/finance/business
Navigation

Québec réinvestit 300 millions de dollars dans Nemaska Lithium

L’État québécois espère à terme parvenir à attirer de nouveaux investisseurs

L’usine de Nemaska Lithium, à Shawinigan. C’est dans cette ville que l’entreprise planifiait de transformer le minerai de spodumène extrait de la mine Whabouchi, à 300 kilomètres au nord de Chibougamau, en sels de lithium à valeur ajoutée.
Photo d’archives L’usine de Nemaska Lithium, à Shawinigan. C’est dans cette ville que l’entreprise planifiait de transformer le minerai de spodumène extrait de la mine Whabouchi, à 300 kilomètres au nord de Chibougamau, en sels de lithium à valeur ajoutée.

Coup d'oeil sur cet article

Après que Pierre Fitzgibbon eut qualifié la structure de l’entreprise de « patente à gosse » la semaine dernière, le gouvernement du Québec – qui a déjà perdu des millions dans l’aventure – décide finalement de réinjecter 300 M$ dans le rachat de Nemaska Lithium.

L’entreprise de Shawinigan, sous la protection des créanciers depuis décembre dernier, a annoncé lundi avoir accepté une offre conjointe de rachat d’actifs présentée par Investissement Québec et Pallinghurst Group, société londonienne spécialisée dans le secteur minier. 

Sous réserve de l’approbation de la Cour supérieure du Québec donc, les deux entités deviennent actionnaires à parts égales de cette nouvelle entreprise, qui sera rebaptisée du nom Quebec Lithium Partners.  

  • ÉCOUTEZ la chronique de Pierre Nantel avec Geneviève Pettersen à QUB radio:  

D’ici la clôture de la transaction en octobre, Investissement Québec et son partenaire britannique investiront 190 M$ (95 M$ chacun) dans l’entreprise. Et à plus long terme, les deux prévoient investir 600 M$ (300 M$ chacun) dans sa relance, avec l’espoir que cette fois sera la bonne.

Jeudi dernier, en réponse aux questions de l’opposition, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon avait pourtant multiplié les images peu flatteuses à l’endroit Nemaska Lithium. 

« L’arbre de Noël a disjoncté. Aujourd’hui, cette patente à gosses là ne fonctionne plus », avait-il lancé, tout en se désolant d’avoir perdu 80 M$ publics dans ce projet « excessivement mal ficelé ». 

Fitzgibbon se ravise

En entrevue avec Le Journal lundi, le ministre s’est défendu d’avoir critiqué le projet lui-même, mais bien seulement sa structure financière déficiente, à l’origine, selon lui, de l’incapacité de la direction à attirer de nouveaux investisseurs.

Au contraire, Pierre Fitzgibbon vante aujourd’hui le projet, voyant maintenant en lui l’occasion pour la province de s’imposer dans le secteur de la fabrication des batteries électriques pour automobile. 

Initialement estimé à 875 M$, le projet de transformation de spodumène en lithium a connu d’importants dépassements de coûts. Au moment de se tourner vers les tribunaux en décembre, Nemaska cherchait toujours 1,1 G$ pour compléter son financement. 

Des réactions partagées

« En moins d’une semaine, on est passé de patente à gosses à un investissement rentable. Ça doit être une sorte de record d’acrobatie », a réagi le porte-parole de la Fédération canadienne des contribuables, Renaud Brossard. Citant d’autres projets où Québec a beaucoup perdu, comme Ciment McInnis ou Stornoway, il dit espérer que le gouvernement « apprenne de ses erreurs » et cesse d’engager l’argent public dans des projets « aussi risqués ».

Professeur à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, Maurice Gosselin se questionne également sur le niveau de risque encouru. 

«En pareille circonstance, je me pose toujours la même question : est-ce que le ministre y mettrait ses propres économies? (...) Nous n’avons pas le projet d’ensemble, mais avec l’information que nous avons, avouons que c’est difficile de se convaincre que le gouvernement fait bien de réinvestir autant.»

À leur différence, l’ancien numéro deux de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michel Nadeau, applaudit pour sa part la décision de Québec. 

«Il faut arrêter au Québec d’être des gérants de mines, dit-il. Il est temps que le gouvernement développe son expertise et joue son rôle d’actionnaire déterminant dans le secteur minier. Des participations minoritaires, comme il en prend depuis des décennies, ne nous ont jamais menés nulle part.»

NEMASKA LITHIUM EN QUELQUES DATES   

Fondation de l’entreprise en 2007  

  • Mai 2018 : Lancement officiel du projet. Investissement de 80 M$ de Québec, contre une participation de 13 % dans la société   
  • Décembre 2019 : Nemaska demande la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC)   
  • Janvier 2020 : Nemaska suspend ses activités   
  • Février 2020 : Radiation du titre de Nemaska Lithium à la Bourse de Toronto   
  • Juillet 2020 : Clôture de la période de réceptions des propositions de repreneurs   
  • Août 2020 : Nemaska Lithium accepte la proposition de vente de Orion Mine Finance, Investissement Québec, The Pallinghurst