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Des experts invitent des politiciens à discuter de l'avenir des monuments historiques

Des experts invitent des politiciens à discuter de l'avenir des monuments historiques
Camille Lalancette/Agence QMI

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On ne peut plus rester les bras croisés devant le vandalisme de monuments historiques, croient des experts qui invitent les politiciens à ouvrir la discussion sur l’avenir de chacun des monuments visés.

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«Si on ne fait rien, d’autres groupes vont s’attaquer à d’autres symboles. Et ça va finir où?» se demande Éric Bédard, professeur d’histoire à l'Université TÉLUQ. «On aurait intérêt à prendre le taureau par les cornes.»

Le débat a été lancé, cette fin de semaine, après le déboulonnage d’une statue à l’effigie de John A. Macdonald à Montréal, critiqué pour ses politiques à l'endroit des Autochtones. Un acte que plusieurs politiciens ont dénoncé hier. 

«On est tous d’accord qu’il faut lutter contre le racisme, mais à un moment donné, ce n’est pas une démocratie quand on commence à déboulonner des statues comme ça», a déclaré François Legault. «Donc, on va la restaurer et la remettre en place.»

De son côté, Justin Trudeau s’est dit «déçu» de ce vandalisme, rappelant qu’il «ne revient pas à un petit groupe» de décider de l’avenir de ces monuments. 

M. Trudeau prône plutôt une «conversation mature» sur les bilans des anciens chefs de gouvernement. «Je pense qu’on peut aussi se poser la question par rapport à mon père», a-t-il ajouté.   

  • Écoutez l'entrevue de l'historien Éric Bédard à l'émission de Benoît Dutrizac à QUB radio:   

Patate brûlante

Cette conversation aurait dû débuter il y a des années, croit Bernard Vallée, animateur en histoire pour Montréal Explorations. Par exemple, la statue de Macdonald avait déjà été abîmée en 2018 et 2019. Une «patate chaude» qui est maintenant devenue «brûlante», image-t-il. 

Macdonald n'est pas le seul personnage historique controversé honoré par une statue.

Ces actes s’inscrivent dans un mouvement planétaire de déboulonnement de statues qui représentent des personnages aujourd'hui considérés racistes ou colonisateurs. 

«Ce n’est pas un phénomène nouveau. Ça fait plus de deux siècles que ça arrive régulièrement, quand il y a des révolutions ou des changements de régime», rappelle Catherine Larochelle, professeure d’histoire à l’Université de Montréal (UdeM).

«On ne va pas arrêter d’enseigner Macdonald parce que sa statue n’est plus là [...]. L’idée de passer à autre chose, c’est aussi ça l’Histoire. C’est toujours en mouvement», souligne-t-elle. 

Or, certains monuments sont aussi des œuvres d’art et ont une valeur patrimoniale, rappellent d’autres experts. 

Solutions

De nombreuses solutions autres que la destruction existent. Par exemple, lorsque la controverse est jugée fondée, il est possible d’ajouter une plaque au monument afin de le remettre en contexte et de rappeler le côté sombre du personnage, illustre M. Vallée. 

Une autre possibilité est celle d’ajouter un autre monument pour faire face à la statue controversée. Par exemple, les Anglais ont érigé une colonne à l’effigie de l’amiral Nelson sur la place Jacques-Cartier en 1809 afin de narguer les Canadiens français, raconte Éric Bédard. Ces derniers ont, un siècle plus tard, érigé une statue à l’honneur du marin français Jean Vauquelin pour lui faire face.     

  • ÉCOUTEZ la chronique de Gilles Proulx à ce sujet sur QUB radio :  

Quand on veut éviter que des gens tombent par hasard sur un monument offensant, on pourrait choisir de le retirer de la place publique pour le déménager dans un musée, suggère aussi M. Vallée. 

Dans tous les cas, ces décisions doivent découler d’un examen rigoureux et d’une discussion entre des représentants des groupes offensés et des gens compétents pour étudier la question, insistent les experts. 

Cohérence

Un tel exercice permettrait aussi d'éviter que le débat se polarise au sein de la population et devienne contre-productif en stigmatisant encore plus les groupes autochtones ou racisés qui revendiquent le déboulonnement, croit Harold Bérubé, professeur d'histoire à l'Université de Sherbrooke (UdeS). Cela aurait aussi l'avantage de la cohérence, ajoute l'historien Pierre-Luc Brisson. «Difficile de défendre la réconciliation avec les Premières Nations et de défendre la place de Macdonald dans l’espace public», avoue-t-il. Un examen fait par un comité permettrait aussi d'éviter de tomber dans le piège de plaquer nos valeurs d'aujourd'hui sur celles d'une autre époque. «Sinon, il n’y a pas grand personnages qui vont passer le test», résume Éric Bédard. 

«Macdonald a été à l’image de son temps. Il nous met dans la face un certain nombre d’erreurs qu’on ne doit pas répéter», croit l'historien Denis Vaugeois. «Si on enlève tout du passé, qui va s’en souvenir?» questionne-t-il.  

-Avec Guillaume St-Pierre, Clara Loiseau, Nora T. Lamontagne, Charles Lecavalier et l’AFP