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Nickel Boys : notre coup de cœur de la rentrée

Colson Whitehead
Photo courtoisie L'écrivain américain Colson Whitehead

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Après Underground Railroad, l’écrivain américain Colson Whitehead signe un autre excellent roman qu’on n’est pas les seuls à avoir adoré.

Avec Underground Railroad, son précédent roman, l’écrivain américain Colson Whitehead a reçu plusieurs prix littéraires prestigieux, dont le Pulitzer de la fiction. Et rebelote en mai dernier avec Nickel Boys. Ce qui est quand même assez incroyable puisque jusqu’ici, seulement trois autres écrivains ont eu l’honneur de remporter deux fois le Pulitzer : Booth Tarkington*, William Faulkner et John Updike.  

Loin d’être originale, notre première question a donc été de savoir si écrire de nouveaux romans allait désormais être un peu plus difficile pour lui à cause du poids des attentes. Réponse ? « Non, parce que je ne me mets pas de pression, affirme l’écrivain, qu’on a pu joindre à Sag Harbour, dans les Hamptons. Quand j’écris, je me concentre sur mon travail sans me demander ce que les autres vont en penser. Cela dit, tous les livres sont difficiles à écrire. Parce que tu es fauché, parce que tu te sens déprimé, parce qu’il y a de jeunes enfants qui courent partout autour de la maison... » Ou parce que le sujet choisi est franchement dur.

« L’idée de Nickel Boys est venue d’un reportage paru en 2014 dans le Tampa Bay Times, poursuit Colson Whitehead. Il portait sur la Dozier School for Boys, une école disciplinaire de Floride dont je n’avais jamais entendu parler et qui a fermé ses portes en 2011. Son histoire était si horrifiante que ça m’a choqué et que j’ai eu envie d’en tirer un livre. Alors pendant que je faisais la promotion d’Underground Railroad, j’ai commencé à l’écrire dans les chambres d’hôtel, les trains, les avions. Ça m’a pris environ un an et demi avant de le terminer, et les six dernières semaines ont été assez éprouvantes à cause du dénouement, que je connaissais depuis le début. C’est une chose de le connaître, mais une autre de l’écrire... »

<strong><em>Nickel Boys</em><br>Colson Whitehead</strong><br>Éditions Albin Michel,<br>272 pages
Photo courtoisie
Nickel Boys
Colson Whitehead

Éditions Albin Michel,
272 pages

Un triste avenir

Dans le livre comme dans la réalité, c’est grâce à la découverte d’un cimetière clandestin situé sur le terrain de l’école que les rumeurs de torture et de meurtres d’étudiants seront enfin confirmées. Plus d’une cinquantaine de dépouilles en seront exhumées, certaines avec le crâne enfoncé, d’autres avec la cage thoracique criblée de chevrotine. 

S’inspirant des témoignages d’anciens pensionnaires de la Dozier School for Boys, Colson Whitehead va ainsi nous donner un excellent aperçu de ce qui s’est réellement passé là-bas durant toutes ces années. Et ce, par l’entremise d’Elwood Curtis, un jeune Noir originaire de Tallahassee. L’arrêt Brown vs Board of Education ayant mis fin à la ségrégation dans les écoles publiques, Elwood, qui a toujours brillé en classe, compte en effet entrer sous peu à l’université. Mais. La faute à pas de chance, il sera arrêté à tort et aussitôt envoyé à la Nickel Academy, une école disciplinaire qui n’a rien à envier aux pires centres pénitentiaires de l’État. 

« Je voulais un innocent, quelqu’un qui allait se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et dont la vie allait complètement changer à cause de ça », explique Colson Whitehead. Car pour changer, la vie d’Elwood va changer ! 

L’enfer sur terre

Même si elle est raciste jusqu’à la moelle, la Nickel Academy ne se montre pas tellement regardante sur l’origine de ses pensionnaires. Qu’ils soient pupilles de l’État, orphelins, fugueurs, voleurs de voitures ou apprentis malfrats, tous devront de toute façon se plier à ses règles. Et gare à ceux qui n’obéissent pas au doigt et à l’œil.

Pour Elwood, qui a passé la majeure partie de son existence le nez dans les livres, le choc sera donc immense. Ou plutôt les chocs. Parce qu’à peine arrivé, il sera roué de coups dans la remise à outils que les Blancs désignent sous le nom de « Marchand de glace », référence aux hématomes de toutes les couleurs que ne manquent pas de fleurir sur leur peau après un énième passage à tabac. 

Sa seule consolation ? Turner, l’ami qu’il se fera là-bas. Et qui est persuadé qu’en cherchant bien, il y a sûrement moyen de fuir cet endroit de malheur autrement que les pieds devant. 

Un véritable coup de cœur, qu’on inscrit d’emblée dans la liste de nos romans favoris de l’année 2020. 


* Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls à ne jamais avoir entendu parler de lui !