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Les ados québécois sont les plus fraudés au pays

Les malfaiteurs utilisent leur identité volée pour toucher la PCU

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Les adolescents québécois sont les plus touchés au pays par les fraudes à l’identité, a appris Le Journal. Ils sont ainsi particulièrement vulnérables face aux malfaiteurs qui veulent se remplir les poches de chèques de la Prestation canadienne d’urgence.

• À lire aussi: Même les ados sont visés par des fraudes à la PCU

Entre mars et juillet, 80 % des fraudes à l’identité concernant des moins de 19 ans enregistrés au Centre antifraude du Canada (CAFC) l’ont été au Québec, soit 130 des 164 cas répertoriés au pays.

En comparaison, pendant la même période, le centre n’a enregistré que 18 cas de fraude à l’identité sur les 19 ans et moins en Ontario. 

Pas de suivi

Des fraudeurs se sont ainsi emparés en juin de l’identité d’Arianne Gagnon, 15 ans, afin de réclamer la Prestation canadienne d’urgence (PCU). L’adolescente n’a cependant jamais vu la couleur de ce chèque qu’elle n’avait pas sollicité.

Sa mère, Mélissa Gagnon, a découvert le pot aux roses quand elle a contacté l’Agence du revenu du Canada après avoir reçu un code d’accès de la part de Service Canada au nom de sa fille.

«Quand j’ai appelé, ils m’ont juste dit : “c’est beau, le chèque a été annulé”», relate Mme Gagnon, qui a ensuite fait une déclaration à la police. Elle déplore le peu de suivi dont le cas de sa fille a fait l’objet.

Des fraudeurs ont utilisé l’identité de Tommy Larochelle, 15 ans, pour tenter de toucher la PCU. Il montre le remboursement qu’il a reçu après qu’une déclaration de revenus frauduleuse ait été faite en son nom.
Photo Simon Clark
Des fraudeurs ont utilisé l’identité de Tommy Larochelle, 15 ans, pour tenter de toucher la PCU. Il montre le remboursement qu’il a reçu après qu’une déclaration de revenus frauduleuse ait été faite en son nom.

Des millions perdus

«Il me semble qu’ils règlent ça vite. Je m’attendais à une enquête. Qui va payer pour tout ça?» demande la mère de famille.

Dès le mois de mai, l’organisation Canadians for Tax Fairness avait appelé Ottawa à prendre des mesures pour assurer que les prestations fédérales d’urgence ne soient pas détournées.

Deux mois plus tard, le Centre antifraude du Canada évalue que les pertes financières attribuables aux tromperies liées à la COVID-19 s’élèvent maintenant à 5,55 millions de dollars.

Peines bonbon

Le CAFC, qui fonctionne « à capacité réduite » en raison de la pandémie, invite les victimes à communiquer avec leur service de police locale.

Mais James Cohen, de l’aile canadienne de l’organisme anticorruption Transparency International, estime que nos forces de l’ordre ont un faible bilan en matière de crimes financiers en raison d’un manque de ressources et d’outils légaux.

«Il y a des trous dans la loi», complète l’ex-enquêteur de la GRC Patrice Poitevin, qui dirige le Centre canadien d’excellence en anticorruption.

«Les criminels savent qu’ils n’ont pas grand-chose à craindre ici, peste-t-il. Souvent, l’amende donnée en cas de crime à col blanc n’est même pas suffisante pour payer le papier utilisé pendant l’enquête.» 

Fraudes à l’identité entre mars et juillet


Au Québec Au Canada
1-9 ans 4 9
10 -19 ans 126 152
20-29 ans 235 866
30-39 ans 437 1334
40-49 ans 319 901
50-59 ans 219 641
60-69 ans 126 451
70-79 ans2679
80-89 ans519
90-99 ans00
100+ ans33
Décédés03
Inconnus 78 272
Total 1578 4730

Source : centre antifraude du Canada. les chiffres incluent aussi les déclarations de fraude faites au pays, mais déclarées à l’étranger