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Les coûteux impacts de la pandémie pour les jeunes

jeunes anti-masques
Photo d'archives, Didier Debusschère Une forte proportion des réfractaires au port du masque sont des jeunes. Ce sont pourtant eux qui souffriront le plus si la pandémie se prolonge. Ci-dessus, une manifestation antimasque devant l’Assemblée nationale, le mois dernier.

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Je suis revenu de vacances et j’ai décidé de rentrer au bureau. Je me suis acheté des masques et du nettoyant à mains. J’ai pris le métro chaque jour, matin et soir, depuis maintenant deux semaines. Ce que j’y observe, c’est que 90 % des gens portent correctement le masque. 

  • Écoutez Jean-Denis Garon, chroniqueur économique au Journal de Montréal et au Journal de Québec, sur QUB radio:

Les 10 % de délinquants ne sont pas des personnes âgées que le masque empêche de respirer. Ce sont des jeunes qui ont l’âge de mes étudiants : la vingtaine. 

Ils sont dans la même tranche d’âge que ceux qui ont fait éclater une éclosion à Laval récemment en faisant la fête. Que ceux qui ont fait éclore la COVID-19 à Mercier cet été. Ou qui se sont retrouvés à 60 dans une fête à Saint-Chrysostome le 28 juin.  

Les jeunes vont payer !

Quel est le rapport avec l’économie ? Le lien, c’est que les 20-34 ans se sentent protégés du virus. La dette publique ne les inquiète pas : les intérêts sont bas. La Banque du Canada imprime de l’argent. Pour certains, recevoir la PCU est la plus belle job d’été de leur vie !

De toute évidence, ils ne réalisent pas le prix qu’ils paieront si les conditions économiques continuent de se détériorer. Parce que la récession, elle, est réelle. Le chômage aussi. 

Quand l’économie se contracte et que les entreprises ralentissent l’embauche, qui paie ? Eux ! 

Suite à la grande récession de la dernière décennie, voici ce que les économistes ont observé chez cette tranche d’âge : 

  • Des taux de chômage anormalement élevés 
  • Une baisse durable et persistante des revenus 
  • Une richesse nette diminuée 
  • Plus d’endettement 
  • Moins d’accès à la propriété 
  • Ils habitent plus longtemps chez leurs parents  

Une étude sur le marché du travail canadien a montré qu’une hausse de 5 % du chômage se traduisait par une baisse de 9 % des salaires chez les jeunes travailleurs. Un écart qui prend une décennie à se résorber et qui laisse des traces pour toute une vie.

Carrières retardées

Sur le terrain, on constate déjà que les grandes entreprises ralentissent les embauches et limitent les promotions. 

En avril dernier, un sondage du Conference Board du Canada montrait que : 

  • 76 % des employeurs coupent les salaires 
  • 60 % gèlent les échelles salariales 
  • 20 % retardent les promotions  

Les employeurs le disent eux-mêmes : ils tenteront par tous les moyens de retenir leurs employés actuels mais réduiront l’embauche. Le poids de cette nouvelle réalité sera porté par les jeunes, pour qui le chômage sera le premier vrai emploi. 

Éviter un deuxième confinement

Si les jeunes comprenaient l’effet qu’aura cette pandémie sur leur carrière et sur leurs finances, ils seraient les premiers à se conformer aux mesures sanitaires. Il est donc urgent d’investir dans l’éducation et dans la sensibilisation, particulièrement dans cette classe d’âge. 

Il faut arrêter de leur dire qu’ils le font seulement pour protéger leurs grand-mères. Les mesures sanitaires sont aussi là pour protéger leur carrière. 

Et s’ils ne comprennent ni par l’altruisme ni par la raison, il faudra bien que les forces de l’ordre fassent appliquer les règles. Il en va de notre avenir économique à tous. 


♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM