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Netflix: faux scandale scandaleux

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C’est une histoire hallucinante. Décourageante. Très révélatrice de notre époque.

Vous avez peut-être entendu parler du film Mignonnes (en anglais Cuties) qui doit sortir sur Netflix le 9 septembre et de différentes pétitions qui circulent pour en empêcher la diffusion parce qu’il fait (supposément) la promotion de l’hypersexualisation des jeunes filles ?

Eh bien, c’est un gros fake news. Laissez-moi vous expliquer.

ILS N’ONT RIEN COMPRIS

Le film Mignonnes a connu un grand succès depuis sa sortie en France, fin 2019.

C’est l’histoire d’une pré-ado de onze ans, Amy, qui tente d’échapper à sa famille traditionnelle sénégalaise musulmane (son père se prépare à faire entrer une seconde épouse dans la maison), en se joignant à un groupe de danse à son école parisienne.

Mignonnes a été très bien reçu par la critique et par le public français, sans la moindre controverse. La réalisatrice a remporté le prix international de la meilleure réalisation au très prestigieux, très branché et très progressiste Festival de Sundance.

En 2020, Netflix achète les droits et choisit, comme affiche, une image d’Amy et ses copines dans un spectacle de danse, en train de se dandiner dans des petits shorts moulants et en t-shirt bedaine.

En plus, le descriptif écrit par Netflix laisse entendre que c’est un film sur des fillettes hypersexualisées passionnées de twerk.

Netflix se fait accuser de faire la promotion de la pédophilie et d’hypersexualisation... alors que c’est le contraire !

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

C’est un film sur une jeune fille qui joue avec la sensualité pour s’éloigner d’une tradition étouffante !

Vous voulez savoir ce qui est le plus incroyable dans toute cette histoire ? Le film en question est le premier long-métrage de Maïmouna Doucouré, une jeune femme noire. Me semble qu’en cette époque de Black Lives Matter, on devrait applaudir son travail !

On résume : une femme, noire, réalise un film sur une jeune fille, noire, qui explore sa sexualité, sa féminité, en s’opposant à un patriarcat répressif qui veut lui dicter quoi faire de son corps... et des tas de gens qui n’ont pas vu le film, pas vu la bande-annonce, pas lu une ligne des critiques attaquent ce film et veulent le faire disparaître de Netflix ?

  • Écoutez le commentaire de Sophie Durocher à QUB Radio:

Au moment d’écrire cette chronique, une pétition intitulée « Je veux que Netflix retire le film Cuties qui fait la promotion de la pédo-pornographie » avait été signée par 556 382 personnes.

En Turquie, le ministère de la Famille demande que le film soit censuré parce qu’on y voit « une fille qui enlève son voile pour participer à une compétition de danse » et que visionner le film pourrait « affecter le développement psychosocial des enfants ». Autant la droite religieuse américaine que les radicaux musulmans et les progressistes gogauches sont unis pour empêcher la diffusion d’un film qu’ils n’ont pas vu et sous de faux prétextes !

DEUX POIDS, DEUX MESURES ?

Netflix s’est excusé d’avoir utilisé une affiche aussi idiote et aussi peu représentative du film pour en faire la promotion.

Mais une chose me chicote.

Pourquoi des milliers de gens se sont offensés de l’image d’une jeune fille de onze ans en micro-short et n’ont pas dit un mot face à des images de la même jeune fille de onze ans forcée de porter un voile islamique ?