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Legault craint que le lithium échappe aux Québécois

Les Chinois sont déjà fortement impliqués dans un autre projet en Abitibi

Le premier ministre du Québec, François Legault.
Photo d'archives, Simon Clark Le premier ministre du Québec, François Legault.

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Le premier ministre du Québec, François Legault, s’inquiète que l’industrie du lithium, cette matière prisée des fabricants de batteries pour voitures électriques, passe aux mains d’intérêts exclusivement étrangers.

« Si on veut être capables de construire des batteries, ça commence par le lithium. Je ne voudrais pas que cette filière-là soit donnée aux Chinois ou à des entreprises étrangères », a répondu M. Legault au Journal lorsque questionné sur la décision de Québec de s’impliquer dans le sauvetage de Nemaska Lithium.

Sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies depuis décembre dernier, Nemaska annonçait lundi avoir accepté l’offre de rachat d’actifs présentée par le consortium formé d’Orion Mine Finance, The Pallinghurst Group et Investissement Québec.  

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Proprio de « patente à gosses »

Par l’intermédiaire de son bras financier, le gouvernement devient donc copropriétaire des actifs de la société minière en dissolution, à parts égales avec Pallinghurst, une société d’investissement britannique spécialisée dans le secteur minier. 

Ensemble, les deux repreneurs injecteront 190 millions $ à la clôture de la transaction en octobre. Devraient suivre ensuite — sans échéanciers précis — d’autres investissements d’un total de 600 millions $, mais limités à 300 millions $ pour Investissement Québec, nous assurait lundi le ministre de l’Économie et de l’innovation (MEI), Pierre Fitzgibbon.

La semaine dernière, ce dernier avait surpris en qualifiant la structure de Nemaska de « patente à gosses » et de projet « excessivement mal ficelé ». Investissement Québec aura perdu 80 millions $ dans l’aventure, tout comme — semble-t-il — des milliers de Québécois à avoir eu le malheur d’acheter ses actions en bourse.

« L’ancien projet [...] était mal structuré à notre avis », a confirmé le premier ministre Legault, tout en se disant malheureux du sort des « petits investisseurs » qui auront connu « des pertes importantes ». 

Des capitaux chinois déjà en Abitibi

Malgré les pertes déjà encourues, François Legault dit croire en l’importance d’investir dans cette filière. « Moi, j’y crois personnellement à la filière du lithium [...]. C’est sûr que si on parle d’automobile électrique, un grand défi sera la batterie. »

D’où l’importance, de son point de vue, de garder le plein contrôle du développement et de la transformation de cette ressource, présente dans le sous-sol québécois. Le Québec, affirmait le ministre Fitzgibbon lundi, serait fiduciaire de 2 % de la réserve mondiale de lithium. 

Le principal autre projet d’extraction et de transformation de lithium au Québec est situé à La Corne, à environ 60 kilomètres de Val-d’Or, en Abitibi. Le projet de mine North American Lithium est déjà détenu à 95 % par Jien International et Contemporary Amperex Technology Investment, deux entreprises de Chine.

La mine, qui a déjà compté plus de 300 travailleurs en 2018, s’est placée à l’abri de ses créanciers au printemps 2019. Moins d’une vingtaine de personnes y travaillent toujours. 

Ses créances s’élèvent à 200 M$ , dont près de 100 M$ à Investissement Québec. On cherche, là aussi, des investisseurs prêts à relancer les activités.