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«Il doit être honnête avec lui-même»

Jean Pascal et Éric Lucas sont passés par le même chemin qu’Eleider Alvarez

Eleider Alvarez n’a pas
été à la hauteur face à
Joe Smith Jr.
Photo AFP Eleider Alvarez n’a pas été à la hauteur face à Joe Smith Jr.

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Durant leur carrière respective, Jean Pascal et Éric Lucas se sont retrouvés dans les mêmes bottines qu’Eleider Alvarez. Ils savent que la prochaine réflexion du protégé de GYM ne sera pas évidente. 

Selon Pascal, c’est Alvarez et personne d’autre qui peut décider du bon moment de sa retraite. 

« Personne ne peut le savoir sauf le boxeur lui-même, indique le champion du monde régulier de la WBA. Son entraîneur [Marc Ramsay] peut avoir une bonne idée et le guider vers la sortie.

« Par contre, le boxeur doit être honnête envers lui-même. Il ne doit pas se laisser berner par des pensées magiques. C’est seulement lui qui peut savoir s’il a encore de l’essence dans le réservoir et la détermination pour poursuivre sa carrière. »

En 2017, après sa défaite contre Alvarez, Pascal avait eu une discussion sur une possible retraite avec son gérant Greg Leon. Par la suite, il avait annoncé que son prochain duel, contre Ahmed Elbiali, allait être le dernier de sa carrière. 

« On m’a parlé de retraite chaque fois que je perdais contre un boxeur de l’élite, raconte Pascal. Après ma défaite contre Alvarez, je n’étais pas d’accord avec cette avenue. La passion et le désir étaient encore présents chez moi. 

« J’avais laissé l’opinion des amateurs et des journalistes devenir ma réalité. Si j’avais écouté les gens, je serais dans mon salon aujourd’hui. À la place, j’ai décidé de croire en mes moyens et je suis redevenu champion. »

Plaisir essentiel

Alvarez montre des signes qui ne mentent pas au gymnase depuis un an. Lors de ses combats, il est difficile de savoir quel
Alvarez va se présenter sur le ring. 

« Eleider doit savoir s’il a encore du plaisir à s’entraîner, mentionne Éric Lucas. S’il va au gymnase de reculons et que c’est pénible pour lui de se lever le matin, il doit se poser des questions. Il doit bien analyser son dernier camp. 

« Je me souviens qu’avant mon combat contre Mikkel Kessler, j’étais tanné de m’entraîner, à un certain moment. Je ne connais pas assez Eleider pour dire qu’il avait l’air tanné. 

« Par contre, contre Joe Smith Jr, on a constaté que le boxeur qui a battu
Sergey Kovalev n’était pas présent. Il n’avait pas la même ardeur et la même fougue. »

L’ancien champion du monde WBC des super-moyens croit que l’usure peut avoir fait son œuvre. 

« Eleider a eu une grosse carrière chez les amateurs. Avec sa carrière pro, on parle de 25 ans dans le monde de la boxe. C’est beaucoup de millage. 

« Il est possible simplement que ça ne lui tente plus. »

Pour les bonnes raisons

Lorsqu’un boxeur prend la décision de poursuivre sa carrière, il doit le faire pour les bonnes raisons. Sinon, ça peut mal se terminer. 

« Si tu continues seulement pour encaisser un chèque de paie, c’est là que les blessures graves peuvent survenir, souligne Pascal. La motivation et l’énergie ne sont plus là. »

Le boxeur de 37 ans a bien voulu revenir sur la défaite d’Alvarez contre Joe Smith Jr. 

« Il n’a pas perdu contre un deux de pique, précise-t-il. Il n’y a pas de honte à avoir. Joe Smith Jr fait partie de l’élite mondiale. C’est le même gars qui a mis fin à la carrière de Bernard Hopkins. 

« S’il avait perdu contre un boxeur de second ordre, l’histoire serait différente. »

Si Alvarez décidait de poursuivre sa carrière, est-ce qu’on pourrait assister à un deuxième choc contre Pascal ?

« Je serais son combat le plus payant, mais est-ce que ce serait à son avantage de m’affronter pour relancer sa carrière ? Je ne crois pas parce qu’il a la confiance dans les talons. Il aurait besoin de deux ou trois combats pour se rebâtir avant de cogner à ma porte. » 

Michel va respecter la décision d’Alvarez 

Le promoteur Yvon Michel croit qu’Eleider Alvarez doit prendre du recul avant d’annoncer officiellement sa retraite de la boxe professionnelle. 

« Je veux lui laisser du temps pour prendre des vacances, a souligné le patron de GYM. Par la suite, dans une quinzaine de jours, je veux avoir une bonne discussion avec lui et son gérant, Stéphane Lépine. 

« Je veux qu’il prenne une décision éclairée. Il doit penser qu’elle aura des répercussions jusqu’à la fin de sa vie. Il est rare qu’une personne puisse prendre une bonne décision sous le coup de l’émotion. S’il veut prendre sa retraite, je vais respecter son choix. »

Motivation déficiente

Par contre, dans le gymnase ou dans ses combats, Alvarez a démontré des signes inquiétants au cours de la dernière année. La motivation ne semble plus au rendez-vous. 

Comme quelques boxeurs, l’ancien champion du monde pourrait poursuivre sa carrière pour empocher quelques bourses intéressantes. Il pourrait servir de faire-valoir aux jeunes loups ou aux actuels champions, mais il courrait le risque de subir des blessures importantes. 

« S’il n’est pas motivé et qu’il
n’est pas prêt à payer le prix à l’entraînement, je ne veux pas le revoir dans le ring, a précisé Michel. Jamais je ne vais le mettre dans un combat où il ne sera pas au sommet de sa forme. »

Michel estime que la notoriété
d’Alvarez est encore bonne sur la planète boxe. Il serait capable de lui trouver un combat demain matin si son protégé le souhaitait. 

Bataille de la distance

Michel a regardé le combat entre Alvarez et Joe Smith Jr avec attention. Plusieurs choses lui ont sauté aux yeux. 

« Eleider a bien commencé et c’était 1-1 sur ma carte après deux rounds, a expliqué l’homme de boxe d’expérience. Par la suite, on a constaté que Smith Jr a pris le contrôle du combat. 

« Eleider n’a pas été capable de gagner la bagarre de la distance. Il n’était pas léger sur ses jambes et il n’a pas été capable d’utiliser son jab avec efficacité. 

« Il n’a pas été capable de rivaliser avec Smith Jr au niveau de l’intensité. Eleider est arrivé rapidement au bout de ses ressources. »