/news/transports
Navigation

Six jours dans la peau d’un marin

Coup d'oeil sur cet article

Décharger un navire-cargo nuit et jour, escalader quatre conteneurs de haut, ramper dans les racoins d’un pétrolier: c’est ce que j’ai expérimenté, durant six jours, comme marin sur deux navires aux missions complètement différentes.

«Le domaine maritime au Canada est très méconnu [de la population]», indique d’entrée de jeu le capitaine du Sedna Desgagnés, Michel Duplain, que j’ai rencontré lors de mon expérience. Les marins offrent pourtant bien souvent des services vitaux à des populations recluses. Le transport maritime a d’ailleurs été jugé comme essentiel par le gouvernement canadien durant la pandémie.  

J’ai donc voulu découvrir le quotidien de ces travailleurs. Mon immersion a débuté aux côtés de l’officier mécanicien Alexandre Lapointe, qui cumule près de 20 ans d’expérience. Je l’ai suivi durant trois jours sur le Damia Desgagnés, un navire pétrolier qui faisait, au moment de mon séjour, la liaison entre Montréal et Détroit.   

«[Comme officier mécanicien], tu fais plein de choses et personne ne le sait. Il faut absolument que tu gardes le navire fonctionnel. Chaque fois que je répare quelque chose, je suis vraiment fier de moi», explique Alexandre Lapointe.   

Déchargement dans le Grand Nord  

Je me suis rendu par la suite dans le Grand Nord du Québec, à Kuujjuaq, pour passer trois jours sur le Sedna Desgagnés, un navire-cargo. J’ai aidé au déchargement de la cargaison destinée aux habitants de Kuujjuaq, sous les ordres du premier officier de navigation Guillaume Rosso.   

«J’aime travailler dans le Nord. Ce n’est pas pour rien que je reviens toutes les années. C’est quelque chose que je prends à cœur, c’est quelque chose de manuel et c’est surtout quelque chose de rassembleur», exprime Guillaume Rosso.  

Dans le Grand Nord, il n’y a habituellement pas d’installation portuaire. Le Sedna Desgagnés doit donc souvent s’immobiliser à des kilomètres des nombreux villages qu’il dessert. L’équipage transfère alors la marchandise sur de plus petites embarcations, nommées des remorqueurs, qui se rendent ensuite jusqu’au village.

Une journée dans la vie d’un marin  

Durant six jours, j’ai été marin sur deux navires aux missions complètement différentes. 

J’ai œuvré comme apprenti mécanicien sur le Damia Desgagnés, un asphaltier-pétrolier qui navigue sur les Grands Lacs et la Voie maritime du Saint-Laurent. J’ai aussi été matelot de pont sur le Sedna Desgagnés, qui dessert les villages du Grand Nord. Voici à quoi peut ressembler une journée comme marin lors de ces opérations.

5 h | Je me prépare pour rejoindre l’équipage à l’arrière du navire. Le premier officier de navigation, Guillaume Rosso, nous donne les consignes pour la journée. Nous avons fini tard la veille et j’ai dormi à peine cinq heures.  

5 h 45 | Dans le Grand Nord, le chargement et le déchargement se font à toute heure de la journée ou de la nuit. Le Sedna Desgagnés s’arrête souvent à plusieurs kilomètres des villages desservis puisque ceux-ci ne sont pas dotés d’installation portuaire. L’équipage dépose ensuite la marchandise sur de plus petits bateaux, des remorqueurs, qui la livrent directement aux communautés. La journée s’annonce difficile, il fait près de zéro degré Celsius et il pleut.  

7 h | Durant mon quart de travail, je fixe des câbles à des conteneurs, qui sont ensuite déplacés à l’aide d’une grue sur des remorqueurs. Je dois monter sur trois à quatre conteneurs de haut. L’expérience est stressante, mais les autres membres de l’équipage s’assurent que tout est sécuritaire. Physiquement, le travail est plutôt demandant, à force de descendre et de monter des marches. Il faut être vigilant en raison des conditions météorologiques.  

11 h | Après six heures de travail environ, nous avons terminé une partie du déchargement. Le quart de travail a été relativement court, mais je suis épuisé. Les remorqueurs sont remplis et doivent partir avec la marée montante, pour revenir avec la marée descendante. Dès qu’ils seront de retour, nous reprendrons les opérations.  

24 h plus tard | Le lendemain, je quitte le navire à la fin des opérations qui ont duré environ trois jours. Le Sedna Desgagnés, lui, part de Kuujjuaq pour se rendre à un autre village. Il approvisionne ainsi les communautés du Grand Nord de juin à novembre.  

Dans le reportage vidéo ci-dessus, vous découvrirez mon expérience complète comme marin sur ces deux navires.   

*Ce reportage a été tourné avant la mise en place des mesures de distanciation sociale et l’obligation du port du masque.  

**Le Groupe Desgagnés a payé les coûts d’hébergement de l’équipe de tournage sur les navires, de même que le transport de l’équipe.

Visionnez les autres reportages vidéo de notre série sur l’industrie maritime: