/opinion/columnists
Navigation

Rentrée scolaire: les faits avant les humeurs

Coup d'oeil sur cet article

De la fenêtre de mon bureau, chez moi, j’ai vu la sortie des élèves de l’école primaire au coin de la rue, à la fin de la première journée.

Enfants et parents sans masque, sans distanciation, par groupes de 10, 15 et 20. 

Je comprends l’excitation d’une première journée et la joie des retrouvailles, mais ils se comportaient comme s’il s’agissait d’une rentrée normale.

Les consignes s’évaporent à la seconde où l’enfant quitte l’école.

Inconnu

À Québec, 81 enfants de deux écoles secondaires ont déjà dû être mis en isolement.

Dans tout le Canada, le nombre de nouveaux cas au cours de la semaine dernière a augmenté de 13 % par rapport à la semaine précédente.

Le Québec, toujours à la traîne, a connu une augmentation de 32 % la semaine dernière en comparaison de celle d’avant. 

Ça va mieux qu’au mois de mai, mais moins bien qu’en juillet.

Je comprends qu’il faut ramener les enfants à l’école. Je ne connais personne qui prétend le contraire.

On ne dira jamais assez à quel point la privation d’école pendant longtemps est nocive.

Mais ne nous racontons pas d’histoires : cette rentrée scolaire est une vaste expérience scientifique, une plongée dans l’inédit.

Après avoir dit aux gens de s’éloigner les uns des autres pendant des mois, on fait le pari qu’il est possible de les ramener ensemble de façon sécuritaire.

Je ne dis pas que les autorités ont tort. Ce n’est pas un pari irresponsable. Absolument pas. 

C’est plutôt une sorte de risque calculé.

Soyons logiques : on ne peut, d’un côté, dire que ce virus est peu connu, mal compris, et de l’autre, dire que la rentrée est sans risques.

L’inquiétude est palpable chez les professeurs. Elle l’est aussi chez beaucoup de parents.

Imaginez la « distanciation » dans les autobus jaunes qui sillonnent les grandes villes.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : je répète qu’il faut tenter de ramener en classe un maximum d’enfants.

Cela dit, une fois qu’on a planifié au maximum, il subsiste encore des tas de questions sans réponses.

La meilleure preuve en est l’incroyable diversité des plans de retour à l’école à travers le monde.

Cette rentrée scolaire survient aussi dans un climat de relâchement généralisé.

Beaucoup de gens sont exaspérés.

La police hésite à intervenir même quand les violations sont flagrantes.

Beaucoup de magasins ne limitent plus le nombre de clients à l’intérieur.

Ils font tout pour récupérer les ventes perdues pendant le printemps et l’été.

Au printemps, c’était la santé avant l’économie. Maintenant, c’est l’économie en premier, et la santé après... dans la mesure du possible et si ce n’est pas trop coûteux.

On peut comprendre jusqu’à un certain point.

Fermeté

Le gouvernement ne l’admettra jamais, mais il sait aussi que des fermetures massives seraient impopulaires et politiquement dommageables.

Depuis le début, le gouvernement dit prendre ses décisions en se basant sur les faits et la raison. Très bien.

Alors en toute logique, s’il s’avère que les faits et la raison dictent de refermer des écoles, il ne faudra pas hésiter.

Même si ça chiale.