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Radio-Canada, Radio-endoctrinement

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Il n’y a plus de place pour le débat à l’antenne francophone de la radio publique. Cela doit changer.

Dimanche dernier, alors que je me trouvais sur la route en fin de journée, j’ai syntonisé le 91,5 à la radio, le canal de la radio publique en anglais, CBC Radio 1. 

Pourquoi?

Parce que vers 16h, chaque dimanche, on y présente l’une des émissions de radio les plus intéressantes au Canada selon moi, Cross Country Checkup. Pendant deux heures, on discutera des sujets chauds de l’actualité. Des invités de diverses inclinations idéologiques, sans complaisance, et, surtout, une tribune téléphonique populaire.

Petite confidence, il m’est arrivé d’y appeler à quelques occasions. La dernière fois, on discutait de l’importance du concept de «secularism» (laïcité en anglais) au Québec. 

J’ai pu discuter avec l’animatrice des fondements historiques et sociaux de la laïcité, de la déconfessionnalisation des écoles et de l’appui à la loi 21 au Québec. En fait, cela a été plus facile pour moi d’en discuter à la radio publique anglophone qu'à la radio francophone.

Je sais de quoi je parle, j’ai travaillé à une antenne régionale de la radio de Radio-Canada. Et c’est précisément sur ce sujet-là que tout a chaviré. C’est que, à un moment donné, une conversation surréaliste avec une supérieure m’a laissé un goût si amer que je n’ai juste plus eu envie d’y aller, dans la grande boîte régionale.

À propos de la laïcité. Pas de ce que j’aurais dit en ondes, jamais. Tout cela s’est toujours bien passé. Des collègues en or, professionnels au possible. Non, je me suis fait tancer à propos de ce que je publiais sur les réseaux sociaux. À propos de la laïcité. Ça ne reflétait pas les valeurs de la maison. Ça m’a tellement écœuré, cette discussion... dans les fondements mêmes de qui je suis, de mes convictions.

Rien de nouveau, en fait, quand je considère les témoignages de députés actuels ou anciens du Parti québécois qui m’ont raconté ne s’être pas sentis tellement appréciés dans la grande boîte de Montréal. Ils le disaient à mots couverts. Mais plus maintenant...

Dimanche dernier, donc, j’écoutais la tribune populaire. On discutait de la course à la chefferie du Parti conservateur, qui allait se conclure quelques heures plus tard. Enfin, pas mal plus d’heures qu’on ne le croyait, mais bon.

On y a entendu des opinions diverses sur la course, sur la politique canadienne et les grands enjeux. Des gens de partout au Canada ont été passés en ligne afin d’ajouter à la discussion. Comme à l’époque de Maisonneuve à l’écoute, pour ceux qui s’en souviennent.

Quelle diversité?

À la radio d’État, à l’instar du gouvernement du Canada mené par Justin Trudeau, on aime battre le pavillon de la «diversité». On dira même que c’est un mantra. En fait, le terme «diversité», en contexte, ici, est un euphémisme pour un projet politique très précis: celui par lequel le Canada se définit et se construit, le multiculturalisme et, par extension, l’idéal diversitaire.

Ainsi, si vous adhérez à ce projet politique, vos chances de vous retrouver à la radio d’État francophone s’en trouvent décuplées. Car la radio d’État francophone, bien que financée par l’ensemble des citoyens québécois et canadiens, s’emmure dans une chapelle idéologique bien précise. Et on n’entend pas trop en débattre. 

Contrairement à mon collègue Bock-Côté, avec qui je suis souventes fois en désaccord, ce qui est tout à fait normal, je n’ai pas sursauté en écoutant le segment de Pénélope McQuade sur «la fragilité blanche». Pas surpris, car Radio-Canada nous a habitués à ce type de discours, à ces charges idéologiques, lesquelles sont relayées ad nauseam à cette antenne.

Mais là où je rejoins Mathieu Bock-Côté, c’est dans sa critique, dans sa dénonciation de l’absence de diversité idéologique: 

«Ce livre suscite la controverse tellement sa thèse est tranchée. [...]

«Mais vous n’avez pas cru bon d’intégrer un peu de diversité intellectuelle à votre émission, qui était stupéfiante d’unanimité.

«À votre micro, trois invités y souscrivaient. Le militant Fabrice Vil et les journalistes Nathalie Collard et Noémie Mercier, cette dernière ayant par ailleurs l’honnêteté de reconnaître ne pas avoir lu le livre.

«La thèse du livre semblait incontestable. Chacun y souscrivait ostentatoirement. [...]

«Lorsque vous abordez la question du racisme comme d’autres questions, vous devriez avoir le souci de diversifier vos invités, non pas en les triant selon la couleur de leur peau, mais en fonction de leurs idées.

«Vous avez le privilège d’être animatrice d’une émission majeure à Radio-Canada. Le public est en droit d’espérer que vous n’en fassiez pas un lieu d’endoctrinement et de militantisme.»

Eh bien, justement, la radio d’État francophone n’est pas dans une logique de débat. Cela y est de peu d’intérêt, semble-t-il. Et débattre de quoi? 

Quand on syntonise l’antenne montréalaise de Radio-Canada à la radio, on sait très bien ce que l’on entendra. Cette antenne s’est mutée en safe space idéologique où la critique de l’idéal diversitaire sonne faux.

Ce qui me fait penser à ce professeur de littérature de l’Université de Montréal. 

On croirait lire «Ark, Le Devoir, franchement! Préservez notre espace de toute diversité idéologique! Ces méchants identitaires!» 

Voilà comment l’antenne francophone de la radio d’État à Montréal s’est transformée, de telle sorte que je ne m’attends plus, quand je la syntonise, à trouver quelque diversité idéologique que ce soit. Je sais très bien ce que l’on va me servir.  

Je me souviens des railleries d’ami(e)s radio-canadien(ne)s quand j’ai commencé à travailler chez Québecor, ou des sourires moqueurs quand j’ai commencé ma collaboration à la radio avec Richard Martineau. 

On regardait tout ça de haut. De bien haut. 

Je réalise aujourd’hui à quel point la radio «diversité» n’est pas Radio-Canada. On a beau y battre quotidiennement le tambour de la «diversité», dans les faits, il y a là une unicité idéologique qui ne fait pas honneur à la radio d’État.

Ironiquement, chez Québecor, où je bosse maintenant, on trouvera beaucoup plus de cette diversité idéologique. Au cours des dernières semaines, on notera l’arrivée des Laure Waridel, Harold Fortin, Martine Delvaux, Maka Kotto... Sans compter l’intéressant podcast de Vanessa Destiné et Dalila Awada, intitulé Pigments forts

Vite de même, je ne pense pas que Radio-Canada soit bien placée pour faire la leçon de «diversité»...

Bock-Côté va-t-il trop loin en parlant de «lieu d’endoctrinement» pour caractériser ce qu’est devenue l’antenne francophone montréalaise de la radio d’État? 

Manifestement pas. 

(Il m’importe de préciser que je ne traite pas ici de la salle des nouvelles de Radio-Canada ni même de l’analyse politique qu’on y fait. Des exemples d’objectivité et de professionnalisme.)