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Une usine historique de Montréal partie en fumée

La Canadian Power Boat Company fournissait les alliés en bateaux lance-torpilles

FEU INDUSTRIE
Photo Agence QMI, Erik Peters L’incendie a produit des flammes d’une grande ampleur.

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L'immeuble endommagé par un spectaculaire incendie hier est le dernier vestige aux abords du canal Lachine de la contribution de Montréal à l’effort de guerre et avait été le théâtre de l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail industriel.

• À lire aussi: Montréal: un bâtiment industriel vacant incendié

« C’est un bâtiment unique, surtout quand on sait que la plupart des vieilles usines de ce genre ont été transformées en condos », estime Anja Borck, qui s’est intéressée au bâtiment pendant son doctorat. 

Construit en 1940, l’édifice a d’abord abrité la Canadian Power Boat Company, qui construisait des vedettes munies de lance-torpilles pour les troupes alliées pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Les bateaux rapides en contreplaqué construits là dans les années 1940.
Photo courtoisie, Département de La Défense Nationale.
Les bateaux rapides en contreplaqué construits là dans les années 1940.

Elles étaient aussi utilisées pour récupérer rapidement les pilotes qui devaient s’éjecter de leur appareil au-dessus de la Manche

Au plus fort de la production, l’usine comptait 1400 employés, dont environ 400 femmes, alors qu’elles n’avaient jamais été assignées à la fabrication de bateaux, lit-on dans la thèse doctorale d’Anja Borck.

Même si le site est jugé d’intérêt patrimonial « de valeur exceptionnelle » par Montréal, la plupart des citoyens ignorent l’histoire que cache la façade du 4000, rue Saint-Patrick. 

Les vedettes lance-torpilles étaient destinées à la Royal Navy et à la marine canadienne.
Photo courtoisie, Département de La Défense Nationale.
Les vedettes lance-torpilles étaient destinées à la Royal Navy et à la marine canadienne.

« Le patrimoine industriel est vraiment peu connu, et qui dit peu connu dit mal aimé », se désole Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques d’Héritage Montréal. 

« Surtout l’histoire industrielle, ça n’a pas passionné le monde ordinaire », ajoute le professeur émérite d’histoire de l’art Jean Bélisle. 

Une usine transformée

Au fil des années, l’ex-usine a été occupée par une manufacture de jouets, une « cour à scrap » et des ateliers d’artistes. « Ensuite, la Ville nous a expropriés [en 2012] et ils l’utilisent comme entrepôt depuis », affirme Norman Schaffer, vice-président d’une entreprise qui louait un local aux Industries 4000, propriétaire du bâtiment.

L’incendie de mercredi matin pourrait d’ailleurs avoir pris naissance dans une pile de pneus dans la cour extérieure. 

L’immeuble au lendemain du feu.
Photo courtoisie
L’immeuble au lendemain du feu.

Anja Borck rappelle que la Ville n’a aucune obligation légale de préserver le bâtiment dont elle est propriétaire. 

« En théorie, ils pourraient le démolir », dit-elle. Elle estime que les lois pour la protection du patrimoine ne sont pas assez strictes au Québec. 

Mercredi, les flammes ont altéré les surfaces d’une aile de l’usine, sans toutefois en compromettre la structure, croit le professeur Bélisle. 

Et maintenant ?

Heureusement, car Montréal a inscrit le projet de revitalisation du complexe dans un concours international d’architecture qui réunit une centaine de grandes villes dans le cadre de la lutte aux changements climatiques.

Les équipes sont invitées à réhabiliter en partie le bâtiment principal « afin de donner une nouvelle occupation à ce lieu au riche héritage patrimonial », selon l’appel à soumettre des projets.

A priori, la Ville estime que l’incendie n’aura pas d’impact sur le concours, nous a-t-on indiqué.

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