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Un manufacturier québécois paralysé par l’inaction d’Ottawa

L’entreprise a même contacté le bureau de Justin Trudeau pour obtenir de l’aide

François Pépin, directeur général, Soleno Textile
Photo courtoisie François Pépin, le DG de Soleno Textile, devant la nouvelle ligne de fabrication de textile non tissé dont l’installation n’est pas terminée. Les travailleurs étrangers qualifiés d’une compagnie allemande et d’une entreprise italienne doivent revenir au Québec pour finaliser l’installation et procéder à son démarrage. M. Pépin ne comprend pas l’absence de soutien à son entreprise.

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Un fabricant québécois de textile industriel perd des centaines de milliers de dollars parce qu’il n’arrive pas à faire venir sept travailleurs étrangers pour terminer sa nouvelle chaîne de montage.

« On perd plusieurs centaines de milliers de dollars en commande que l’on refuse en ce moment. Le chemin à prendre pour réussir à les faire venir n’est pas clair », a déploré au Journal François Pépin, directeur général de l’entreprise Soleno Textile, dont le chiffre d’affaires avoisine les 100 millions de dollars.

Ces derniers mois, la compagnie a investi plus de 20 millions de dollars pour améliorer sa productivité, dont 8 millions de dollars dans l’achat d’une nouvelle ligne de production pour son usine de textile, à Laval.

En début d’année, des travailleurs spécialisés de la compagnie italienne Ramina et de l’allemande Dilo sont venus y installer la nouvelle chaîne.

Pour Soleno, ces nouveaux équipements sont hautement stratégiques parce qu’ils vont lui permettre de rester compétitive avec une usine 4.0, en plus d’accroître de 2,5 fois sa capacité actuelle de production.

« Or, trois semaines avant la fin de l’installation, ces travailleurs ont dû retourner dans leur pays en raison de la COVID-19 », a soupiré François Pépin, pour qui le cauchemar a alors commencé.

Silence radio

Malgré une bonne relation avec leur député fédéral du coin et avec l’adjoint spécial du ministre de l’Immigration fédéral, Soleno n’arrive toujours pas à faire débloquer le dossier à Ottawa.

L’entreprise dit avoir écrit aux grosses pointures du gouvernement pour savoir comment s’y prendre et a même envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau, mais rien ne bouge.

« Pour faire le montage de la nouvelle ligne de production, on a utilisé des entreprises du Québec, comme Maurice Allard de Drummondville, mais on a vraiment besoin de ces sept spécialistes européens pour terminer l’installation », a poursuivi François Pépin, qui dirige les opérations de l’usine.

« Si on avait pu utiliser des gens d’ici, vous pouvez être certain qu’on l’aurait déjà fait. On a besoin de ces travailleurs-là à l’usine », a-t-il martelé.

Des craintes en cas de 2e vague

Pire encore, s’inquiète-t-il, Soleno qui a participé à l’effort de guerre de la COVID-19 en fabriquant des blouses médicales avec Logistik Unicorp, craint maintenant de ne plus pouvoir répondre à l’appel en cas de deuxième vague.

« On fournit le tissu pour la fabrication de blouses médicales, mais si on ne peut plus être un fournisseur, ce qu’il risque d’arriver, c’est que ce tissu-là sera acheté aux États-Unis », a conclu François Pépin. 


Fondée en 1989 d’une fusion-acquisition, Soleno a quatre unités d’affaires : Soleno, Soleno Textile, Soleno Service et Soleno Recyclage. Elle compte plus de 500 employés dans neuf sites au Québec, en Ontario et dans les Maritimes.