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Iran: la COVID-19 hors de contrôle dans des prisons surpeuplées, selon une ONG

Iran: la COVID-19 hors de contrôle dans des prisons surpeuplées, selon une ONG
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Pénurie de savon, désinfections à l’arrêt, les autorités iraniennes ne font pas le nécessaire pour limiter la propagation de la COVID-19 dans les prisons surpeuplées du pays, y compris celles où sont détenues des personnalités connues, a dénoncé mercredi une organisation de défense des droits de l’Homme. 

La désinfection des prisons a été stoppée, les produits hygiéniques de base comme le savon manquent et les prisonniers libérés pour décongestionner les établissements au début de l’épidémie de coronavirus sont pour beaucoup de retour derrière les barreaux, a indiqué le Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits de l’homme en Iran (ABC), dans un rapport publié mercredi.

Depuis le début de l’épidémie et malgré le fait qu’il est le pays le plus touché de la région, les responsables des prisons assurent être exemplaires dans la gestion du virus dans les prisons, affirmant avoir donné des directives claires pour limiter la contagion.

Le rapport d’ABC, ONG dont le siège se trouve à Washington et qui a compilé des interviews d’anciens prisonniers et diverses sources en Iran, affirme au contraire que la plupart des consignes initiales ont été abandonnées.

« La situation des prisons iraniennes sur le plan de l’hygiène ne s’est pas améliorée, elle s’est plutôt fortement détériorée », indique ABC, en soulignant que « les procédures de désinfection ont été stoppées dans plusieurs prisons, apparemment par manque de budget ».

Quarantaine inutile

Certains établissements ont réduit la distribution gratuite d’aliments, de produits d’hygiène de base et d’équipements de protection. 

En outre, les nouveaux arrivants croisent les prisonniers déjà en détention dans les douches, pendant l’exercice ou le transport de détenus.

L’ « effort initial » de l’Iran qui avait remis en liberté des dizaines de milliers de prisonniers au début de l’épidémie pour réduire le surpeuplement carcéral « semble avoir été abandonné à la fin du printemps lorsque les prisonniers ont été rappelés de leur autorisation de sortie ».

Toutefois, selon les autorités judiciaires, plus de 60 000 détenus bénéficiaient encore de permis de sortie début août.

Pour Roya Boroumand, directrice et co-fondatrice du Centre, il est impossible de quantifier la diffusion du coronavirus mais les éléments recueillis par ABC sont inquiétants. 

« Pourquoi les chiffres ne sont-ils pas communiqués ? Nous suspectons qu’ils sont vraiment très mauvais », a-t-elle confié à l’AFP.

Malgré le contexte épidémique, Téhéran « continue d’arrêter des gens »: prisonniers politiques, toxicomanes ou adeptes du bahaïsme (branche dissidente du chiisme), a critiqué Mme Boroumand. « C’est un vrai problème ».

Dans la prison de Zanjan, dans le nord de l’Iran, où est emprisonnée la journaliste et militante des droits de l’homme Narges Mohammadi, les autorités n’ont pas réussi à empêcher la contamination de l’ensemble du quartier des femmes à la suite d’un premier cas.

« Débordement des égouts »

Mme Mohammadi, ancienne associée de l’avocate et Prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi, à la santé précaire, a apparemment contracté le virus en détention. En juillet, des experts de l’ONU avaient appelé à sa libération en urgence alors qu’elle présentait des symptômes de la COVID-19.

Incarcérée depuis 2015, l’ancienne porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’Homme en Iran purge une peine de 10 ans de prison pour avoir « créé et dirigé un groupe illégal ».

À la prison de Qarchak, où l’Australienne Kylie Moore Gilbert a été transférée en début d’année, il y a un « débordement des égouts », de l’eau salée en guise d’eau potable, et des repas réduits à un quart du niveau d’avant l’épidémie. Depuis le début de l’épidémie, il y a eu une seule distribution de produits désinfectants.

Kylie Moore, universitaire australo-britannique et experte en études islamiques, purge une peine de 10 ans de prison sous l’accusation d’espionnage.

Dans la prison d’Evin à Téhéran, 12 des 17 prisonniers incarcérés dans le quartier 8, celui des prisonniers politiques, ont été détectés comme positifs au coronavirus le 9 août. Une source a décrit à ABC la situation dans la prison de Tabriz, au nord de Téhéran, comme « catastrophique ».

« Si elle n’est pas contrôlée, l’épidémie de COVID-19 continuera de contaminer davantage de prisonniers et d’agents pénitentiaires, avec des conséquences tragiques », selon l’organisation.