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Le décaissement à la retraite, un sablier qui se vide rapidement

DVP
Illustration Adobe Stock

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L’image qu’on se fait de la retraite s’apparente à une sorte de libération ; bye bye le trouble et les soucis ! On a bossé durant 40 ans, et puis du jour au lendemain, on n’a plus qu’à avoir du fun, ça va y aller tout seul.

Toute notre vie active, on a été bombardé de conseils afin de nous préparer pour ce moment : on nous a dit qu’il fallait épargner et investir, on nous a expliqué comment fonctionnent le REER, le CELI et aussi l’immobilier... Après, qu’est-ce qu’on fait ? C’est moins évident.

Pour ceux dont la retraite dépend en bonne partie de leurs épargnes, ce n’est pas banal d’arrêter de travailler et de commencer à vivre sur son pécule. Le coussin ne grossit plus, il rapetisse, et c’est angoissant. 

Cette étape exige probablement moins d’efforts financiers que de la planification et des calculs. On n’insiste pas assez là-dessus.

Étape négligée

On appelle cette phase « le décaissement ». Par rapport à l’étape précédente, « l’accumulation », le décaissement n’est pas un thème très populaire, en tout cas en dehors des milieux spécialisés. C’est vrai qu’il est plus accrocheur de parler d’enrichissement que d’appauvrissement, car le décaissement c’est quoi, sinon un sablier qui se vide. 

Les articles sur le sujet sont disparates et moins abondants, les livres sont rares et l’innovation dans le domaine, inexistante. 

Avez-vous entendu parler d’une application pour vous aider à maximiser vos retraits FERR ?

Bien sûr, le niveau de vie à la retraite dépend d’abord de ce qu’on aura épargné. Ce n’est pas une stratégie de décaissement qui viendra nous sauver du désastre. 

Par contre, quand on s’est montré prévoyant dans le passé, on peut encore améliorer son sort à cette étape, sans avoir à travailler.

Un calcul complexe

En quoi ça consiste, au fait ? D’abord à faire l’inventaire de ses sources de revenus de retraite : le régime de rente du Québec (RRQ), la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), le fonds de pension de l’employeur, si on en a un, le REER, le CELI, les comptes non enregistrés. Pour la majorité de gens, ça se résume à ça.

Ensuite, il faut estimer son train de vie en dollars. Puis il faut aligner les chiffres, évaluer combien de temps notre épargne nous permettra de maintenir ce rythme, et de le réduire si on réalise que les fonds risquent de s’épuiser trop vite. 

Si ce n’était que ça, ce serait simple, mais de quel argent vit-on ? De revenu après impôt. La clé est là !

Selon la source de revenus (REER, CELI, compte non enregistré, travail...), l’incidence fiscale diffère. Il faut donc tenir compte de l’impôt, mais aussi de l’impact de ses revenus sur les programmes sociaux, comme le crédit pour la solidarité, le crédit à la TPS, le supplément de revenu garanti et la PSV.

À cela s’ajoutent d’autres considérations qui peuvent faire une grande différence, comme les possibilités de fractionner ses revenus de retraite avec son conjoint et de repousser à plus tard les prestations de la PSV et du RRQ en échange de prestations bonifiées.

Tous ces éléments sont interreliés. L’ordre dans lequel on puisera dans les différentes sources de revenus et la cadence à laquelle on le fera peut se traduire par des dizaines de milliers de dollars de plus, ou de moins, sur toute la durée de la retraite.

Il faut de l’aide

Une lectrice qui s’est enrichie sans l’aide d’un conseiller me demandait récemment s’il existait des livres sur le sujet, qu’elle trouve atrocement complexe. Il existe de grands principes, mais aucun n’est universel. 

À moins d’être soi-même un expert de la question, c’est impossible pour un retraité de calculer la façon optimale de décaisser son argent.

Il faut s’en remettre à des conseillers, des planificateurs financiers, qui disposent des outils de calculs. Et encore, beaucoup de ces calculatrices ne tiennent pas compte du crédit à la solidarité, du crédit de TPS et du Supplément de revenu garanti, donc des sources de revenus destinées aux moins nantis, une clientèle moins intéressante pour l’industrie. 

Avec les boomers qui passent du côté de la retraite, l’intérêt pour ces questions s’est accru depuis une dizaine d’années. Il reste néanmoins du chemin à faire. Il y a certainement une occasion d’affaires à saisir ici. 

Conseils

  • En général, il faut éviter d’avoir des années où on ne paie pas d’impôt du tout et d’autres où l’on paie d’impôt. Il faut aplanir l’impôt.
  • En repoussant la demande du RRQ et de la PSV, les rentes sont bonifiées à vie. Par contre, il faut suffisamment d’épargne pour se priver de ces prestations le temps qu’on les retarde. 
  • Retirer 4 % de son coussin chaque année permet de répartir ses revenus tout au long de la retraite sans crainte d’épuiser son capital avant son décès. Cette règle « du pouce » ne fait pas l’unanimité.