/investigations
Navigation

Une élue de Blainville vote 217 fois pour l’employeur de son époux

La conseillère Marie-Claude Collin s’est prononcée sur des résolutions touchant la firme de génie-conseil Roche

Jean Gagnier
Photo tirée de la page Facebook de Jean Gagnier Marie-Claude Collin, conseillère municipale à Blainville, et son mari Jean Gagnier, qui occupait jusqu’en 2016 le poste de directeur santé et sécurité chez Roche (aujourd’hui Norda Stelo).

Coup d'oeil sur cet article

Une conseillère municipale de Blainville, qui fait déjà l’objet d’une enquête pour des questions éthiques, a voté pendant 10 ans sur des contrats en faveur de la firme de génie-conseil dont son mari était l’un des dirigeants.

Marie-Claude Collin fait l’objet d’une enquête de la Commission municipale du Québec (CMQ) depuis le 28 juillet, après que notre Bureau d’enquête eut dévoilé qu’elle avait voté en faveur d’un important constructeur de la région qui lui réclame maintenant de l’argent.

Depuis, nous avons aussi découvert que l’élue de la Rive-Nord avait également voté sur 217 résolutions au conseil de ville concernant la firme de génie-conseil Roche – qui s’appelle maintenant Norda Stelo –, [voir ci-bas] entre 2006 et 2015.

Des résolutions de la Ville démontrant que M<sup>me</sup> Collin a appuyé des propositions pour octroyer des contrats à cette même firme.
Des résolutions de la Ville démontrant que Mme Collin a appuyé des propositions pour octroyer des contrats à cette même firme.

Dans le tiers des cas, Mme Collin a directement proposé ou appuyé la résolution.

Durant la même période, son mari, Jean Gagnier, faisait partie de la haute direction de Roche à titre de directeur santé et sécurité. Un poste qui l’a même amené à quelques reprises à servir de répondant pour la firme lors de soumissions pour des contrats publics.

Au fil des ans, la conseillère Collin a ainsi voté sur plus de 3 M$ en contrats octroyés à Roche ou en extra sur des contrats recommandés par la firme de génie.

Aucune Abstention

Aucun procès-verbal des séances du conseil municipal ne rapporte que Mme Collin s’est abstenue de voter ou qu’elle a fait état de son lien avec la firme qui employait son mari.

La Politique interne de gestion des conflits d’intérêts de la Ville de Blainville indique pourtant clairement qu’il est « interdit » à un élu de prendre part à des décisions s’il est en situation de « conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts ».

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Elle ne veut pas s’expliquer

Marie-Claude Collin a décliné notre demande d’entrevue, indiquant avoir obtenu dans le passé « une opinion juridique qui confirmait [qu’elle n’était] aucunement en conflit d’intérêts ».

Au moment de publier ces lignes, elle n’avait toujours pas acquiescé à notre demande de nous faire suivre ledit document. Blainville a aussi refusé de confirmer l’existence de cet avis juridique pour des raisons de confidentialité.

La Ville a toutefois confirmé que des discussions ont eu lieu avec la CMQ concernant ces nouvelles informations.

Selon des experts en éthique du milieu municipal, la conseillère s’est placée en situation d’apparence de conflit d’intérêts.

« Ça paraît très mal, surtout après la commission Charbonneau où on a vu qu’il y avait beaucoup d’initiatives qui étaient prises par certaines firmes de génie-conseil. Ces firmes-là pouvaient s’organiser de toutes sortes de façons pour bénéficier d’informations privilégiées », estime Danielle Pilette, professeure à l’UQAM et experte en gestion municipale.

Apparence de conflit

« La conseillère peut continuer à faire son travail, même si son conjoint travaille pour une firme qu’emploie la Ville. Mais sur les dossiers qui touchent cette firme, elle doit se retirer », tranche aussi Étienne Charbonneau, professeur à l’École nationale d’administration publique.

- Avec la collaboration de Marie Christine Trottier et d’Andrea Valeria


► Vous avez des informations d’intérêt public sur ce qui se passe dans votre ville ? Notre Bureau d’enquête est là pour vous. Contactez-moi en toute confidentialité à sarah-maude.lefebvre@quebecormedia.com.

 

Une firme au passé trouble   

  • Fondée dans les années 1960 dans la région de Québec, la firme Roche a longtemps été un fleuron du génie-conseil québécois. 
  • Devant la commission Charbonneau, deux de ses ex-dirigeants ont admis que la firme avait allègrement participé à du financement politique illégal et à de la fausse facturation. 
  • Plusieurs de ses hauts dirigeants ont été arrêtés, notamment l’ancienne vice-présidente, France Michaud, qui a été condamnée à 18 mois d’emprisonnement en 2016 pour sa participation à un complot frauduleux lors de la construction d’une usine d’épuration à Boisbriand. 
  • En 2015, la firme a annoncé avoir transformé sa gouvernance en profondeur et a changé son nom pour Norda Stelo. 
  • Le Bureau de la concurrence a annoncé cette année que la firme devra payer 750 000 $ pour collusion dans des contrats publics d’infrastructure effectués entre 2006 et 2012 à Québec et à Lévis.