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Chercher sa place

Plus grande que les maisons
Photo courtoisie Plus grande que les maisons
Sara Lazzaroni
Leméac, 112 pages, 2020

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C’est un roman tout court, tout ramassé, à l’image du premier bilan de vie que l’on dresse quand on n’a pas trente ans. Et qui étale moins des regrets qu’un beau questionnement. 

À 26 ans, Chloé, la protagoniste du récit, est arrivée à un moment-charnière de sa vie. Elle vient de quitter Québec pour s’installer avec Xavier, son amoureux, dans le Bas-du-Fleuve, à Saint-Ulric.

Lui est infirmier dans un hôpital de Rimouski, elle est traductrice et vient enfin d’obtenir un contrat à son goût : un essai féministe dans lequel l’anglais se fait complexe. Une vraie promotion après la traduction d’articles de magazine de ses débuts.

Le jeune couple a loué la maison où il loge et il est à s’installer dans un horaire, une apaisante routine. Mais est-ce vraiment là ce que désire Chloé ? « A-t-elle choisi ce lieu parce qu’il lui ressemble ? » Ou est-elle plutôt à s’anesthésier?

Car lorsque Xavier passe la porte et que Chloé se retrouve seule – car elle travaille de la maison – c’est à un autre rythme qu’elle se plie : celui de son univers à elle, fait de trop de travail, trop de café, trop de cigarettes. Ça fait désordre.

Et puis la calme présence de Xavier a son opposé dans la vie de Chloé : sa meilleure amie, Isis. Celle-ci fait tous les boulots, s’amourache de gars à la chaîne et parfois en même temps, vit dans le désordre, avec intensité. Sans oublier Alice, sa nouvelle voisine, elle aussi hors normes à sa façon.

Alors Chloé s’interroge, fixe le fleuve et voit passer les jours. 

Pour autant, on n’est pas dans un roman du spleen ou de l’ennui. Il s’agit plutôt de marcher dans les pas d’une femme qui, enfant, se dessinait Plus grande que les maisons, comme l’énonce le titre, et qui cherche ce qu’elle doit maintenant surplomber.

Où caser la force de l’amitié, le feu de l’amour, le besoin de solitude, l’attirance de l’indépendance ? Après tout, « c’est son dada, tout mettre à sa place ». Tout comme prendre des résolutions, histoire « de devenir toujours meilleure, plus équilibrée ».

sur la corde raide

Ce sont de grandes attentes pour une fille qui, à l’image d’une Pauline Julien, aspire à une vie sur la corde raide !

Sara Lazzaroni rend sa Chloé attachante et elle décrit avec délicatesse tant ses sentiments que les lieux où elle circule et les gens qu’elle croise. La visite au salon de coiffure du village est savoureuse, les manies de Chloé sont joliment épinglées, et son père et sa mère ont leurs souriants travers de parents.

Et puis, Chloé écrit des lettres – oui, de celles que l’on glisse dans une enveloppe! – à son amie Isis. Il flotte des airs de Plume et de Cat Stevens à côté de ceux de Lisa Le Blanc ou de King Krule. Et la maison louée évoque la décennie 1970.

Autant d’accents surannés qui ajoutent au charme de ce fin retour sur soi.