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Le corps dans tous ses états

Bloc Cerveau - Cortex
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L’anthropocène, qu’est-ce que ça mange en hiver, serait-on porté à se demander. Ce serait, dit d’une façon simple, les transformations qu’a subies le corps humain depuis l’avènement de la civilisation. Ou le contraire : comment l’être humain a transformé son habitat. Plus précisément, ce serait l’époque dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Utilisé depuis peu, ce terme vient du grec anthropos (humain) et kainos (récent ou nouveau).  

Nous sommes en mutation constante. Dans cet immense théâtre qu’est la vie, les répliques ne sont jamais tout à fait les mêmes d’une fois à l’autre. Tout dépend de l’époque, du décor, de l’endroit où la pièce est jouée. Il y a très peu de chances, nous dit le vulgarisateur scientifique, qu’on aurait pu souffrir, il y a mille ou deux mille ans, « d’asthme, de rhinite saisonnière ou chronique, d’acouphènes, d’acné, de douleurs lombaires, de stéatose hépatique, du syndrome du côlon irritable, de myopie, d’ostéoporose, d’un trouble du sommeil, de diabète, de dépression, de pression artérielle trop élevée ou trop basse, de polyarthrite rhumatoïde, de crises d’angoisse, de tuberculose, de la maladie de Crohn, d’infections fongiques, de malaria, de trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité », etc. Nous dépendons donc de notre environnement. 

Fascinant d’apprendre que nous sommes le fruit d’acides aminés qui, une fois assemblés, forment des protéines qui, à leur tour, forment des cellules. Et ainsi de suite jusqu’à la formation d’un système organisé, qu’il s’agisse d’une étoile de mer, d’un arbre ou d’un être humain. 

Intéressante la comparaison qu’il dresse entre les immenses cheminées qui ont poussé dans les villes, symboles de la révolution industrielle du XIXe siècle et début du XXe, et les tours à bureaux qui les remplacent aujourd’hui. Avec la différence que les bataillons de travailleurs debout devant leurs machines ont été remplacés par des contingents de personnes assises à leur bureau. « La plus grande partie du travail entrepris dans le monde aujourd’hui se fait dans cette position, avec le corps plié à deux angles droits, posé sur une chaise, légèrement bossu, avec les épaules arrondies vers l’avant et le ligament nuchal (de la nuque) tendu, afin d’empêcher la tête de s’écraser sur le clavier. » Sans parler de l’invention du cinéma, de la télévision et des jeux vidéos, activités qui se réalisent dans la position assise. Et d’ajouter l’auteur qui si nos doigts parcourent plusieurs kilomètres par jour sur les écrans téléphoniques et les claviers d’ordinateur, nos pieds, eux, ne parcourent à peine qu’un seul kilomètre par mois. 

Cela n’est pas sans conséquence pour notre corps. Notre colonne vertébrale en souffre. Et de nous prévenir l’auteur : « Malheureusement, la plupart de ceux qui ont passé leur temps à un travail sédentaire ne peuvent plus se tenir correctement debout après l’âge de 40 ans, car la courbure en «S» parfaite de notre colonne commence à ressembler davantage à un «Z». En réponse à ces changements dans nos habitudes de vie, notre corps se défend et se transforme nécessairement. Il n’est pas tout à fait le même qu’il y a 300 000 ans, lorsqu’est apparu l’Homo sapiens. Cela vaut également pour les animaux qui nous entourent. Et l’auteur de mentionner le simple exemple du poulet qui est maintenant beaucoup plus gros qu’il y a vingt ans. 

Un des moments clés de notre histoire récente s’est passé il y a 13 000 ans, lorsque l’homme cessa d’être cueilleur pour devenir éleveur. Une révolution agricole qui dura 4000 ans, avec la domestication du porc, du mouton et du gros bétail et la culture du riz et autres céréales. Ces changements entraînèrent immanquablement des transformations corporelles : dentition, muscles faciaux, estomac, etc. «L’humain de l’Anthropocène est un être dont le corps a changé, non pas du fait de l’évolution, mais en réponse à l’environnement qu’il a lui-même créé», conclut Cregan-Reid. 

Finalement, il nous propose quelques pistes de solutions pour que nous puissions profiter de notre habitat et «soulager certaines tensions qui existent entre notre corps et son environnement». La nostalgie est un jeu dangereux, prévient-il. Tout n’était pas rose aux temps passés. Regarder en arrière, oui, pour mieux appréhender le présent. 

Un ouvrage scientifique passionnant qui rappelle l’émission Découverte, animée par Charles Tisseyre, à Radio-Canada. 

Vybarr Cregan-Reid

Prêts pour l’Anthropocène ?/Comment notre corps s’adapte au monde qui change

Éditions MultiMondes

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