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Le Festival de Venise sous COVID, dernier épisode d’une histoire mouvementée

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Rome | La Mostra de Venise, plus ancien festival de cinéma du monde, a survécu à de nombreuses vicissitudes depuis sa naissance en 1932, que ce soit la Seconde Guerre mondiale ou les manifestations estudiantines des années 60-70.

La 77e édition, du 2 au 12 septembre 2020, sera marquée par la pandémie du coronavirus, qui a contraint le Festival de Cannes, son rival historique, à annuler son rendez-vous mondial sur la Croisette au printemps dernier.

Cette année, les participants, dont le nombre a été radicalement réduit, devront circuler avec des masques de protection, en respectant la distanciation sociale, et ils verront leur température régulièrement contrôlée sur le Lido de Venise, la bande de terre qui sépare la lagune de la mer Adriatique et où se trouve le quartier général de la Mostra.

Mais cette édition en temps de pandémie n’est pas la première hors normes dans l’histoire de la Mostra, qui commence le 6 août 1932 sur la terrasse du luxueux hôtel Excelsior, avec la projection de Docteur Jekyll et M. Hyde de Rouben Mamoulian.

En 1934, un scandale éclate avec Éxtasis de Gustav Machaty, premier film à monter un nu intégral.

Lancé sous l’ère fasciste, le festival décerne au meilleur film non pas un Lion d’or, mais la Coupe Mussolini, en hommage au Duce qui dirige la péninsule d’une main de fer. Le conflit mondial arrive et la Mostra se met entre parenthèses: les éditions 1943, 1944 et 1945 n’ont pas lieu.

Après la guerre, la Coupe Mussolini est promptement rebaptisée «Grand Prix international de Venise et Lion de Saint-Marc», avant de prendre dans les années 50 son nom actuel.

L’édition 1946, vers la fin de la guerre et dans le sillage de la chute du fascisme, marque le retour des films américains, absents depuis 1939. Les éditions suivantes consacrent des auteurs de l’envergure de Luis Bunuel, Luchino Visconti, Jean-Luc Godard ou encore Agnès Varda.

Le mouvement estudiantin des années 60-70 affecte lui aussi le festival, contraint de renoncer aux remises de prix, jugées obsolètes par les têtes pensantes de la révolte étudiante. Ce mouvement reste longtemps très actif, conduisant même à l’annulation des éditions 1973, 1974, 1977 et 1978.

Les années 80 marquent la renaissance de la Mostra et du convoité Lion d’or. 

Le monde du cinéma a rendez-vous à Venise 

La course au Lion d’or avec masques et caméras thermiques: la Mostra de Venise s’ouvre mercredi, premier grand festival international de cinéma dans un monde bouleversé par la pandémie, défiant la résurgence estivale du coronavirus.

Signe de l’importance du rendez-vous pour le monde du cinéma, les directeurs des huit plus grands festivals d’Europe, dont Cannes et Berlin, d’ordinaire en concurrence pour attirer les meilleurs films, ont prévu marquer leur «solidarité envers l’industrie cinématographique mondiale», en plein marasme, en assistant à la soirée d’ouverture sur la lagune.

La tenue de la 77e édition du plus ancien des festivals n’avait rien d’évident en Italie, l’un des pays d’Europe ayant payé le plus lourd tribut à la pandémie. Les studios ont la tête ailleurs, dans un secteur mis à terre par les conséquences de la crise sanitaire. Le grand rival historique, le Festival de Cannes, n’a pu se tenir au printemps.

Si tout se passe comme prévu, la planète cinéma aura à nouveau un tapis rouge à admirer et goûtera encore une fois à l’excitation des premières mondiales, dans les salles obscures du Lido.

Mais au prix d’une voilure réduite et de «mesures de sécurité extraordinaires, appliquées avec rigueur pour assurer à tous les participants tranquillité et absence de prise de risques», a souligné le directeur de la Mostra, Alberto Barbera. Du coup, «quelques films spectaculaires vont manquer [...], tandis que certains membres des équipes des films invités ne pourront pas venir», mais ils pourront intervenir par vidéoconférence, a-t-il admis. 

En conséquence, l’histoire d’amour entre Hollywood et Venise, où de grosses productions américaines étaient présentées et placées ainsi en orbite pour la saison des prix américains, est mise entre parenthèses. Les vedettes internationales se feront très rares.

Scanneurs thermiques, masque à l’intérieur et à l’extérieur des salles: sur le Lido, où se concentrent en bord de mer les structures accueillant projections et conférences de presse, la direction du festival veut éviter le scénario catastrophe d’un foyer de contamination.

Le nombre de places en salles a été divisé par deux pour assurer la distanciation sociale et un test est exigé pour tous ceux qui viennent d’en dehors de l’espace Schengen.

Gitai, Kurosawa, Garcia

Ce déluge de mesures sur fond de courbe ascensionnelle des contagions dans la péninsule ne doit pas faire oublier les 18 films en lice pour le Lion d’or, dont huit ayant été réalisés par des femmes.

M. Barbera a mis l’accent sur «la composante féminine, jusqu’ici cantonnée à des pourcentages embarrassants», espérant certainement mettre fin aux polémiques qui ont émaillé les précédentes éditions. Le sujet reste brûlant pour le monde du cinéma, trois ans après la vague #MeToo.

Le jury est présidé par une femme, engagée sur ces questions, l’Australienne Cate Blanchett. Elle aura l’honneur de choisir le récipiendaire du prestigieux Lion d’or du meilleur film, parmi des productions venues aussi bien d’Italie, d’Inde que de Pologne.

À ses côtés, l’acteur américain Matt Dillon, le réalisateur allemand Christian Petzold, ou encore la comédienne française Ludivine Sagnier, pour désigner le successeur du film Joker de Todd Phillips, couronné l’an dernier avant de remporter cinq mois plus tard deux Oscars.

Des cinéastes confirmés sont de la compétition, comme l’Israélien Amos Gitai avec Laila in Haifa ou le Japonais Kiyoshi Kurosawa (Wife of a Spy). La France est représentée par un seul film, le drame Amants de Nicole Garcia.

Hors compétition, d’autres films pourraient faire parler d’eux, comme One Night in Miami, pour lequel l’actrice afro-américaine Regina King passe derrière la caméra, un film sur les débuts du jeune Cassius Clay (qui deviendra Mohamed Ali). Le sujet tombe à pic, tant la question du racisme reste inflammable aux États-Unis, à deux mois de l’élection présidentielle.

Dans une cité des Doges à la merci de la montée des eaux, la projection de Greta, un documentaire suédois de Nathan Grossman, qui a suivi l’engagement de la jeune Greta Thunberg pour le climat depuis ses débuts, aura une résonance particulière. 

Les 18 films en lice pour le Lion d’or 

Voici la liste des 18 films en compétition pour le Lion d’or du meilleur film au 77e Festival de Venise:

Le sorelle Macaluso d’Emma Dante (Italie) Tiré de la pièce de théâtre éponyme présentée au Festival d’Avignon en 2014, Le sorelle Macaluso suit cinq sœurs nées et élevées dans la périphérie de Palerme, en Sicile, qui se retrouvent aux funérailles de l’une d’elles et évoquent leurs rêves et leurs frustrations.

The World to Come de Mona Fastwold (USA) Au milieu du XIXe siècle, dans la campagne de l’État de New York, Abigail (Katherine Waterston) vit dans une ferme avec son mari Dyer (Casey Affleck). Abigail tombe amoureuse de la nouvelle voisine Tallie (Vanessa Kirby), qui a loué une ferme dans le voisinage avec son mari Finney (Christopher Abbott).

Nuevo orden de Michel Franco (Mexique/France) Une fête de famille est interrompue par l’arrivée d’importuns, prétexte au portrait d’une famille aisée qui veut échapper au chaos de la vie quotidienne à Mexico. Un film signé du Mexicain Michel Franco, prix du meilleur scénario à Cannes en 2015 pour Chronic.

Amants de Nicole Garcia (France) L’actrice et réalisatrice française revient à Venise deux ans après y avoir été membre du jury présidé par Guillermo del Toro avec l’histoire d’un couple formé par Lisa (Stacy Martin) et Simon (Pierre Niney) qui se séparent avant que leurs destins ne se croisent à nouveau des années plus tard.

Laila in Haifa d’Amos Gitai (Israël/France) Le réalisateur israélien Amos Gitai, prix Robert Bresson à la Mostra en 2013, entraîne les spectateurs lors d’une nuit fatidique dans une discothèque du port de Haïfa. Une occasion de voir un instantané dans l’un des derniers endroits où Israéliens et Palestiniens interagissent encore.

Dear Comrades d’Andreï Kontchalovski (Russie) Tiré d’une histoire vraie, Chers camarades revient sur la fusillade survenue lors d’une manifestation pacifique d’ouvriers à l’usine de locomotives de Novotcherkassk en Russie en juin 1962, qui fit de nombreux morts et blessés. Le réalisateur russe a reçu le Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise en 2016 pour Paradis.

Les amants sacrifiés de Kiyoshi Kurosawa (Japon) À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Yusaku Fukuhara, petit notable du port de Kobe, décide de se rendre en Mandchourie. À son retour de Chine, il n’est plus le même et agit étrangement. Par l’un des grands noms du cinéma japonais, lauréat en 2015 à Cannes du prix Un certain regard pour Vers l’autre rive.

Sun Children de Majid Majidi (Iran) Ce film qui suit des enfants contraints de voler pour survivre marque le retour du réalisateur iranien Majid Majidi, auteur notamment de Enfants du ciel (1997), sélectionné pour l’Oscar du meilleur film étranger.

Pieces of a Woman de Kornel Mundruczo (Canada/Hongrie) Martha et Sean Carson (Vanessa Kirby et Shia LaBeouf), un couple de Boston, voient leur vie radicalement bouleversée lors d’un accouchement à domicile qui tourne mal. Le réalisateur hongrois a remporté le prix Un certain regard à Cannes en 2014 avec White God.

Miss Marx de Susanna Nicchiarelli (Italie/Belgique) L’histoire d’Eleanor (Romola Garai), la fille cadette de Karl Marx, belle, cultivée et passionnée, qui fut parmi les premières à défendre les droits des femmes et les idées socialistes en participant aux luttes ouvrières.

Padrenostro de Claudio Noce (Italie) En 1976 à Rome, la vie de Valerio, 10 ans, est bouleversée quand il assiste avec sa mère à un attentat terroriste contre son père. Padrenostro est le troisième long métrage du réalisateur italien Claudio Noce, lequel a remporté un European Film Award en 2005 pour son court métrage Aria.

Notturno de Gianfranco Rosi (Italie/France/Allemagne) Filmé sur une période de trois ans en Syrie, en Irak, au Kurdistan et au Liban, Notturno suit plusieurs personnages qui vivent à proximité de différentes zones de guerre au Moyen-Orient, qui essayent de retrouver une vie normale. Gianfranco Rosi a remporté l’Ours d’or à Berlin en 2016 pour son documentaire Fuocoammare et le Lion d’or en 2013 pour Sacro GRA.

Never Gonna Snow Again de Malgorzata Szumowska et Michal Englert (Pologne/Allemagne) En Pologne, Zhenia, un masseur ukrainien, devient une sorte de gourou dans la résidence où ses riches clients mènent une vie triste et sans relief. La réalisatrice polonaise Malgorzata Szumowska a décroché l’Ours d’argent de la meilleure réalisation à Berlin en 2015 pour son film Body.

The Disciple de Chaitanya Tamhane (Inde) Un chanteur observe scrupuleusement les traditions transmises par son maître et son père, jusqu’à ce que les fracas de la vie dans la mégalopole de Mumbai se mettent en travers de sa vocation musicale. Le jeune réalisateur indien s’était vu décerner en 2014 à Venise le Lion du futur du meilleur premier film pour Court (En instance).

And Tomorrow the Entire World de Julia von Heinz (Allemagne/France) Une vague de violence raciste déferle sur l’Allemagne. Luisa est membre d’un mouvement antifasciste violemment opposé aux néonazis. À travers son engagement, elle essaye aussi d’impressionner Alfa, le garçon qu’elle aime.

Quo vadis, Aida? de Jasmila Zbanic (Bosnie-Herzégovine) Bosnie, 1995, durant les guerres qui ont conduit à la fin de la Yougoslavie, un film de la réalisatrice bosnienne Jasmila Zbanic, lauréate de l’Ours d’or à Berlin en 2006 pour Sarajevo, mon amour.

Nomadland de Chloé Zhao (USA) Adapté du livre de Jessica Bruder, Nomadland suit la trajectoire de Fern (Frances McDormand), qui s’aventure hors de sa petite ville rurale du Nevada pour vivre en marge des normes traditionnelles. La réalisatrice américaine d’origine chinoise Chloé Zhao a été récompensée en 2017 par le Grand prix au Festival du cinéma américain de Deauville pour The Rider

In Between Dying de Hilal Baydarov (Azerbaïdjan) L’histoire d’amour de Davud, un jeune homme des campagnes d’Azerbaïdjan qui essaye de trouver sa vraie famille.