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Ciment McInnis bientôt à des Brésiliens

La cimenterie gaspésienne est à vendre depuis le début de 2020 après des années de controverse

Dossier des 100 plus grands pollueurs
Photo d’archives Annoncé en janvier 2014 par le Parti québécois, le projet de Ciment McInnis a suscité la controverse dès ses débuts.

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À vendre depuis le début de l’année, l’entreprise Ciment McInnis, qui a bénéficié d’importants soutiens financiers du gouvernement du Québec, est dans la mire d’un conglomérat brésilien qui s’apprête à faire son acquisition, a appris notre Bureau d’enquête.

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Votorantim, dont le siège social est à São Paulo, a entamé un processus formel pour acheter la totalité des actions de la cimenterie située en Gaspésie, nous a indiqué une source bien informée qui a préféré garder l’anonymat.

Une telle transaction permettrait à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) d’obtenir le meilleur prix. Investissement Québec (IQ) et le Groupe Beaudier sont les deux autres actionnaires.

En plus du Canada, Votorantim a des cimenteries dans sept autres pays, incluant le Brésil. La direction de sa filiale canadienne, à Toronto, n’a pas commenté la possibilité d’une acquisition de Ciment McInnis, dont la construction a coûté 1,6 milliard $.

«Concernant d’éventuels projets pour nos activités, notre entreprise a pour politique de ne pas commenter les rumeurs ou les spéculations», a déclaré un porte-parole de l’entreprise, Christopher Mason.

Pas de commentaire

De son côté, la CDPQ a également refusé de répondre à nos questions. 

«La Caisse n’est pas un opérateur de cimenterie à long terme, et nous restons ouverts aux opportunités», a répondu le porte-parole Serge Vallières.

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, la Banque HSBC a été mandatée en janvier pour superviser la vente de la cimenterie gaspésienne. Afin de boucler la transaction, la Caisse dispose d’un vote prépondérant qui forcerait ses coactionnaires à céder également leurs participations à l’acheteur.

Des intéressés

Il y a deux ans, l’entreprise québécoise Béton provincial a mandaté l’avocat Marcel Aubut afin de sonder l’intérêt du gouvernement pour un éventuel partenariat avec McInnis.

L’agenda public du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon indique qu’il a rencontré le président de Béton provincial, André Bélanger, à deux occasions depuis. Selon le document, ils ont discuté des projets de l’entreprise, sans référence directe à McInnis. 

Cet été, Béton provincial a augmenté la pression en inscrivant au registre des lobbyistes un mandat au nom de ses dirigeants dans le but d’obtenir une aide gouvernementale de 150 millions $ qui lui permettrait de faire l’acquisition de la cimenterie gaspésienne.

Sollicité cette semaine, M. Aubut, dont le mandat est toujours actif, s’est refusé à tout commentaire, tout comme il l’a fait à de nombreuses reprises au cours des derniers mois.  

– Avec Marie Christine Trottier

Litige de 5 M$ US pour l’entreprise aux États-Unis  

Un armateur américain réclame 5 millions $ US à Ciment McInnis en alléguant que la cimenterie n’a jamais été capable d’expédier par bateau la production prévue.

D’Amico Dry reproche à la cimenterie gaspésienne d’avoir utilisé faussement le prétexte de la pandémie de COVID-19 pour interrompre brutalement leur collaboration, indiquent des documents juridiques déposés devant un tribunal américain.

L’armateur du Connecticut soutient que les problèmes avaient commencé bien avant. Selon D’Amico, McInnis a été incapable depuis deux ans d’utiliser la totalité de la capacité de transport dont elle disposait, ce qui a obligé l’armateur à imposer des pénalités financières à l’entreprise.

Pas la faute à la covid

En mai, Ciment McInnis a soutenu que la pandémie était une raison suffisante pour suspendre leur contrat. Mais l’entreprise américaine ne le voit pas de cet œil et réclame 5 millions de dollars US. 

«Les problèmes de l’affréteur ne sont pas liés à la COVID-19», soutient D’Amico dans un document déposé devant la Cour du district Sud de New York.

Une porte-parole de la cimenterie, Maryse Tremblay, a refusé de commenter le dossier.

«Le dossier/le litige auquel vous faites mention est toujours devant la cour», a-t-elle répondu.

Le représentant syndical des employés de McInnis, Dany Maltais, a confirmé que la cimenterie n’a pas encore atteint sa production maximale de 2,2 millions de tonnes par année.

Selon M. Maltais, l’objectif de 2020 est de 1,6 million de tonnes.

«C’est pas facile, on passe à travers un démarrage, après c’est le rodage pour les opérations. Il y a des bons mois, et des moins bons mois.»

Selon lui, la performance de l’usine s’est améliorée depuis une interruption d’un mois en mai.

– Avec Philippe Langlois

Une interminable saga  

31 janvier 2014 

Le gouvernement péquiste de Pauline Marois, la Caisse de dépôt et Beaudier annoncent la construction de la cimenterie à Port-Daniel-Gascons. Québec accorde un prêt garanti avec intérêts de 250 M$, Investissement Québec participe à la hauteur de 100 M$ et la Caisse investit 100 M$ en capital-actions aux côtés de Beaudier. 

29 juin 2016 

Alors que le coût prévu était de 1,1 G$, des dépassements de 450 M$ à la cimenterie sont confirmés par le gouvernement du Québec, qui ne veut pas investir davantage.  

11 août 2016 

La Caisse annonce qu’un changement de contrôle a eu lieu au conseil d’administration de Ciment McInnis et ajoute 125 M$ dans le projet de cimenterie, conjointement avec un autre 125 M$ d’un groupe d’investisseurs. 

14 juin 2017 

Début de la production de ciment par McInnis. 

25 septembre 2017 

Inauguration officielle de l’usine de Ciment McInnis. 

17 juillet 2019 

500 M$ de plus sont prêtés à Ciment McInnis, dont 150 M$ proviennent de la Caisse de dépôt et 50 M$ de Beaudier inc. Les 300 M$ restants proviennent d’un emprunt consenti par un groupe de 11 banques canadiennes et internationales. Investissement Québec a aussi ajusté la structure de sa dette.