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«La disparition d’un peuple...»

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On parle beaucoup de langue ces temps-ci, de la place du français à Montréal, ailleurs en province. Enfin! 

Une nation se définit par sa langue

Cette petite nation francophone en Amérique du Nord, sise sur un terrain reconnu, enclavée par des centaines de millions de locuteurs d’une autre langue, hégémonique par sa position de force, est toujours en mode de survivance linguistique.

Il ne peut en être autrement. Huit millions de francophones entourés de près de 400 millions d’anglophones, la joute est inégale, linguistiquement, culturellement. Il ne s’agit pas ici de se poser en victimes, c’est la réalité géographique, sociale, linguistique.

Conséquemment, et depuis plus de 46 ans, sous les libéraux d’abord, et le PQ ensuite, la nation québécoise s’est dotée de mesures législatives pour assurer la protection du français, seule langue nationale du Québec.

Mais tout ça n’a pas suffi. Quarante-six ans plus tard, l’anglais poursuit son inexorable progression au Québec, plus encore à Montréal. De telles situations, dénoncées ici par le professeur François Audet, ne sont plus anecdotiques...

La «confusion linguistique»

Avec les années, la capacité (et la volonté) de franciser les nouveaux arrivants s’est sans cesse détériorée. Sans francisation, l’intégration de ceux que l’on accueille ici sera plus difficile. Surtout, l’adhésion à cette particularité linguistique du Québec, dans trop de cas, ne se fera tout simplement pas.

Beaucoup de nouveaux arrivants au Québec se définiront d’abord par la dualité linguistique canadienne; par le bilinguisme institutionnel. La récente étude de l’Office québécois de la langue française sur la langue de travail à Montréal le montre.

Dans un excellent dossier du journaliste Hugo Pilon-Larose sur la situation du français au Québec, publié dans La Presse, le député de Québec solidaire Sol Zanetti parle de «confusion» linguistique. Intervention très pertinente: 

«Il y a une confusion qui est entraînée au sujet de notre langue commune par le fait qu’on est une province canadienne. On est dans un pays qui a deux langues officielles. En faisant l’indépendance, on aurait une seule langue, le français. [...] Ça améliorerait l’adhésion des nouveaux arrivants à la communauté francophone.»

C’est logique. D’ailleurs, le gouvernement Legault pourra bien demander, exiger du gouvernement fédéral que les entreprises de compétence fédérale qui sont présentes au Québec (compagnies ferroviaires, banques, télécommunications, par exemple) soient assujetties aux obligations de la loi 101, la réponse du fédéral demeurera la même: «No way

«La disparition d’un peuple»

La pérennité d’une nation francophone en Amérique du Nord est directement liée à sa capacité de protéger et de promouvoir sa langue sur son territoire. Déjà, en se refusant — pour le moment du moins — l’indépendance et la pleine capacité d’agir en cette matière, le Québec s’astreint à un parcours plus compliqué. 

  • Écoutez le commentaire de Steve E. Fortin à QUB Radio:

Car le défi est double. 

D’abord — et c’est absolument capital —, le Québec fait face à un défi de taille en matière de littératie de sa population en général. Le problème est connu depuis longtemps, une proportion effarante des Québécois se trouve en situation d’analphabétisme fonctionnel. 

La question avait été soulevée lors de la campagne électorale de 2018 au Québec. Il est absolument essentiel que nous réussissions, collectivement, à corriger cette situation si nous aspirons à ce que le français ne se trouve pas en situation de «louisianisation», c’est-à-dire une proportion trop importante de la population qui ne réussit plus à maîtriser le code linguistique (grammaire, syntaxe écrite et orale). 

Ensuite, le Québec continue de subir la pression énorme de l’usage (et de l’attractivité) de l’anglais sur son territoire. Sur les lieux de travail, à la maison, au niveau postsecondaire en éducation. Quand on combine ce constat au fait que le Québec peine à franciser et à intégrer un trop grand nombre des nouveaux arrivants qu’il accueille sur son territoire, la table est mise pour que le français continue de céder du terrain à l’anglais.

Aussi, la plus jeune génération — et une certaine élite métropolitaine — semble moins intéressée que les précédentes par la question de la pérennité du français et, dans bien des cas, elle s’accommode plutôt bien du bilinguisme. D’ailleurs, à Montréal, métropole dont la langue officielle est le français, la mairesse a bien incorporé le bilinguisme dans sa politique de communication institutionnelle...

L’ami Nic Payne, ex-président d’Option nationale, trouve souvent les mots justes — et durs aussi — pour nommer la réalité. Plus de 46 ans après la loi 22 du Parti libéral de Robert Bourassa, laquelle pavera la voie à la loi 101 du Parti québécois de René Lévesque, cette réalité n’est pas rose. Je termine donc par ces quelques mots de Nic Payne...

«Pendant qu'une petite élite, bien terrée dans ses ghettos culturels de Rosemont, Villeray, Hochelaga ou du Plateau-Mont-Royal se donne bonne conscience à peu de frais en officiant ici et là la prière nouvelle gauche du “Montréal, territoire autochtone non cédé”, Montréal est effectivement, dans la réalité brute et concrète, un territoire qui ne nous a jamais été cédé par le vrai dominant canadien-anglais, qui le prend aujourd'hui plus que jamais après avoir dû, malgré lui, faire quelques compromis provisoires vers la fin du siècle dernier.

«Nous raconter à nous-mêmes notre propre vertu sirupeuse offerte à quelques communautés archiminoritaires qui n'en auraient rien à cirer si seulement elles nous entendaient, voilà une autre bonne façon de ne pas prendre acte de notre minorisation constante en ce qui est censé être notre pays.

«La disparition d'un peuple ne se fait pas dans une grande explosion spectaculaire, à un moment précis. Il s'agit plutôt d'un long processus, parsemé de pauses, d'accélérations, de renversements et de reprises, qui dessine globalement une courbe descendante, n'étant cependant pas toujours perceptible par tous au quotidien. Entre les cris d'alarme épars de ceux qu'on appelle aujourd'hui “nationalistes” et les atermoiements d'éditorialistes de La Presse et d'experts de la statistique sélective, toujours affairés à minimiser les pertes, et même à les voir comme des progrès, tels de fiers Franco-Ontariens en devenir, Montréal et le Québec sont l'exemple même d'une telle assimilation tranquille. Les gesticulations “inclusives” de quelques petits bourgeois instruits, non seulement ne changent pas cet état de choses, mais en participent même à bien des égards

«La disparition d’un peuple.» 

Ces mots qui résonnent...