairies, affirment-ils.

« Ce qu’on apprend ici, ça va aussi nous servir dans la vie. Moi, je suis quelqu’un d’impulsif, mais ça nous a fait réaliser bien des affaires. C’est un bagage pour après, pour ne pas se remettre dans le trouble », soutient l’un des artistes.

Le fruit de leur travail représente également une importante source de fierté.

« Je réalise que j’ai beaucoup plus de maturité qu’avant. Je vais être meilleur pour régler mes conflits. Mais la murale, elle va toujours rester ici, c’est ça qui est le fun. On a mis notre sueur là-dedans », conclut un autre ado.