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Le poing en l’air

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Vous n’avez pas encore vu le film Les Rose, de Félix Rose, sur Paul Rose, Jacques Rose et leur incroyable mère Rose Rose ?

Courez-y. 

C’est un documentaire exceptionnel qui vous captivera — même si vous pensez que la violence ne constitue pas une réponse convenable à la violence et que, comme l’auteur de polars Jean-Christophe Manchette, vous trouvez que « le terrorisme gauchiste et le terrorisme d’État sont les deux mâchoires du même piège à con ».

Loin d’être un pamphlet tonitruant qui essaie de nous enfoncer le discours felquiste dans la gorge (ce que je craignais), le documentaire intimiste de Félix Rose veut juste nous montrer ce qui a poussé deux p’tits culs d’un quartier défavorisé à embrasser la révolution armée, à faire sauter des bombes et à organiser des kidnappings. 

LE MÉPRIS N’AURA QU’UN TEMPS

Certes, les gestes posés par le FLQ ne sont pas justifiables.

Mais si tu passes tes journées à cracher au visage d’un peuple, ne sois pas surpris si un jour, ce même peuple relève la tête et te fout son poing sur la gueule. 

(On n’a qu’à regarder ce qui se passe ces jours-ci chez nos voisins du Sud.)

Pour reprendre le titre d’un documentaire d’Arthur Lamothe, Le mépris n’aura qu’un temps

On récolte ce que l’on sème. 

Oui, les felquistes étaient violents, c’est indéniable. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Mais qu’en est-il de la violence quotidienne de l’État canadien qui traitait les francophones comme des citoyens de second ordre et faisait tout pour les maintenir dans un état de pauvreté abjecte ?

Qu’en est-il de la violence des autorités canadiennes qui ont profité d’une loi obscure votée en pleine nuit pour emprisonner 500 personnes qui n’avaient commis aucun crime sauf celui de pencher trop à gauche au goût du pouvoir ?

Le père de Paul et Jacques Rose travaillait dans des conditions épouvantables pour 20 $ par semaine. 

Et après, on se demande pourquoi les enfants de ces ouvriers exploités ont crié « C’est assez ! »

C’est tout ça que rappelle Félix Rose.

Il ne justifie pas. Il explique.

Il rappelle. 

Avec des films d’archives émouvants. Qui prouvent, comme le disait Pierre Vallières dans son livre, que les francophones du Québec étaient bel et bien « les nègres blancs d’Amérique »...

LA MÉTHODE DOUCE

« Heureusement, aujourd’hui, les choses ont changé, diront certains. Les autorités canadiennes ne répriment plus les ardeurs séparatistes avec des matraques... »

Non.

On a changé de méthode.

On utilise maintenant la loi.

Qui a besoin d’une matraque avec la Charte des droits et libertés, qui place les droits individuels au-dessus des droits collectifs ?

Qui a besoin de menottes avec le multiculturalisme, qui fait des Québécois francophones une ethnie parmi tant d’autres ?

C’est le génie de Trudeau père.

Un policier qui cogne sur un militant nationaliste, ça fait mauvaise presse. 

Mais des juges qui statuent du haut de leurs tribunaux qu’une loi est anticonstitutionnelle, c’est poli, respectable. 

On met toujours les nationalistes à leur place, mais on le fait doucement, proprement. 

En demandant — comme l’a dévoilé le candidat à la chefferie du PQ Frédéric Bastien — à des juges qui combattent activement la loi 21 de se prononcer sur sa constitutionnalité !

C’est fou comme on comprend mieux le présent quand on connaît le passé...