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La bande dessinée «happening»

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En quinze années de carrière et autant d’albums, le tandem formé des auteurs français (Florent) Ruppert et (Jérôme) Mulot – flanqué d’un nom rappelant celui de la bande Placid & Muzo de l’hebdomadaire Pif Gadget – continue de bousculer le 9e art.

La publication des Petits Boloss marque le retour à la collection Ciboulette du catalogue de L’Association, là où tout a commencé avec Safari Monseigneur, en 2005. Plonger dans un album de Ruppert & Mulot, c’est se retrouver aspiré dans un maelström insondable, où humour noir (bien tassé), art contemporain et expérimentation formelle se percutent dans une exaltante hilarité. Chaque parution est un événement festif, que ce soit Le cadeau (un album à découper), Gogo Club (conçu à partir de canevas de séances de dédicace), Soirée d’un faune (une fresque dépliable dans un format de mappemonde) ou encore des récits dessinés et scénarisés à trois mains (La Grande Odalisque et Olympia avec Bastien Vivès, Portrait d’un Buveur en compagnie d’Olivier Schrauwen, tous deux publiés dans la prestigieuse collection Aire Libre aux éditions Dupuis). 

<strong><em>Les petits boloss</em><br>Ruppert & Mulot</strong><br>Aux Éd. L’Association
Photo courtoisie
Les petits boloss
Ruppert & Mulot

Aux Éd. L’Association

Si c’est le postmodernisme qui nous happe au contact de leur corpus, Ruppert et Mulot se revendiquent pourtant d’un certain classicisme, tant de Little Nemo de Windsor McKay publié dans la presse écrite au début du siècle dernier, que du côté du cinéma muet. « On a beaucoup regardé et regardé encore et encore regardé Charlie Chaplin et Buster Keaton, surtout Charlie Chaplin » explique Florent Ruppert. « À chaque visionnage, on y a trouvé l’énergie créatrice pour faire nos premiers livres. On s’est littéralement abreuvés de son langage ». Leur approche novatrice de la bande dessinée rappelle également les travaux de l’auteur américain Chris Ware. « Le but, c’est de développer le médium, de chercher des nouvelles formes de narration. On a deux axes de création : les livres à l’Association qu’on pourrait classer dans le genre art et humour, et les récits plus longs et plus classiques chez des éditeurs plus mainstream. »

Création bicéphale

À l’instar du duo Dupuy-Berberian, Ruppert & Mulot usent d’une technique de création bicéphale, scénarisant et dessinant à deux mains, dans une osmose qui relève de la magie noire. « Notre organisation est très simple, je fais la fête le week-end jusqu’au dimanche soir très tard, je prends beaucoup de drogue, de sexe et de musique répétitive, le lundi souvent je dors la journée, le mardi j’émerge, le mercredi je commence à être capable de dire bonjour en regardant Jérôme dans les yeux et le jeudi je fais tout le boulot en râlant sur Jérôme qui en glande pas une, le vendredi je finis assez tôt parce que généralement j’organise un apéro à l’atelier pour se préparer pour la première soirée du week-end. » Une réponse qui brouille les pistes, à l’image de leur production.

Album tout désigné pour les néophytes, Les Petits Boloss est composé de morceaux choisis essaimés dans différentes publications et collectifs au fil du temps. On y retrouve notamment un Elvis Presley désenchanté se prenant pour King Kong, Spiderman s’adonnant aux arts circassiens et dont l’une de ses aventures voit son dialogue remplacé par d’hilarants commentaires, des coloriages et bricolages. Mais surtout, on y rencontre deux créateurs iconoclastes au sommet de leur art.

À lire aussi  

Lettres à Montréal

<strong>Collectif</strong><br>aux Éd. Presses du FBDM
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Collectif
aux Éd. Presses du FBDM

Vingt-sept créateurs locaux proposent de courts récits mettant en scène notre métropole. Piloté par le Festival BD de Montréal, qui lance pour l’occasion sa propre structure éditoriale, ce collectif bilingue témoigne de la vivacité de notre 9e art, unissant à la fois des artistes issus des communautés francophone et anglophone, tant émergents que de renom. Une heureuse initiative, que l’on souhaite voir devenir tradition. 

Knock-Out !

<strong>Reinhard Kleist</strong><br>aux Éd. Casterman
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Reinhard Kleist
aux Éd. Casterman

Après Johnny Cash, Fidel Castro et Nick Cave, l’auteur Reinhard Kleist sonde une autre figure historique en marge : le boxeur Emile Griffith, premier champion du monde noir et homosexuel qui se passionnait pour la confection de chapeaux. Magistralement mis en image, dont le trait n’est pas sans rappeler celui du grand maître Jose Munoz, ce biopic sobre et sombre prenant place dans l’Amérique de l’après-Seconde Guerre trouve éloquemment écho dans notre monde formaté d’aujourd’hui, où plusieurs peinent malheureusement à assumer qui ils sont.  

Le Convoyeur

<strong>Tristan Roulot Armand</strong><br>aux Éd. Le Lombard
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Tristan Roulot Armand
aux Éd. Le Lombard

Dans un futur pas si lointain, une bactérie dévoreuse de fer réduit la civilisation industrialisée à un amas de poussière, s’en prenant du même souffle à l’espèce humaine via les protéines présentes dans le sang, engendrant infécondité et mutations. Un homme sillonne ce monde désœuvré avec un seul objectif : toujours livrer le colis qu’on lui a confié. Le scénariste Tristan Roulot (Hedge Fund, Crypto-monnaie) et l’illustrateur Dimitri Armand empruntent tant au western qu’à la science-fiction, proposant une fable dense et innovante qui relève d’un cran le genre post-apocalyptique.