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Les «Bafoués de MABE» interpellent le premier ministre François Legault

Le gouvernement n’exclut pas l’adoption d’une nouvelle loi sur les fonds de pension

Les retraités de MABE demandent au premier ministre à François Legault de se mouiller au dossier.
Photo Francis Halin Les retraités de MABE demandent au premier ministre à François Legault de se mouiller au dossier.

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Des retraités du fabricant d’électroménagers mexicain MABE demandent au premier ministre de protéger les fonds de pension des Québécois avec une loi, ce que n’exclut pas François Legault.

• À lire aussi: Les retraités de MABE remportent une bataille

« Une compagnie qui part avec nos fonds de pension ne devrait plus avoir le droit de vendre ses produits au Québec. Ça les forcerait à y penser avant », a déploré Jean-Pierre Miron, ancien opérateur de presse de l’usine de MABE, qui a travaillé 39 ans pour le géant, détenu par le géant General Electric (GE).

Mardi matin, une soixantaine de retraités ont manifesté devant l’usine de MABE de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve pour rappeler qu’ils n’ont toujours pas revu la couleur de leur argent six ans après sa faillite.

Après la fermeture de l’usine il y a six ans, les retraités ont perdu l’équivalent de 22 % de leur rente et leurs assurances, ce qui les a appauvris, déplorent-ils. 

Ce qui irrite le plus ces retraités, c’est que même si MABE Canada a déclaré faillite, sa maison mère a continué à vendre ses marques GE, Hotpoint, McLary et Moffat, ce qui les a poussés à lancer une campagne de boycottage de ses produits.

Une soixantaine de retraités de MABE ont souligné, mardi, le sixième anniversaire de la faillite de l’entreprise, qui leur a fait perdre leurs fonds de pension.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Une soixantaine de retraités de MABE ont souligné, mardi, le sixième anniversaire de la faillite de l’entreprise, qui leur a fait perdre leurs fonds de pension.

Retraites amputées

Aujourd’hui, ces dizaines de travailleurs de l’usine retraités doivent vivre avec des rentes amputées de plusieurs centaines de dollars chaque mois.

« Depuis la faillite de 2014, j’ai perdu un bon 50 000 $. Je perds 7000 $ par année, plus les avantages sociaux et l’assurance vie », a soupiré Jean-Pierre Miron.

« On s’est fait avoir. Les fonds de pension devraient être dans une fiducie. Depuis 2014, j’ai perdu 36 000 $. Je perds 510 $ par mois. C’est du vol », a partagé une ex-travailleuse, préférant ne pas être identifiée pour ne pas avoir de représailles de MABE.

Les retraités de MABE demandent au premier ministre à François Legault de se mouiller au dossier.
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Comme l’Ontario

Au Journal, le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, a interpellé le premier ministre François Legault pour qu’il fasse preuve d’une plus grande sensibilité à l’égard des travailleurs qui se font arracher leurs rentes.

« François Legault doit réaliser que les personnes âgées ont été très touchées par la COVID-19 et le sont aussi par la perte de 30 % de leur rente. Ces gens-là sont vulnérables. Il faut faire quelque chose pour eux », a-t-il plaidé.

Selon le syndicat, le Québec devrait s’inspirer de l’Ontario, qui a une assurance pour aider les travailleurs qui perdent leurs fonds de pension quand une entreprise fait faillite.

Questionné par Le Journal après la manifestation, le premier ministre François Legault n’a pas exclu d’adopter un jour une loi pour protéger les fonds de pension des travailleurs en cas de faillite d’entreprise.

« Oui, c’est quelque chose qu’on regarde, effectivement, parce que c’est inconcevable qu’un travailleur/travailleuse qui a passé sa vie dans une entreprise perde son fonds de pension parce qu’une entreprise a mal géré son fonds de pension. Par contre, on peut difficilement penser qu’on puisse le faire de façon rétroactive pour ces personnes-là », a-t-il dit en point de presse, mardi, en refusant de fixer un échéancier pour l’adoption d’une telle loi.

MABE Canada n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue, mardi. 

LE COMBAT DES ANCIENS DE MABE    

  • Depuis la faillite de MABE Canada en 2014, ses ex-employés ont multiplié les démarches devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits.    
  • En 2016, le Tribunal administratif du travail leur a donné raison en disant que MABE Canada (en faillite) et MC Commercial (en activité) sont le même employeur.   
  • En février dernier, la Cour d’appel du Québec a rejeté la demande de MABE Canada qui voulait empêcher ses retraités d’intenter un recours collectif pour aller chercher 68 millions $.  
  • Entre-temps, MABE Canada s’est tournée vers la Cour suprême du Canada pour demander la permission de faire entendre la cause.    

D’autres cas récents  

Papiers White Birch – 47 %

Les retraités ont vu leur régime à prestations déterminées coupé de moitié, durant trois ans, après la vente de la compagnie au fonds d’investissement Black Diamond Capital, dont le siège social est à Greenwich, au Connecticut.

Papiers Fraser – 40 %

Des retraités de l’usine de Thurso, en Outaouais, ont manifesté comme ceux de MABE, il y a une dizaine d’années, après avoir vu leur rente rétrécir de 40 % en raison du fonds de pension déficitaire de 171 millions $.

Sears – 30 %

Près de 20 000 retraités de Sears au pays ont vu leur chèque fondre de plus du tiers après la faillite, et de 19 % par la suite. Un déficit de 267 millions $ plombait le fonds de retraite de l’entreprise quand elle est tombée au combat.

Groupe Capitales Médias – 26 %

Après la faillite du Groupe Capitales Médias l’an dernier, des retraités ont vu eux aussi leurs rentes baisser d’environ 26 % alors que les régimes de retraite des quotidiens régionaux traînaient un déficit de 65 millions $, selon l’Observatoire de la retraite.