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Le chaos

Le chaos
AFP

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«Quand une infime variation dans le temps présent apporte une différence tangible dans l’état d’un système, la condition de ce système est dès lors définie comme étant instable et rend impossible toute prédiction des événements futurs.» – James Clerk Maxwell

En effectuant ma petite revue de presse matinale, la définition de Maxwell m’est revenue à l’esprit. Le physicien anglais définissait ainsi, dès 1873, ce que nous appelons la théorie du chaos. Dès janvier, je rappelais aux lecteurs de ce blogue que Donald Trump a toujours affirmé se plaire dans le chaos, que ce serait même au cœur de son modèle de gestion (lire The Art of the Deal). 

Si j’en parlais dès le début de l’année, alors que le président éliminait le général Qassem Soleimani et que l’on évoquait la procédure de destitution, la pandémie n’avait pas encore frappé les États-Unis et la situation économique était nettement moins préoccupante. On déplorait déjà l’attitude de certains des représentants des forces de l’ordre envers la communauté noire, mais nous ne savions pas encore que des manifestations se multiplieraient pendant tout l’été.

Comme si les événements qui se succèdent de manière dramatique ne suffisaient pas à semer le doute ou à déstabiliser une partie de la population, le président ne cesse de répandre des informations incomplètes ou mensongères avec la complicité de plusieurs membres de son administration.

Uniquement pendant la journée d’hier, le procureur général William Barr affirmait que le vote par correspondance équivalait à jouer avec le feu, citant au passage le cas d’un Texan qui aurait voté 1500 fois. Il s’agit d’une pure fiction. S’il y a bien eu un individu qui a demandé 1200 bulletins (il n’a pas voté), la supercherie avait rapidement été dépistée.

Le président lui-même a laissé planer la possibilité que l’on puisse voter deux fois en Caroline du Nord, une fois par la poste et une fois en se présentant dans un bureau de scrutin le 3 novembre. Une fois de plus, William Barr venait l’appuyer en affirmant le plus sérieusement du monde qu’il ne savait pas si cette pratique était ou non légale dans cet État. 

Non seulement Donald Trump se plaît-il dans le chaos et l’alimente-t-il constamment, mais il se présente encore et toujours comme le seul gardien de la paix: «Je suis le seul rempart entre le rêve américain et l’anarchie, la folie et le chaos.» On pourrait se demander pourquoi, après plus de trois ans au pouvoir, il n’est pas parvenu à s’acquitter de cette tâche, mais on nous reprocherait alors de la partisanerie...

Plusieurs lecteurs me relancent bien souvent au sujet de mes critiques répétées du travail du 45e président, croyant, à tort, que je pourrais me ranger derrière n’importe quel argument de ce qu’ils décrivent comme une extrême gauche. 

Il m’arrive d’échanger avec vous dans le bas de mes billets ou encore sur Facebook. Vous remarquerez une tendance lourde dans mes réponses. Je répète souvent que je n’ai pas de préférence pour la gauche ou la droite, que mon plaisir réside dans la comparaison des idées et des plateformes. 

Je souligne souvent ma fascination pour le système politique de nos voisins, ses forces comme ses faiblesses. Entre ce que l’on avait en tête au moment de la création du pays et la réalité du XXIe siècle, il est important de relever les nombreuses zones d’ombre du document fondateur, la Constitution. Il va de soi que les pères de la Nation ne faisaient pas référence à une possible théorie du chaos, mais ils espéraient que les balises envisagées suffiraient à protéger et à faire vivre cette démocratie naissante.

Au plus mal dans les sondages il y a peu, Donald Trump a choisi de s’en remettre à son arme préférée: le chaos. Il fait le pari qu’après le vote du 3 novembre, lorsque les choses se seront calmées, il sera toujours debout. S’il y a bien une chose certaine avec le chaos, c’est son caractère imprévisible. Combien d’analystes se risquent actuellement à des prévisions?

Pendant que Donald Trump s’agite dans tous les sens, affirmant une chose et son contraire au gré des événements, le système américain est soumis à une pression intense. Voilà pourquoi je me prononce aussi souvent sur les agissements de ce président. 

Si je peux énumérer tous les problèmes de cette société, expliquer les critiques légitimes des partisans du président envers la classe politique ou souligner les faiblesses de la réponse démocrate, je crois plus que jamais que, si le remède aux maux qui affligent les États-Unis est Donald Trump, alors le remède est pire que le mal qu’on prétend soigner.

Pour l’observateur extérieur et l’historien que je suis, le choix, pour la présidentielle 2020, n’est pas entre républicain ou démocrate, mais bien entre le chaos ou une possibilité (si mince soit-elle) de relever les défis du XXIe siècle.