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Violence conjugale: un fléau insidieux

A woman hiding her face and showing gesture stop in a dark. Violence concept. Free space for your text.
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La violence conjugale ne se résume pas à ses dimensions physiques et sexuelles, bien au contraire. En plus de ces graves formes de violences possibles au sein du couple, il ne faudrait pas non plus oublier ses facettes psychologiques, souvent invisibles à l’entourage, et créant de sérieux dommages, lentement, subtilement... et insidieusement.  

Une prise de contrôle aux effets dévastateurs

Une seule et unique définition ne parvient pas à faire consensus, mais tous s’entendent pour dire que la violence conjugale constitue une prise de contrôle sur le partenaire. Dans un couple, cette domination peut prendre plusieurs dimensions. Les violences physiques et sexuelles, qui sont les plus médiatisées, avec son lot de coups, de bousculades, de marques qu’on tente trop souvent de camoufler. Il faut aussi se rappeler que subir des gestes qu’une personne ne désire pas constitue également une importante forme de domination.

En dehors des aspects plus visibles de la violence, il y a aussi ceux de nature psychologique. Ils se dissimulent souvent dans des mots ou des actes en apparence banals, mais qui causent un grand tort, et davantage à force d’être répétés. Le dénigrement et la dévalorisation (« Tu ne seras jamais capable »), le discrédit (« Tu ne sais pas de quoi tu parles »), les insultes ou les humiliations (« Je ne te désire plus parce que tu as pris du poids ») en sont de bons exemples. Et tout cela commence par des menaces camouflées qui, peu à peu, instaurent un climat de peur. 

Le cycle de la violence peut souvent prendre forme dans un contexte où la personne est isolée, surtout à force de dénigrer famille et amis, de les éloigner, des facteurs de protection importants pour l’équilibre psychologique. Tout cela s’effrite et la personne devient convaincue que l’autre a raison : elle n’a aucune valeur. Dans un contexte d’isolement s’installent, ou s’intensifient, des sentiments de crainte et une perte de confiance en soi. 

Quand la violence s’immisce dans le couple

À cela s’ajoute souvent la culpabilité ressentie par la victime. L’agresseur trouve des justifications à son comportement, et la victime déploie beaucoup d’efforts pour le comprendre, allant même jusqu’à l’excuser, et s’excuser elle-même. Aux yeux de l’agresseur, la source de sa violence semble toujours extérieure : un boulot exigeant, des enfants turbulents, la victime elle-même, jamais sa propre personne. Et tout comme l’agresseur ne voit pas la violence en lui, ce dernier ne voit pas pourquoi il devrait réclamer de l’aide. 

Pourquoi rester quand il faudrait partir ?

Nombreuses sont les victimes qui repoussent le moment du départ et de la rupture, d’abord parce qu’elles ne reconnaissent pas la manipulation et la domination qu’elles subissent : les victimes n’ont pas l’impression d’être violentées, ne comprennent pas, ou ne perçoivent pas ce phénomène pouvant se manifester de façon très subtile et graduelle. Il ne faut pas oublier qu’avec la maltraitance psychologique se construisent des biais cognitifs : ce sont des erreurs de la pensée, mais qu’on finit par prendre pour des réalités. La victime peut ainsi devenir convaincue qu’elle est responsable de cette situation, ou encore qu’elle ne mérite pas mieux.  

De plus, l’agresseur peut manifester des regrets, promettre de ne plus recommencer, de se faire soigner, voire évoquer la perspective du suicide dans certains cas. Lorsque la victime lui apporte son aide et qu’il y a récidive, l’agresseur remet la faute sur la victime : elle a mis tous les efforts pour que les choses s’améliorent, mais elle a échoué. Enfin, il ne faudrait surtout pas oublier que l’espoir d’un changement durable s’accompagne trop souvent d’une peur incontrôlable des représailles. 

Demeurer vigilant... et demander de l’aide

Être enfermé dans le cercle de la violence psychologique peut faire écho à la fable de la grenouille. Placez--la dans l’eau fraîche, et montez graduellement la température. Jamais elle ne cherchera à sauter, car elle s’habitue au changement de température. Jusqu’au moment où elle essaiera de fuir parce qu’elle sent sa fin venir : elle n’en aura ni la force ni la capacité. Sachons reconnaître la température de l’eau, pour soi et pour les autres : il en va de notre santé mentale et de notre sécurité psychologique.