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La fabuleuse histoire du melon de Montréal

CASA 0905 Fleurs et potager
Photo courtoisie L’agriculteur Delvida Daoust et ses magnifiques melons de Montréal.

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Vers la fin du 19e siècle, on retrouvait environ 1400 agriculteurs à Montréal. La terre était tellement fertile qu’on disait de l’île de Montréal qu’elle était alors le jardin du Canada. À cette époque, les terrains sur lesquels sont actuellement situés la ville de Mont-Royal et l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce étaient occupés par des fermes où l’on cultivait de nombreuses plantes potagères et fruitières, dont le fameux melon de Montréal. 

Dans les vergers, il semble que l’on cueillait surtout des pommes, mais également des prunes et des abricots. On retrouvait même des vignobles sur les flancs du mont Royal. Dans les champs, on produisait des végétaux excellents et variés, dont des fraises savoureuses et le melon de Montréal, à la délicieuse chair verte au léger goût de muscade, servi dans les plus grands hôtels de Chicago, Boston, New York et Philadelphie.

On raconte qu’une seule tranche de ce savoureux melon pouvait se vendre jusqu’à 1,50 $. À cette époque, c’était une véritable fortune que peu de gens pouvaient s’offrir. Il semble que certains agriculteurs embauchaient des hommes armés pour garder leurs champs de précieux melons durant la nuit.

Disparition et renaissance

Les premières traces du melon de Montréal datent de la fin du 17e siècle, alors qu’à cette époque les Jésuites en faisaient la culture. Vers la fin des années 1880, le grainetier américain Burpee mentionnait dans son catalogue que le melon de Montréal était l’un des plus gros vendeurs en Nouvelle-Angleterre.

La culture de ce melon a ensuite connu une très grande popularité dans notre province au début des années 1900, et ce, jusqu’à environ 1950. Il était alors cultivé sur de grandes superficies par les familles Roy, Gorman, Daoust et Décarie – cette dernière ayant d’ailleurs donné son nom à l’autoroute qui passe là où étaient anciennement sises ses terres.

Vers les années 1950, les terres agricoles ont fait place aux habitations et la culture du melon de Montréal a cessé. Il semble que ce soit un journaliste montréalais qui a retrouvé en 1996 des graines de ce melon dans une banque de semences aux États-Unis, ce qui a permis aux jardiniers québécois contemporains de le cultiver à nouveau.

En 2012, lors du centenaire de la ville de Mont-Royal, des graines de melon de Montréal ont été semées pour souligner les festivités de cet important événement. Malheureusement, la récolte fut bien mince puisque la majorité des plants n’ont pas survécu. Des sculptures de melon en métal ont toutefois été fabriquées par un artiste et installées sur la Place du centenaire afin de rappeler le passé agricole de Mont-Royal.

Toutefois, certains experts mettent en doute le fait que le melon de Montréal cultivé actuellement soit réellement le même que celui retrouvé dans les champs au début du siècle dernier. Selon eux, le melon de Montréal cultivé aujourd’hui dans les potagers pèse généralement moins d’un kilo comparativement aux trois à sept kilos d’antan, comme en témoignent certaines photos d’époque. Un croisement avec une autre variété de melon a aussi pu survenir dans le passé expliquant ce changement de format.

Certains horticulteurs sont par ailleurs convaincus qu’il s’agit bien du véritable melon de Montréal et expliquent cette perte de poids des fruits produits par le fait qu’il est particulièrement difficile à cultiver et qu’il exige beaucoup de soleil et de chaleur, un sol très riche en compost ainsi qu’une fertilisation soutenue. Si toutes ces conditions ne sont pas réunies dans un potager, le melon de Montréal ne peut pas atteindre un poids et un format respectables. Nos ancêtres connaissaient certainement des techniques de culture fort efficaces et productives dont le savoir est maintenant perdu...

Au milieu du 19e siècle, les terres agricoles étaient situées là où est maintenant sise la ville de Mont-Royal.
Photo courtoisie
Au milieu du 19e siècle, les terres agricoles étaient situées là où est maintenant sise la ville de Mont-Royal.

Une culture plutôt exigeante

Les agriculteurs des familles Daoust, Décarie, Gorman et Roy mettaient les semences de melon de Montréal dans des contenants de tourbe qu’ils plaçaient ensuite à l’intérieur de couches chaudes dès la fin février, début mars. Les couches chaudes qu’ils utilisaient étaient en fait des sortes de petites serres munies de fenêtres doubles, orientées vers le sud.

Au milieu du printemps, ils creusaient des rangs d’environ 60 cm de profondeur et de largeur qu’ils remplissaient de fumier dans lequel ils plantaient directement les jeunes plants. Il était très important de cultiver ce melon à un endroit différent chaque année afin d’empêcher le développement de maladies.

Plus tard durant l’été, ils glissaient de grosses pierres plates sous les fruits en formation. La chaleur accumulée durant le jour était transférée au fruit pendant la nuit tout en évitant qu’il touche le sol et qu’il pourrisse. Afin qu’il mûrisse de manière uniforme et ait une belle forme, chaque melon devait être tourné à la main régulièrement, soit un quart de tour chaque semaine. 

Au jardin, citoyens !

Cet été, près d’une dizaine de citoyens de Mont-Royal ont réitéré l’expérience de la culture du melon de Montréal. Philippe Roy, fervent jardinier et maire de cette municipalité située au cœur de l’île de Montréal, a reçu deux plants de la part d’un ami. Après avoir bichonné ses plants tout l’été, ses efforts ont été récompensés par l’obtention d’un magnifique melon !

Sensibles aux questions environnementales et inspirés par les actions pour promouvoir l’agriculture urbaine posées dans d’autres municipalités nord-américaines, M. Roy et quelques élus ont entamé une réflexion sur la culture des plantes comestibles dans leur ville. C’est dans cet esprit qu’une consultation publique en ligne portant sur l’agriculture urbaine a été lancée auprès des citoyens de Mont-Royal. Une fois tous les commentaires colligés et analysés, une politique de l’agriculture urbaine sera rédigée et publiée dans les prochains mois.