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Mort en auto plutôt que du cancer

Un conducteur de 21 ans atteint d’une maladie incurable a connu une fin tragique sur l’autoroute 20 lundi

Maxime Blanchard
Photo d’archives Maxime Blanchard, photographié il y a un an, a perdu la vie lundi après-midi sur l’autoroute 20, sur la Rive-Sud de Montréal.

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Condamné par un cancer incurable qu’il combattait courageusement, un jeune homme de 21 ans a connu une autre fin, tout aussi tragique, lundi après-midi, après avoir possiblement été victime d’une distraction au volant sur l’autoroute 20, à Boucherville.

• À lire aussi: Un homme perd la vie dans un accident sur l’autoroute 20

« Je veux raconter mon histoire pour que les gens comprennent qu’il faut profiter de la vie malgré la maladie », avait confié au Journal Maxime Blanchard, il y a un peu plus d’un an, en juillet 2019.

À l’époque, le résident de Sainte-Julie était déjà serein à l’idée de mourir à un jeune âge d’une tumeur cancéreuse qui affectait sa glande surrénale. Il avait accepté cette réalité depuis l’annonce de son médecin, alors qu’il n’avait que 18 ans, soit deux ans après son diagnostic.

« Ça m’a pris 30 minutes pour accepter que j’allais mourir bientôt », nous avait-il déclaré à l’époque. 

Maxime Blanchard ne pouvait toutefois pas s’imaginer que sa vie connaîtrait une fin aussi abrupte, lundi.

Les pompiers travaillant autour de la voiture rouge complètement détruite du jeune homme décédé.
Photo Agence QMI, Thierry Laforce
Les pompiers travaillant autour de la voiture rouge complètement détruite du jeune homme décédé.

Trafic

Vers 16 h, un ralentissement soudain de la circulation s’est produit sur l’autoroute 20 ouest, vers Montréal, à cause d’un incident survenu plus tôt dans le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. Le jeune conducteur qui roulait à bonne vitesse dans sa Volkswagen rouge n’aurait pas été en mesure de freiner à temps.

« Il roulait pas mal. D’après moi, il devait texter ou il a eu une distraction, parce qu’il a tenté de freiner à la dernière seconde, mais c’était trop tard », a raconté hier Stéphane Gamache, 49 ans, qui suivait les véhicules impliqués dans la voie de droite, la veille.

La voiture rouge est alors entrée de plein fouet dans l’arrière d’un camion cube de la compagnie Shawn R Transport.

Selon un témoin de la scène, le gros véhicule avait déjà activé ses quatre clignotants et était pratiquement arrêté dans la voie de gauche, près de la sortie du boulevard de Montarville.

Il a senti son dernier souffle

Sans hésiter, M. Gamache s’est précipité pour secourir Maxime Blanchard. Or, ce dernier, seul à bord, était dans un tel état qu’il n’aurait pas eu le temps de souffrir.

« J’ai senti son dernier souffle. J’ai encore le motton », a témoigné celui qui a tout tenté pour maintenir le jeune accidenté en vie, en compagnie d’un autre homme et d’une infirmière.

Une dizaine de minutes se sont écoulées avant que les secouristes les rejoignent.

Les pinces de désincarcération ont été nécessaires pour extirper la victime.

L’enquête qui permettra de déterminer les circonstances exactes de l’accident se poursuit. 

« Rien n’est exclu. Toutes les hypothèses sont encore possibles », a indiqué Marie-Michelle Moore, sergente de la Sûreté du Québec. 

Une expertise sera effectuée sur le véhicule sous peu.

Un jeune homme populaire et inspirant 

Face à la mort, Maxime Blanchard avait décidé de ne pas se laisser abattre et de profiter de chaque instant que la vie lui offrait, entouré de ses proches.

« J’accepte la mort, et elle ne me fait pas peur », avait-il affirmé avec sagesse, lorsque rencontré par Le Journal, en juillet 2019. La vie, ce n’est pas une course pour tenter de se rendre le plus loin, mais faire en sorte que notre parcours soit le plus inoubliable possible. »

Le jeune homme de 21 ans s’assurait d’appliquer cette philosophie dans son quotidien, confirme son grand ami et partenaire d’affaires Simon Déry, 22 ans.

« Il savait qu’il allait mourir, alors il vivait sa vie à 200 % », confie celui qui le décrit comme « un grand con au grand cœur, toujours là pour ses chums ».

« C’était un gars populaire, motivant et inspirant pour tous ses amis », témoigne un autre de ses bons amis, Thomas-Yves Boulianne, 20 ans. Il m’a toujours dit qu’il avait accepté la mort, qu’il allait assumer les conséquences, plutôt que de se mettre des limites. Rien ne l’arrêtait. Il profitait des plaisirs de la vie. »

D’ailleurs, M. Déry a pu profiter d’une dernière virée à Toronto avec Maxime Blanchard le week-end dernier.

« Il a vécu 80 ans en l’espace de 21. La fête, les amis et la famille, c’était ses passions. Il a rendu notre vie totalement différente », poursuit M. Boulianne.

Pas de pitié

Mais surtout, Maxime Blanchard ne pouvait pas supporter que son entourage soit triste, ou encore qu’il démontre de la pitié face à sa mort inévitable.

« Il était fier. Il ne voulait pas que les gens s’apitoient sur son sort. Il disait : “On va vivre jusqu’à la fin ensemble, et on va avoir du fun” », cite M. Boulianne, avec fermeté. Même s’il avait tous les éléments pour être triste, c’est lui qui nous remontait le moral. Il était bon vendeur. Il aurait pu vendre n’importe quoi a n’importe qui. »

Comportement plausible

C’était justement pour aller rencontrer des clients que le conseiller en climatisation était sur l’autoroute 20, au moment de son accident.

« Il venait me chercher. Il devait être au téléphone », croit M. Déry, même si son ami n’était pas un gars qui texte.

« À notre âge, et vu les circonstances, j’imagine que ça se pourrait, ajoute M. Boulianne. Mais si on lui avait demandé de quoi il préférait mourir, l’accident l’aurait moins dérangé. Ce ne sera pas la maladie qui va l’avoir emporté, mais son destin. »