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Et le nouveau chef du Parti conservateur du Canada est...

C’est demain que sera connu le successeur d’Andrew Scheer à la tête du parti de l’opposition à Ottawa

Andrew Scheer
Photo d'archives, AFP Andrew Scheer

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Le Parti conservateur aura demain un nouveau visage. Reste à savoir si ce dernier saura lui donner une identité. 

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Le Parti conservateur se cherche depuis plusieurs années. 

Bien qu’il ait remporté le vote populaire aux élections d’octobre dernier, le parti a été incapable d’étendre ses appuis au-delà des convertis.

On ne peut pas dire que cette course aura permis au Parti conservateur de brasser de nouvelles idées.

Il a même, au contraire, beaucoup été question de conservatisme social et d’avortement. Deux des quatre candidats, Leslyn Lewis et Derek Sloan, sont issus de cette mouvance, à différents degrés. 

Les militants se féliciteront toutefois de l’émergence de Mme Lewis, une avocate torontoise d’origine jamaïcaine, qui apporte de la diversité et du sang neuf à un parti qui en a bien besoin.

Un troisième candidat, Erin O’Toole, mise lui aussi sur l’appui des membres pro-vie du parti, davantage par stratégie que par conviction. 

Pourquoi ? 

Parce que les membres conservateurs ont le choix d’indiquer plusieurs noms sur leur bulletin de vote. M. O’Toole espère donc être le deuxième choix de ceux qui donneront d’abord leur appui à Mme Lewis et à M. Sloan. 

Méfiance envers Mackay

Ce qui nous amène à parler de Peter MacKay, le plus progressiste du groupe. Trop centriste, même, au goût de nombreux ténors conservateurs, qui s’en méfient. 

Mais M. MacKay demeure l’homme à battre. C’est lui qui a amassé le plus d’argent et qui a l’avantage de la notoriété publique.

S’il l’emporte facilement au premier tour, ce sera le signe que les membres du parti souhaitent une rupture claire avec le régime d’Andrew Scheer.

Le politologue de l’Université McGill Daniel Béland analyse qu’à l’inverse, «si MacKay ne l’emporte pas au premier tour, ça veut dire que moins de la moitié des militants pensent qu’il faut réformer le parti pour le ramener plus vers le centre. 

«Ça va en dire long sur l’état d’esprit des membres.»

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Un atterrissage difficile

La course à la direction s’est jouée dans l’ombre de la pandémie de COVID-19, retardant ainsi l’entrée en scène du nouveau chef, qui devait avoir lieu fin juin.

L’atterrissage risque donc d’être difficile.

Le gouvernement Trudeau compte présenter aux Canadiens des pans de son plan de sortie de crise économique dès l’automne.

Le nouveau chef conservateur devra donc en quelques semaines unir ses troupes et se préparer à une élection qui pourrait survenir avant la fin de l’année, mais de façon plus réaliste au printemps prochain. 

Il aura donc peu de temps pour asseoir son autorité et réfléchir à une autre stratégie que celle qui consiste à se fier à la faiblesse de ses adversaires.

Comment se dessine la course à travers le pays  

Québec

Erin O’Toole et Peter MacKay se livrent une lutte féroce ici. La province compte pour beaucoup dans le résultat de la course, malgré son faible nombre de membres. Leur performance au Québec le jour du vote sera déterminante. Les positions plus progressistes de M. MacKay pourraient bien lui servir ici.  

Ontario

La plus importante province du pays est la clef de la victoire. Erin O’Toole, un député de Toronto, mise sur ce positionnement avantageux. Mais les politiques plus centristes de Peter MacKay pourraient séduire dans cette région parmi les membres urbains du parti.

Prairies et la Colombie-Britannique

Erin O’Toole mise beaucoup sur l’ouest du pays, lui qui se présente comme étant le « vrai » candidat conservateur. C’est d’ailleurs en Alberta qu’il a lancé sa campagne. Peter MacKay, plus centriste, pourrait toutefois bien faire dans les grandes villes, comme Winnipeg ou Vancouver. 

Maritimes

L’est du pays est presque acquis à Peter MacKay, originaire de la Nouvelle-Écosse. 

Des régions égales

Les règles de la course à la direction du Parti conservateur du Canada stipulent que toutes les circonscriptions du pays ont le même poids, qu’elles soient composées de quelques dizaines de membres, comme c’est souvent le cas au Québec, ou de milliers de partisans, comme en Alberta.

Ces modalités visent à encourager l’élection d’un chef bilingue capable de représenter toutes les régions du pays.

Deux négligés...  

Leslyn Lewis 

Andrew Scheer
Capture d'écran, TVA Nouvelles

C’est la surprise de la course. Seule femme du groupe, Mme Lewis était une complète inconnue il y a quelques mois. Mais elle risque de brouiller les cartes, si on en croit ses finances. En effet, l’avocate de Toronto a réussi à amasser près de 2 M$ en dons. Elle possède de nombreux appuis chez les conservateurs sociaux. Mais son ton plus mesuré sur ces questions a le potentiel d’attirer la sympathie d’une plus large tranche de militants conservateurs. Leslyn Lewis a toutefois un handicap majeur, étant unilingue. Le chemin vers la victoire est très étroit sans le Québec. 


Derek Sloan

Andrew Scheer
Capture d'écran, TVA Nouvelles

La route de Derek Sloan ressemble à un cul-de-sac. Malgré son titre de député, il terminera fort probablement la course bon dernier. C’est peut-être une bonne chose pour le parti, considérant les positions controversées que défend ce candidat. M. Sloan a participé à une manifestation contre le masque à Québec en juillet. Il a aussi tenu des propos homophobes et antivaccins, en plus de remettre en question l’allégeance au Canada de l’administratrice en chef de la Santé publique, la Dre Theresa Tam, née à Hong Kong. M. Sloan représente la frange la plus radicalement sociale conservatrice du parti conservateur. C’est vers lui que risquent de se tourner les membres pro-vie les plus farouches.  

... et deux favoris  

Erin O’Toole 

Andrew Scheer
Photo d'archives

Le député ontarien est arrivé troisième lors de la dernière course à la direction du Parti conservateur. 

Réputé modéré et centriste, M. O’Toole a droitisé son discours dans l’espoir de l’emporter cette fois-ci. Cet ex-militaire se veut le « véritable candidat conservateur ». Il appelle les membres à ne pas brader l’âme du parti pour prendre le pouvoir, comme le veut le « libéral » Peter MacKay. Il a aussi multiplié les appels du pied envers la droite religieuse dans l’espoir d’obtenir l’adhésion des nombreux membres pro-vie du parti. La stratégie de M. O’Toole consiste à se positionner comme étant le deuxième choix de cette frange d’électeurs, lui permettant ainsi de coiffer M. MacKay au fil d’arrivée. 

Erin O’Toole a aussi mis le paquet pour séduire le Québec. Reste à voir si ses efforts seront récompensés demain. 


Peter MacKay 

Andrew Scheer
Photo d'archives

L’ex-ministre tente un retour en politique. Il est perçu comme étant le meneur. C’est, dans tous les cas, lui qui a amassé le plus d’argent durant la course, avec plus de 3 M$. 

Originaire de la Nouvelle-Écosse, M. MacKay est le plus centriste des candidats. Il se dit pro-choix et promet de marcher dans un défilé de la Fierté. Son élection marquerait une rupture avec le discours d’Andrew Scheer. Il possède toutefois plusieurs handicaps. 

D’abord, il trouvera sur son chemin de nombreux membres conservateurs pro-vie qui ne veulent rien savoir de lui. Il est aussi considéré comme étant trop progressiste, trop semblable aux libéraux. Le premier ministre albertain, Jason Kenney, est l’un de ceux-là. 

Et puis il y a la question de son français limité, qui n’est toujours pas réglée. Heureusement pour lui, son principal adversaire, Erin O’Toole, n’offre pas mieux à cet égard. Et M. MacKay peut compter sur l’appui d’une majorité de députés conservateurs québécois.